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premiers élans pour une jeune et jolie maltresse, qui n'apporte que des roses, se croient bien avant dans Tamour. « Ils donneraient leur vie pour elle. » Je ne sais. La vie elle-même est souvent facile à donner, et c'est l'affaire d'un instant; mais la douceur persévérante d'une patience à toute épreuve qui subit pendant des années le supplice de l'interiniption, la force calme qui sans cesse rectifie, rassure, affermit une pauvre âme errante et malade, possédée de ses mauvais rêves, c'est peut-être la preuve d'a'mour la plus grande et la plus forte.
Ce qui me surprit surtout, c'est l'obéissance qu'il obtenait d'elle, en choses qu'elle ne pouvait comprendre. Résultat de la communication Complète, et du parfait enveloppement moral où elle avait vécu jusque-là. Avec un corps très-altéré, une âme tout à fait défaillante, quelque chose subsistait en elle, survivait à tout, l'union et le besoin de complaire, et disons d'un mot : l'amour.
Je sentis bien par ce fait et par d'autres analogues qu'entre le monde fatal où vivent les physiologistes, et le monde plus ou moins libre où se tiennent les moralistes, se trouve une sphère mixte que j'oserais appeler de fatalité volontaire^ c'est-àdire d'habitudes voulues et libres d'abord, qui, par l'amour, deviennent une heureuse fatalité et une seconde nature.
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C'est la grande œuvre de rameur de créer cela.
Un très-illustre écrivain, qui récemment a traité ces questions, veut que la femme obéisse, et croit qu'elle obéira par le seul fait de sa nature inférieure.
La dame dont j'ai parlé plus haut, dans son beau livre, ne la croit pas inférieure, mais veut aussi
qu'elle obéisse. Egale? et obéissante? Comment ces deux imots iront-ils ensemble? Elle ne l'explique pas assez. Elle s'en rapporte vaguement aux bons sentiments chrétiens, à la Bible et à la Grâce.
Cela est plus difficile que l'un et l'autre ne le pensent.
L'homme doit avoir sur la femme jeunCt et la femme âgée sur l'homme, un grand et très-grand ascendant. Mais, pour l'obtenir, pour établir entre eux la vraie unanimité, pour assurer surtout le maintien, le crescendo de cette unité de cœur, c'est l'habitude qu'il faut, un ensemble d'habitudes.
Et il y a une méthode qui peut y conduire.
Le cadre matériel de la vie y fait beaucoup, toutes les formes de communication matérielle et morale.
xxxiT I>'TRODUCTION.^
Je le dirais, si le mol n avait pas été gâté par des ouvrages futiles, il y faut un art d* aimer.
J'entends Tart d'aimer jusqu'au bout. Les débuts sont trop faciles. Mais je crois que, cet art aidant la nature, celle-ci accorde à l'âme, à tout âge et jusqu'à la mort, ce que j^appelle (au livre V) les rajeunissements de l'amour.
Je croîs avoir sérieusement supprimé la vieille femme. On n'en rencontrera plus.
Faut-il dire un mot de la forme?
Elle était bien secondaire, dans un livre si grave en lui-même, et dans un sujet si neuf en réalité. J'ai supposé que le lecteur (intéressé à la chose, car ici tout homme Test) ne s'amuserait pas au style. Et je n'y ai point songé.
Nulle prétention littéraire. J'ai marché comme j'ai pu, « courant, nageant, rampant, volant » (pour dire le mot de Milton). Parfois je m'adresse à tous, au public ; souvent à un seul, souvent aussi je mets le précepte sous une forme narrative.
Pour cela, j'ai imaginé deux jeunes gens que je marie, que je suis dans toute leur vie.
Pourtant, ce n'est pas un roman. Je n'ai pas ce
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genre de talent. Puis, la forme romanesque aurait eu rinconvénient de trop individualiser.
Mes deux amants sont anonymes.
Des personnages nommés (comme l'Emile et la Sophie de Rousseau) font tort aux idées. Le lecteur s'occupe justement de l'inutile, de cette biographie, de la mise en scène ; il oublie l'utile et le fonds. J'ai mieux aimé rester libre de laisser par moments ce couple, soit pour dire un mot des vices du temps, soit pour formuler en mon nom telle vérité grave où j'éprouvais le besoin d'exprimer fortement mes convictions et de confesser ma foi*
Est-ce à dire que mon jeune homme, qui revient partout dans ce livre, n'existe pas? N'en croyez rien. Il existe. La plus forte preuve, c'est que je vais lui parler.
Tu connais le musée du Louvre, et peut-être, parmi les sculptures, tu as \u la Délivrance d'Andromède.
Ce groupe a beaucoup souffert, étant resté cent cinquante ans sous les arbres de Versailles, et plus d'une fois blanchi, outrageusement gratté par des barbares qui en ont fait disparaître les finesses. N'importe, refais-le en esprit, délicat, tiède et vivant, comme il sortit de la fiévreuse main du Puget.
Ce grand artiste, en qui fut lame souffrante d'un siècle malade, né en Provence, et vivant devant r enfer des galères de Louis XIV, a sculpté toute sa vie d'infortunés prisonniers. Tel est le Milon, pris dans Tarbre et dévoré par le lion. Tels les Atlas de Toulon, misérablement écrasés. Telle ^ la petite Andromède.
Persée vient de tuer le monstre qui allait la dé-
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vorer. Dans un inexprimable élan de félicité, il enlève d'un seul doigt la lourde chaîne de fer qui suspendait la jeune fille. Pour elle, éperdue, demimorte, elle ne sait pas où elle est. Elle ne sait qui la délivre. Elle ne pourrait pas se. porter, ayant été paralysée par ce rude froissement de chaînes , et surtout par l'épouvante. On peut dire qu'elle n en peut plus. Cet état d'extrême faiblesse et d'abandon absolu est tout à fait au profit de l' heureux libérateur. Car enfin, elle n'est pas morte ; son petit cœur bat encore, et pour qui? on le sent bien. Les yeux fermés, de tout son poids elle se laisse aller sur lui. Close encore, mais si émuel sa jolie bouche veut dire : « Prends-moi, reçois-moi, portemoi... Je suis tienne, charge-toi de moi... Je me donne, sois ma providence, fais de moi ce que tu veux. »
Œuvre charmante, passionnée, absurde sous un rapport (signe encore de la passion). Il a désiré tellement nous attendrir pour la petite, qu'il l'a faite presque de taille d'enfant avec les formes d'une femme. Elle semble d'une autre race que- son 11- : bérateur, jeune homme très-haut de taille, long i plutôt que grand, faible hercule de la décadence, \ comme on put l'imaginer sous le règne famélique \ de Louis XIV, et comme ne l'aurait jamais conçu la j forte Antiquité.
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N'importe, cet homme admirable a atteint son but. Il a produit un grand effet d'amour et de pitié. Tous ceux qui voient cette couvre ne manquent pas de s'écrier avec attendrissement : « Oh ! qu'il est heureux, ce Persée!... Que j'aurais voulu être là , et sauver la petite fille ! »
Heureux qui délivre une femme I qui l'affranchit de la fatalité physique où la tient la nature, de la faiblesse où elle est dans Visoleraent, de tant de misères, d'obstacles I Heureux qui Tinitie, l'élève, la fortifie et la fait sienne ! . . . Ce n est pas elle seulement qu'il a délivrée ; c'est lui-même.
Dans cette délivrance commune, l'homme a Finitiative, sans nul doute. Il est plus fort, il est mieux portant (n'ayant pas surtout la grande maladie, la maternité). Il a une forte éducation. Il est favorisé des lois. Il a les meilleurs métiers et gagne bien davantage, lia la locx)motion; s'il est mal, il vogue ailleurs. La pauvre Andromède, hélas I dpit mourir sur son rocher; si elle était assez adroite pour s'en délivrer, le quitter, nous dirions : « C'est une coureuse. »
Mais une fois délivrée par toi, cher Persée, de
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combien de servitudes elle va te délivrer I Faisonsen rénumération.
La servitude de bassesse. Si tu as le bonheur au foyer, tu ne t'en iras pas le soir chercher Tamour sôus les quinquets fumeux d*un bal et Tivresse au ruisseau.
La servitude de faiblesse. Tu ne traîneras pas, comme ton triste camarade, ce jeune vieillard, gras, pâle, fini, qui fait rire les femmes. L'amour vrai te gardera et concentrera ta. force.
la servitude de tristesse. Celui qui est fort et fait les œuvres de Thomme, celui qui partant au travail laisse au foyer une âme aimée qui Faime et ne pense qu'à lui, par cela seul a le cœur gai et il est joyeux tout le jour.
La servitude d'argent. Retiens de moi cette recette très-exacte d'arithmétique : Deiix pei^sonnes dépensent moins quune.
Je vois force célibataires qui restent tels par Teffroi des dépenses du mariage, mais dépensent infiniment plus. Ils vivent très-chèrement au café et chez les restaurateurs, très-chèrement au spectacle. Le cigare dé la Havane, fumé tout le jour, est à lui seul une dépense.
Pourquoi fumer? « Pour oublier, » disent-ils. Mais rien n'est plus funeste. Il ne faut jamais oublier. Malheur à qui oublie les maux ! il ne cherche pas