M. BACHE
La sec ut- se passe à Madrid, dans la maison de ll»n Ituy Dias. tuteur de Doua Carmen. — Avril 1752.
Le lecteur aura peut-être entendu parler d’un volume de vers, 1rs Chansons t l’Avril , publié par un tout jeune homme, il y a quelques années déjà : l’Amour et son train, qui a mis longtemps à paraître, est de la même date, et les mêmes inspirations, avec un peu plus de vivacité et de gaieté, s’y reproduisent. De bonne heure, je me suis appliqué à donner à mes rêves, à mes désirs, — aux capricieux tourments de l’esprit, aux inquiétudes diverses du cœur, — une forme étudiée et précise, lyrique ou dramatique, aussi littéraire que j’ai pu. J’ai cultivé affectueusement les plus humbles fleurs de l’art et de la poésie, tout ce qu’il m’a été permis jusqu’à présent d’atteindre et de toucher. Hier, j’ai abordé le théâtre, et le public a bien voulu encourager mes efforts et me soutenir à l’entrée de cette arène, nouvelle pour moi, redoutable pour tous, qu’on appelle la scène et la lumière de la rampo ; une si indulgente faveur me prescrit des engagements sérieux que je tâcherai de remplir.
Je dois remercier d’abord cette haute et grande Comédie-Française, la Maison tic Molière et de Itacine, comme nous disons glorieusement, qui m'a accueilli dès le premier jour, à mon premier pas, puis ces acteurs intelligents et fins, aimables et supérieurs, où j’ai trouvé nonseulement do brillants interprètes, mais surtout des conseillers, des guides, des amis. — Le poète crée, l’acteur réalise. La pensée n'est qu’un souffle; c’est la vie assurément, mais il lui faut un corps, une attitude, une démarche, une voix, l’essor et le mouvement ; il faut qu’elle soit visible aux yeux et belle à voir, accessible, à l'àme par la parole et poissante sur l’àme ; qu’elle intéresse, qu’elle séduise, qu'elle enchaîne, qu’elle se grave. Tel est le travail, telle est l’œuvre de l’acteur, sa coopération magnifique aux inventions du géniehumain. Et co que l’acteur devient pour Sophocle et Shakspcare, par exemple, pour Aristophane et Molière, pour Calderon et Schiller, il l’est également, à cent degrés plus bas, pour le plus mince et le plus léger des drames. Il y a ainsi de la majesté à vivre sur les sommets, comme il y a de la grâce à descendre parmi les aubépines des vallons.
Quant à moi, -je dois la meilleure part du succès de cette petite comédie aux artistes qui ont eu l’habileté de faire quelque chcsc de leurs rôles et même de les faire valoir, et j’écrirai ici leurs noms avec gratitude, avec bonheur.
M. Dclaunay, le plus coquet, le plus malin, le plus engageant et le plus poétique des amoureux, a doué Gabriel de Lincuil de toutes les flammes vives ou attendries de la passion, de tous les éclairs et de toutes les saillies de la gaieté : on croirait voir M. le chevalier de Itou Hors à vingt-quatre ans, ou M. le duc de Richelieu, ces adorés garnements à qui Voltaire, déjà vieux ou jouant le vieux, adressait
de jolis vers. Mais, ( liez Gabriel de Liueuil — M. Delaunay l’a trèsbien deviné et fait sentir, — cela n’est que de l'humeur, que de la furie française, et le fond de l'ftmc, si mouvant qu’il soit, reste toujours sensible, amoureux et sincère.
M"* Delphine Fix, sous la mantille et le réseau, est la plus ravissante des Castillanes. L’expression narquoise et fine de sa physionomie, la franchise de son geste, la verve de sa parole prompte et spirituelle, ironique et railleuse, ces qualités exquises et rares que l’éminente artiste déploie au besoin avec tant de goût, ont gagné au premier moment les spectateurs et, grâce à elle, les mille difficultés du rôle ont été sauvées et applaudies. M lle Fix lance un mot comme l’enfant Amour lance une flèche, et, sous son costume de Dona Inès, elle fait penser tour à tour aux espiègleries de l’Agathe de Rcgnard et aux agaceries de la Rosalinde de Shakspearc.
M Ue Emilie Dubois, fraîche comme une rose et blonde comme une abeille, élégante et délicate, a prêté au personnage de Dona Carmen le doux attrait et la naïveté de sa jeunesse, un charme qui réjouit et qui éclaire les cœurs : elle est tendre, émue, un peu lutine parfois, câline à l’occasion, toujours enchanteresse. Le vers, en passant sur sa lèvre, y semble fleurir tout à coup; elle aussi, elle rappelle je ne sais quelle bergère de Théocrite qui n’a qu’à venir pour amener le printemps, et qui fait sécher le gazon et le berger lui-mème dès qu’elle s’enfuit.
M 11 * Mantelli, dans un rôle ingrat, a été fière et belle, — l'héritière d’un hidalgo, brune et dorée comme ces Andalouses, filles du soleil, que Murjllo excelle à peindre, et, ne pouvant pas davantage pour son personnage de Dona Pepa, elle lui a imprimé une teinte vraiment espagnole et originale.
M"'* Lambquin, Dame Barbara, a bien des droits à mes remerciments. Elle démêle, au moyen de ce tact particulier qui est le talent des bonnes comédiennes, les moindres intentions de son rôle et elle en sait rendre les plus imperceptibles nuances.. Elle gronde, elle crie, elle cède, avec naturel et bonhomie ; elle est amusante et pittoresque. Une pareille duègne dans un théâtre est une véritable fortune pour les auteurs et pour le public.
M. Bâche, sous la besace et la guenille de Rodablas, bohémien et philosophe, sorcier et sceptique, au milieu des riantes jeunes filles, si heureusement variées de beauté, de caractère et de toilette, est comme un mendiant de Callot qui traverse! ait — sans comparaison pour ma pièce — une peinture gracieuse de Watteau, ou mieux, de l’Albane. L’effet est inusité, bizarre ; mais le Satyre, chez le poète ancien, s’approchait ainsi quelquefois du groupe joyeux des Nymphes.
Et maintenant je remercie mes confrères de la critique et de la presse de la bienveillance qu’ils m’ont fait voir. 11 est doux, à certaines heures de la vie, d’entendre de sympathiques paroles autour de soi : ces paroles, tombées de telle plume , honorent et touchent , je le sens bien.
Taris, 27 septembre 1855.
L AMOLR ET SON TRAIN
»>. o<x *<HS< .
In petit salon. Porte d'entrée au fond, avec une serrure et un verrou ; porte latérale au secoudplan à droite, et chem née au premier plan. Une autre porte au premier plan, à gauche, et fenêtre au second plau. Sur le devant, à gauche, un guéridon où sont jetés une bourse en filet, un éventail, etc.; trois sienesauprès du guéridon. A droite, sur le devant, une laide et tout ce qu'il faut pour écrire; un fauteui 1 près de a table.