ET L'APPROFONDISSEMENT DE L^VMOUR
malade, inhabile, qui veut retenir l'amour. Il en est de tres-fidèles qui, pour garder leur amant, travaillent incessamment à se déguiser, se changer. Elles le feraient tout de même dans une grande solitude, dans un désert, dans un chalet des Alpes où elles vivraient avec lui.
V^ont-elles bien à leur but? Je ne le crois pas. Les impressions du cœur sont plutôt troublées qu'affermies par ce changement continuel. On serait tenté de leur dire : « Ma chère , ne varie pas si vite. Pourquoi forcer mon cœur fidèle à une permanente infidélité? Hier, tu étais si jolie 1 J'avais commencé à me prendre à cette ravissante femme. El aujourd'hui où est-elle? Déjà disparue... Ahl je la. regrette. Rends-la-moi. Ne me force pas d'aimer tant le changement. »
La toilette est un grand symbole. Il y faut de la nouveauté, mais non brusque, jamais surtout une nouveauté complète qui désoriente l'amour. L'accessoire varie avec grâce, et suffit pour tout changer. Une fleur de plus ou de moins, un ruban, une dentelle, peu ou rien, souvent nous enchante, et l'ensemble est transfiguré. Ce changement sans changement va au cœur et dit sans parler : « Toujours autre et toujours fidèle. »
Les folies, les épidémies passagères de luxe et de mode, n'ébranlent nullement pour nous ce que nous avons, d après Funiversalité des temps et des lieux, posé comme- la loi essentielle du cœur de la femme et le fond de sa nature.
Ce qu'elle veut, ce n'est pas l'amour seulement, mais la fixité, la persévérance passionnée, indéfiniment avide et curieuse, l'étemel approfondissement de l'amour.
Elle le veut et elle y a droit. Car, à cette ardente enquête, elle répondrait à jamais par une improvisation éternelle, inépuisable, de bonheur inattendu.
Un mot d'une comédie, qu'on croirait léger, me paraît mériter attention.
La dame. Vraiment, ton maître m'aimerait-il?...
Le valet. Ah I madame, il a juré qu'autant vous renouvellerez d'attraits, il renouvellera d'amour.
Mais la dame pouvait répondre : Pourquoi pas? S'il est fidèle, non pas fidèle comme un sot, d'ime constance monotone, mais d'un amour inventif, insatiablement avide de mieux sentir la femme aimée; celle-ci, riche comme la mer, prodigue comme la machine électrique en étincelles, peut dépasser
son attente. En elle est la brûlante iris des grâces de la passion, des désirs qui embellissent ou des refus qui attirent. Quelles limites à sa puissance ? Nulles que celles de la Nature. Elle est la Nature elle-même.