FAUT-IL PRENDRE UNE FRANÇAISE
ont chez nous longtemps quelque peu de sécheresse. Nos enfants sont précoces, de sang ardent et aduste. On ne nait pas jeune en France, mais on le devient. La Française embellit étonnamment par le mariage , tandis que la vierge du Nord y perd et souvent se fane.
On risque bien peu ici en épousant une laide. Elle n'est telle, le plus souvent, que faute d'amour. Aimée, elle va être toul autre, on ne la reconnaîtra plus.
La femme n'est guère touchée des vaines batailles qui de nos jours ont lieu en son nom. Ce grand débat contradictoire l'occupe médiocrement. Est-elle plus haut que Thotiime ou plus bas? La théorie en cela est secondaire. Partout où elle est réfléchie^ fine et sage, elle est maîtresse ; elle tient la maison, les affaires, l'argent même, dispose de tout.
Obéira-t-elle? A ce mot, vous croyez qu'elle résiste. Point. Elle rit et secoue la tête. Elle sait bien en elle-même que plus elle' obéirait, plus elle est sûre de gouverner.
Au fond, que désire la femme, quelle est sa secrète pensée? pensée instinctive et confuse qu'elle
L, sans bien s'en rendre compte, dans tous les
IX, dans tous les temps, pensée qui explique
;-bien ses contradictions apparentes, sa sagesse et sa folie, sa fidélité et son inconstance I
Elle veut être aimée ? Sans doute, mais ce mot si général ne dit pas le fond du fond. '
Elle veut le plaisir physique? Oui, mais médiocrement. En sa qualité de malade, elle est sensible et abstinente, plus tendre, mais plus pure que nous.
Elle veut régner chez elle, être maîtresse de maison, maîtresse au lit, au foyer, à table, dans tout son petit monde. Voilà, dit T ancienne Perse, voilà, dit Vol taire, dans ses contes, « ce qui plaît surtout aux dames. » Cela est vrai, mais s'explique par un sentiment plus intime, auquel on peut rattacher les trois articles précédents :
Le point secret, essentiel, capital et fondamental, c'est que toute femme se sent comme un centre puissant d'amour, d'attraction, autour duquel tout doit graviter. Elle veut que l'homme l'entoure d'un insatiable désir, d'une curiosité étemelle. Elle a le sentiment confus qu'il y a en elle un infini de découvertes à faire, qu'à l'amour persévérant qui poursuivrait cette recherche sans fin elle aurait de quoi répondre, qu'elle Fétonnerait toujours de mille aspects inattendus de grâce et de passion.
Cette obstination d'amour, cet effort ardent, eu-
rieux, qui poursuit la découverte de Tinfini dans un seul être, implique un foyer très-pur, exclusif, et monogamique. Rien de plus froid qu'un sérail, c'est un amour de chenille qui traine de rose en rose, gâtant le bord de la feuille sans atteindre le calice.
La femme, dans toute Thistoire, est la mortelle ennemie de la vie polygamique. Elle, veut T amour d'un seul, mais elle veut que ce soit vraiment de r^mour, ime passion avide, inquiète, qui, toujours, , comme la flamme, aille et veuille aller en avant. Elle ne pardonne nullement à ce possesseur unique, à ce préféré, de rechercher si peu ce que vaut son trésor, de croire sottement le lendemain qu'il n'a plus rien à apprendre.
De là viennent les malheureuses tentatives d un être né très-fidèle et qui Teût été toujours, pour trouver ailleurs une âme qui s'informe mieux de , la sienne, y pénètre davantage et y trouve plus de bonheur. Elle n'y réussit guère. L'amant, tout comme le mari, effleure la profonde coupe. Ni l'un ni l'autre ne sait que le meilleur est au fond.
L'homme désire et la femme aime. Il a inventé des centaines de religions, de législations polygami-
Et L'APPROFONDISSEMENT DE L'AMOUR. 29
ques. Il voulait jouir et durer; il cherchait son plaisir d'abord, puis, sa perpétuité par une famille nombreuse. La femme ne voulait rien qu'aimer, appartenir, se donner.
Que Tamour est grand chez elle I et grande sa résistance à Timpureté polygamique doiit on lui faisait un devoir ! Dans le Mahahbharat indien, elle ne veut aimer qu'un seul ; elle en est punie, elle meurt. Dans le Zend-Avesta persan, sommée par les mages de dire ce qui plaît aux femmes, elle demande un voile, le baisse et dit : « Être aimée, cultivée de son mari, être maîtresse de maison. » Cette belle réponse déplaît ; elle est frappée, elle meurt. Mais son âme va au ciel en s'écriant : « Je suis pure. »
Une chose fort remarquable dans ces révélations antiques du cœur de la femme, c'est que l'amour y paraît seul, et non la pensée de génération.
Dans l'amour, elle voit Famour, son amant, son mari. L'enfant paraîtra plus tard. C'est l'homme qui s'inquiète plutôt de la perpétuité de race.
Une jeune dame, très-austère (madame de Gasparin), n'a pas craint de toucher ce point délicat, de révéler ce secret de la femme : « Le but du ma^ riage est le mariage^ l'enfant n'est que le se-
cond. L'amour conjugal impose plus de renoncement, de vertu, que Tamour maternel ; car l'enfant, c'est la mère encore; la mère s'aime elle-même en lui. »
Elle a dit cela simplement, naïvement, courageusement. Elle n'a pas demandé un voile comme la matrone de Perse, se sentant assez voilée de vertu, de cette noble virginité que garde l'épouse et qu'elle ne perd jamais.
Mot très-pur, et qui est au fond dans l'intérêt de l'afifsint, le mot qu'il dirait lui-même, s'il parlait avant de naître. Ce qu'il a à souhaiter, c'est l'unité préalable de ceux dont il doit sortir. Sils sont en parfaite communion de cœur, l'enfant peut venir ; le foyer est prêt, un doux nid va le recevoir. S'il n'arrivait que pour trouver le divorce dans le mariage, il périrait moralement, et physiquement peut-être. Donc, toute question de famille, d'éducation, etc., est subordonnée à une question antérieure, celle de l'amour, identification mutuelle des deux qui aiment et qui peu à peu ne font qu',un.
Voilà la pensée de la femme, hors de toute hypocrisie, posée dans sa gravité sainte, contre l'idée du moyen âge, qui crut que le mariage n'avait
pour but que l'enfant, et oublia que la mère, 'avant d'êlre mère, est épouse et la compagne de Thomme.
Profonde, profonde ignorance. Us ne savaient pas que la femme, même celle qui n'a pas d'enfajpt, est de cent manières féconde. Elle Test pour son mari en qui la plus simple même met, à l'insu de tous deux, des sentiments, des pensées, des habitude^ à la longue. A chaque instant, fatigué, ayant dispersé, perdu son électricité' morale, Thomme la reprend^dans la femme, en sa douce société, en son chaste sein.
Elle est sa fiUe ; il retrouve en elle et jeunesse et fraîcheur. Elle est sa sœur, elle marche de front aux plus rudes chemins, et, faible, elle soutient sa force. Elle est sa mère, Fenvironne. Parfois dans les moments obscurs, où il se trouble, où il cherche, ne voit plus son étoile au ciel, il regarde vers la femme, et cette étoile est dans ses yeux.
Il ne faut pas que Tétat des mœurs actuelles, refifréné vertige, le tourbillonnement aveugle dont nous sommes les témoins, nous trompe sur le fond des choses ; il ne faut pas s'arrêter à telles femmes, telles classes et tel temps. Il faut voir la femme étemelle.
Elle est dans toute l'histoire F élément de fixité. Le bon sens dit assez pourquoi. Mon-seùlemenj parce qu elle est mère, qu'elle est le foyer, la malson, mais parce qu'elle met dans Tassociation une mise disproportionnée, énorme, en comparaison de celle de l'homme. Elle s'y met toute et sans retour. La plus simple comprend bien, que tout change* ment est contre elle, qu'en changeant elle baisse très-vite, que, du premier homme au second, elle perd déjà cent pour cent. Et qu'est-ce donc au troisième? que sera-ce au dixième? hélas I...
Quand les rôles s'intervertissent, quand la femme devient mobile et rédame le changement, sa dégradation, sa ruine, c'est un cas d'aliénation, un signe effrayant, bizarre, de malheur et de désespoir. Ce pervertissement de la nature dans la femme l'accuse moins que celui qui fait son malheur ; car c'est le crime de l'homme.
Dans le spectacle étonnant qu'elles nous donnent aujourd'hui, d'inquiétude, d'agitation, dans leurs furies de toilette, il y a encore bien moins d'inconstance réelle que de concurrence et de vanité, souvent aussi d'inquiétude, quand la jeunesse, la beauté leur échappe, et que chaque matin elles voudraient se renouveler.
Ces variations étonnantes dans la parure et la toilette sont très-souvent les caprices d'un cœur