LA FEMME EST UNE MALADE
coup d'œil. Chez les unes, qui semblent fortes (mais qui alors sont d'autant plus faibles), un bouillonnement visible commence, comme une tempête , ou Tinvasion d'une grande maladie. Chez d'autres, pâles, bien atteintes , mortifiées , on devine quelque chose comme Faction ^destructive d'un torrent qui mine en dessous. Chez la plupart, Tinfluence moins énergique semble plutôt salutaiï*e; elle rajeunit et renouvelle, mais toujours au prix des souffrances, au prix du malaise moral qui trouble bizarrement Thumeur, affaiblit la volonté, et fait une personne tout autre, toute nouvelle, pour celui même qui dès longtemps la connaît le mieux.
La femme la plus vulgaire, alors, n'est pas sans poésie. Longtemps d'avance, et souvent dès le milieu du mois lunaire, elle donne les touchants , indices de sa transformation prochaine. Le flot vient déjà et la marée monte.
Elle est agitée ou rêveuse. Elle n'est pas bien sûre d'elle-même. Parfois des larmes lui viennent, souvent des soupirs. Ménagez-la, parlez-lui avec une extrême douceur. Soignez-la, enlourez-Ia, sans importunité pourtant, s'il se peut, sans quelle le sente. C'est un état très- vulnérable. Elle porte en elle une puissance plus forte qu'elle , et comme un Dieu redoutable. Des mots singuliers, éloquents
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parfois , qu'on n'eût point du tout attendus , lui viennent et vous étonnent. Mais ce qui domine tout (sauf le cas où Ton aurait la barbarie de l'irriter), c'est un surcroît de tendresse, d'amour même. La chaleur du sang avive le mouvement du cœur.
« Amour physique et fatal î » Oui et non. Les choses se passent dans un mélange indistinct, et le tout reste une énigme.
Elle aime, elle souffre, elle veut l'appui d'une main aimante. C'est ce qiiî, plus qu'aucune chose, a fortifié l'amour dans T espèce humaine, fixé l'union.
On â dit souvent que c'était la faiblesse de l'en- ' faut qui, prolongeant les soins d'éducation , avait créé la famille. Oui, l'enfant retient la mère, mais l'homme est tenu au foyer par la mère elle-même, par sa tendresse pour la femme et le bonheur qu'il trouve à la protéger.
Plus haut et plus bas que l'homme, humiliée par la nature dont elle sent la main pesante, mais en môme temps élevée à des rêves, des pressentiments, des intuitions supérieures que l'homme n'aurait
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eus jamais, elle Ta fasciné, innocemment ensorcelé pour toujours. Et il est resté enchanté. — Voilà la société.
Une puissance impérieuse, une tyrannie charmante, Ta immobilisé près d'elle. Cette crise toujours renaissante, ce mystère d'amour, de douleur, de mois en mois Vont tenu là. Elle Ta fixé d'un seul mot : « Je t'aime encore plus, quand je suis malade I »
Lorsqu'elle n'a plus les soins , l'enveloppement d une bonne mèrç qui la soigne et qui la gâte, elle réclame un bon mari, dont elle puisse user, abuser. Elle le prie, elle l'appelle , à raison ou sans raison. Elle est émue,^ die a peur, elle a froid, elle a rêvé I Que sais-je? Il y aura de l'orage ce soir, ou la nuit ; déjà elle le sent, elle l'a en elle : « Je t'en prie, donne-moi la main.... J'ai besoin d'être rassurée.
— Mais il faut que j'aille au travail... — Reviens donc vite.... Aujourd'hui je ne peux me passer de toi.... »
* On les dit capricieuses. Mais rien n'est moins vrai. Elles sont tout au contraire régulières, et trèssoumises aux puissances de la nature. Sachant l'état de l'atmosphère, Fépoque du mois, enfin l'action de ces deux choses sur une troisième dont je parlerai, on peut prédire avec plus de sûreté que les an-