LÀ FEMUE EST UNE MALADE
le feu? 11 la ferait, ces jours-là, coucher de bonne heure , et lui , continuant sa veille, il aurait pour récompense ce dernier mot à voix basse : « Mon Dieu, je vous donne mon cœur , à vous et à mon mari ! »
LÀ FEMME DOIT PED TRAVAILLER
Les véritables travailleurs qui savent que la mise en train est beaucoup, souvent presque tout, savent aussi qu'un travail coupé fréquemment donne peu de résultat. La femme, si maladive et interrompue si souvent, est un très-mauvais ouvrier. Sa constitution mobile, le constant renouvellement qui est le fonds de son être ne permet pas qu'elle soit longtemps appliquée. La tenir tout le jour assiâe, c^est une grande barbarie.
Elle n est guère propre au travail, même en sa pleine santé. Combien plus si elle est enceinte, dans ce grand traml de douleurs que souvent Thomme lui impose si légèrement! Aux quatre premiers mois où Fenfant, flottant encore, l'agite, comme du
LA FEMME DOIT PEU TRAVAILLER
roulis d un vaisseau en pleine tempête, aux cinq mois d'absorption où il boit sa mère et vit de son sang, eniin dans les trois mois au moins qu'il faut pour raffermir un peu les pauvres viscères arrachés , que voulez- vous qu'elle fasse? Après cette horrible fatigue, allez-vous la mettre au travail, quand elle a donné le meilleur d'elle-même, son sang, sa moelle et sa vie ?
Tout ce que les économistes, etc., ont dit sur l'application de la femme à l'industrie, ne touche qu'une exception , imperceptible sur la carte, un petit point noir de l'Europe. Ils oublient toute la terre I * /
Dans tous les lieux, dans tous les temps, la femme n'a été et n'est occupée qu'aux travaux domestiques, qui, chez les tribus sauvages (où léguerrier se réserve pour la fatigue des grandes chasses), comprennent un peu d'agriculture ou de jardinage.
Et c'est en faisant peu ou rien que la femme produit les deux trésors de ce monde. Quels ? l'enfant, l'homme, la beauté, la force des races. Quels encore? la fleur de l'homme, cette fleur d'arts, de douceur et d'humanité qu'on appelle civilisation. Tout cela est venu, dès l'origine, de la culture délicate, .tendre et patiente, que la femme, épouse et mère, nous a donnée au foyer.
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La femme agit autant que nous, mais de tout autre manière. J'en vois qui travaillent douze heures par jour, , et ne croient pas travailler. Une des plus laborieuses me disait modestement : « Je vis comme une princesse. C'est lui qui travaille et qui me nourrit. Les femmes ne sont bonnes à rien. »
Ce rien veut dire un travail doux , lent , coupé , volontaire, toujours en vue de ce qu'elle aime, pour son mari ou son enfant. Ce travail, qui n'absorbe pas son esprit, est comme la chaîne du tissu de ses pensées. Elle y mêle, comme la trame, telles choses de la maison dont Thomme trop occupé ne se fût point avisé , souvent des rêves sérieux sur Tavenir de ses enfants , parfois aussi une poésie plus haute et plus générale d'humanité, de charité.
Quelqu'un demandait à Tillustre et charmante madame Stowe, comment elle a fait Y Oncle Tom : a Monsieur, en faisant seule le pot-au-feu de la famille. »
Il faut que le travail de la femme soit pour elle de Tamour encore, car elle n'est bonne à autre chose. Quel est son but de nature, sa mission? La première, aimer. La seconde, aimer un seul. La troisième, aimer toujours.
Toujours autant, sans se lasser. Quand le monde ne vient pas la troubler et la changer, la femme plus que.l'homme est fidèle. Elle aime très-égale-
LA FEMME DOIT PEU TRAVAILLER
mait, d'un cours continu et que rien n'arrête, comme coule la rivière ou le fleuve, comme une belle source solitaire de la forêt Noire à qui, passant par là en juillet 184i , je m'avisai de demander de quel nom elle s'appelait. Elle dit : Je m'appelle Toujours. » . .
Elle dort, ta pauvre petite, elle dort, et ce serait bien dommage de réveiller, car elle rêve avec bonheur, on le voit à sa bouche émue. . . C'est d'amour, donc c'est de toi. Il n*est que cinq heures encore, il est bon qu^elIe reste au lit ( à ce moment du mois surtout) , et qu'elle dorme un peu lé matin. Si nous pouvions cependant deviner ce qui flotte dans ce . souffle léger qui est sur sa lèvre î Que pense-t-elle ou que veut-elle ?
« Je ne sais. » — Eh bien, moi, je vais te le dire : a Toute à toi, et toute en toi ! »
C'est bien simple, mais c'est un monde. Une révélation tout entière est dans ce mot , la formule complète de la nature, l'évangile du mariage.
« Mon ami, je ne suis pas forte. Je ne suis pas propre à graifd'chose, qu'à t'aimer et te soigner. Je n'ai pas tes bras nerveux, et, si je fais trop longtemps attention à une chose compliquée, le sang se porte à ma tête, le cerveau me tinte. Je ne puis guère inventer. Je n'ai pas d'initiative. Pourquoi ? Je t'attends toujours et ne regarde qu'en toi.
« A toi seul, l'élan, Taiguillon, et aussi les reins, la force patiente, l'invention et l'exécution. Donc, tu seras créateur, et tu me feras un nid, de ton génie et de ta force.
c< Un nid? davantage, un ipionde harmonique, d'ordre , de douceur et de paix, une cité de bonheur, où je ne voie plus souffrir, où je n'aie plus à pleurer, où la félicité de tous mette le comble à la mienne. Car vois-tu? que me servirait ce doux nid, si j'étais heureuse toute seule? Si j'y souffrais de la pitié, je haïrais presque mon bonheur. »
Maintenant qu elle a parlé, essayons de formuler sa pensée, faut-il dire sa loi? oui, c'est celle de l'Amour.
« Au nom de la femme et de par la femme, souveraine de la terre, ordre à l'homme de changer la terre, d'en faire un lieu de justice, de paix, de bonheur, et de mettre le ciel ici-bas. »
« Et que me donnera-t-eîîe ? » Elle-même. Elle
étendra son cœur à la lîiesure même de ton héroïsme. Fais le paradis pour lès autres^ Elle saura te donner le tien.
C'est le paradis du mariage que Thomme travaille pour la femme, qu'il apporte seul, qu'il ait le bonheur de fatiguer et d'endurer pour elle, qu'il lui sauve et la peine du labeur, et les froissements du monde. *
Le soir, il arrive brisé. Le travail, l'ennui des choses et la; méchanceté des hommes ont frappé sur lui. Il a souffert, il a baissé, il revient moins homme. Mais il trouve en sa maison un infini de bonté, une sérénité si grande , qu'il doute presque des cruelles réalités qu'il a subies tout le jour : « Oui, tout cela n'était pas, ce n'était qu'un mauvais songe. Et tout le réel, c'est toi l »
Voilà la mission de la femme (plus que la génération même), c'est de refaire le cœur de l'homme. Protégée, nourrie par lui, elle le nourrit d'amour.
L'amour, c'est son travail propre, et le seul qui lui soit essentiel. C'est pour l'y réserver toute que la nature Ta faite si peu capable des labeurs inférieurs de la terre.
L'affaire de rhomme est de gagner, et la sienne de dépenser.
C'est-à-dire de régler et faire la dépense mieux que rhomme ne le ferait.
C'est-à-dire de lui rendre indifférente et insipide toute dépense de plaisir. Pourquoi en chercher ailleurs ? Quel plaisir, hors la femme aimée ?
« La femme, c^est la maison, » dit sagement la loi indienne. Et mieux encore le poète indien : « La femme, c'est la Fortune. »
L'expérience de l'Occident nous permet d'ajouter un mot : « Et surtout la femme pauvre. »
Elle n'a rien, et apporte tout.
CE QUE SERA LA FIANCÉE