‹ L'amourChapitre 15 sur 40 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

les remèdes. L'homme, le citoyen qui oublie, se perd, lui et son pays. Grand avantage d'avoir au foyer une personne sûre, aimante, à qui vous pouvez tout dire, avec qui vous pouvez souffrir. Elle vous empêchera d'oublier, de rêver. Il faut souffrir, aimer, penser. C'est là la vraie vie de Thomme.

On se dit célibataire. Mais qui Test? J'ai cherché ; je n'ai pas rencontré cet être mythologique. J'ai vu tout le monde marié, par mariages temporaires, il est vrai, secrets, honteux, tel pour trois mois, tel pour huit jours, et tel pour une minute. Ces mariages d'un moment, qui sont la misère de la femme, n'en sont pas moins très-chers pour l'homme. La baleine mange beaucoup moins que la Dame au camellia.

Si la femme n'a pbint d'amies dont la concurrence la trouble et la jette dans la toilette, elle ne dépense rien. Elle réduit toutes vos dépenses, à ce point que le calcul donné plus haut n'était pas juste. Il ne faut pas dire « deux personnes, » mais « Quatre dépensent moins qu^une. »' Elle nourrit de plus deux -enfants.

Quand le mariage est raisonnable, prévoyant, quand la famille ne croit pas trop rapidement, la femme, loin d'être un obstacle à la liberté de mouvement, en est au contraire la condition naturelle et essentielle. Pourquoi l'Anglais émigre-t-il si aisé-

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ment et si utilement pour rAngleterre même ? Parce que sa femme le suit. Sauf les climats dévorants (comme l'Inde), la femme anglaise, on peut le dire, a semé toute la terre de solides colonies anglaises. C'est la force de la famille qui chez eux a créé la forœ et la grandeur de la patrie.

Une bonne femme, un bon métier ; si tu as cela, jeune homme, tu es libre ; je veux dire, tu peux partir ou rester.

Si tu pars, au moins pour un temps (car je ne puis pas supposer que Ton quitte pour toujours la France), ayant un monde d'amour et de liberté avec toi, tu te sentiras bien fort. Tu aviseras d'où vient le vent, et diras : « La terre m'appartient. »

Si tu restes, libre (par l'amour) des vices et des dépenses vaines, pouvant rire de tant de pauvres millionnaires inquiets, tu mépriseras, cette foule prosternée devant le sort. Tu diras : « Qu'ils usent leur vie à courir après un trésor. J'^àime. Et j'ai trouvé le mien. »

Un métier et une femme, voilà la première liberté. Et de là viendront les autres.

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Je dis un métier, non un art de luxe. Ayez-en un de surcroit, à la bonne heure. Mais il faut d'abord un des arts utiles ^ tous. Qui aime et veut nourrir sa femme ne s amuse guère à faire ici de Tamour-ppopre, à chei*cher la ligne précise entre Tart et le métier. Ligne en réalité fictive. Qui ne voit que la plupart des métiers, si Ton y pénètre à fond, sont des branches réelles d'un art? Ceux du bottier, du tailleur, sont bien près de la sculpture. Le dirai-je? Pour un tailleur qui sent, modèle et rectifie la nature, je donnerais trois sculpteurs classiques.

Songe à tout cela, cher ami (que tu sois aux écoles étudiant, ou jeune ouvrier ailleurs, il n'importe). Commence déjà, dans les jours de repos, à réfléchir, à préparer, arranger de loin ta vie. Profite de ces moments, et, si par hasard ce livre tombait dans tes mains, lis-en quelques pages et songe. Il a, entre autres défauts, celui d'être extrêmement bref. Cela sera repris plus tard par d'autres, et mieux* Quand celui qui lécrit ceci, dos et couvert dans la terre, reposera de son travail, un plus habile tirera de son esquisse imparfaite un chapitre, et en fera peut-être un grand livre fécond, immortel. Mais,

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comme on ne fait tout cela qu'avec un même élément (le môme en moi et en toi, Tamour et le cœur de Thomme), tu peux toi-même déjà, sur ces données sèches encore, te composer d'avance le livre de ta vie.

Penses-y 1^ soir du dimanche, lorsque l'étourdie bacchanale de tes bruyants camarades, déroulant par l'escalier, frappera rudement à ta porte, dira : « Eh! que fais-tu encore?... Es-tu un ours?... On t'attend. Nous allons à la Chartreuse, à la Chaumière, aux Lilas... Nous partons avec Amanda, Héloïse et Jeanneton. »

Réponds-leur : « Un peu plus tard. . . J'ai encore quelque chose à faire. »

Si tu dis cela, je t'assure qu'entre les deux pâles fleurs que tu nourris sur ta fenêtre, parmi les fumées de Paris, une troisième apparaîtra, une fleur, et pourtant une femme., l'image vaporeuse et légère de ta future fiancée.

Elle est un peu bien jeune encore. Elle a peut-éftre treize ans, toi vingt? Il faut qu'elle grandisse. Mais, toute jeunette qu'elle est, si tu penses beaucoup à elle, elle te gardera bien mieux que ton père et que ta mère. Car elle est sévère, la petite. Elle ne permet pas de folie. S'il t'en passe en tête, elle te dira très4)ien sans parler : « Non, mon ami, reste, et travaille pour moi. »

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Je te donne cette ombre charmante pour gardien et pour Mentor, pour précepteur et gouverneur. Quand elle aura dix-sept, dix-huit ans, les rôles changeront. Épouse, elle entrera chez toi, et trouvera très-bon, très-doux, que tu sois son maître à ton tour.

Tu remercieras Dieu alors, dont la tendresse inventive a fait la femme pour toi, la femme, le miracle de divine contradiction.

Ce livre va te l'expliquer par les faits, non par hypothèse. Elle change et ne change pas. Elle est inconstante et âdèle. Elle va muant sans cesse dans le clair-obscur de la grâce. Celle que tu aimas ce matin n'est pas la femme du soir. Une religieuse d'Alsace s'oublia, dit-on, trois cents ans à écouler le rossignol. Mais qui saurait écouter et regarder une femme en toutes ses métamorphoses s'en étonnerait toujours, s'y plairait ou s'en piquerait, mais jamais ne s'y ennuierait. Une seule occuperait dix mille ans.

Et cependant, avec cette puissance de rénovation, telle est la force de l'amour, son heureuse fatalité, que la femme s'imprègne à fond, se pénètre de l'objet aimé jusqu'à le devenir lui-même. ,

De sorte qu'en avançant, elle gagne en grâce de femme. Mais le fond fixe est fait homme.

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Donc, si ce livre est solide, et si, le suivant pas à pas, tu maintiens ta femme libre des influences extérieures et fidèle à sa nature, je puis te dire hardiment le mot qui résume tout : « Ne crains pas de t* ennuyer, car elle changera sans cesse. Ne crains pas de te confier, car elle ne changera pas. »

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