‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 10 sur 228 · AMI · texte numérisé non relu

AMI

— Il y a toujours à perdre pour une femme à faire son amant de son ami, mais il y a beaucoup à gagner à faire son ami de •on amant. M*"* de Puisieux.

, — On perd plus de la moitié d'un ami quand il devient amoureux. M"*' de Sartory.

-^ Rien n'est plus dangereux pour une femme que les fai-

blesses de son amie : Tamour, déjà trop séduisant par lui* néme, le devient encore plus, si je Tose dire, par contagion.

Ninon de Lenclos.

— Devenir Tami d'une femme que Ton a aimée, c'est une nanière honnête de l'oublier : Tamour qui fait place à Pamitié l'est plus de Tamour. M"* de l'Espinasse.

— Il n'y a peut-être pas de gens qui soient moins amis que eeox qui se disent amis d'une dame, et qui veulent passer pour tels. S'ils ne s'en disent qu'amis, ce n'est pas qu'ils ne l'aiment pour l'ordinaire, c'est qu'ils n'en sont point aimés; mais il arrive assez souvent, quand ils continuent leurs soins, qu'elle se reudà leur constance, et que, sans changer de nom, ils ne sont plus ce qu'ils étaient et deviennent ce qu'ils n'étaient pas. Ils aiment, on les aime; ils cessent d'être amis, et comniencent à être amants. L'abbé Goussault .

— Qui souffre l'assiduité

De l'amant qu'a fak sa beauté.

En vain auprès de lui veut passer pour cruelle; Un homme qui se voit d'une femme écoulé,

A droit de tout espérer d'elle.

N'accoutumez point votre cœur, Séduit par la vertu de l'objet qui le tente,

A s'attendrir par la douceur Même d'une amitié qui peut être innocente : L'honneur dans ce commerce est forj, mal assuré :

Ne vous y laissez pas surprendre :

Un ami si sage et si tendre.

Est bien plus dangereux qu'un amant df^claré.

— C'est en vain qu'une femme aimable se flatte d'avoir des «mis; un homme n'est jamais simplement l'ami d'une femme, à moins qu'il n'aime ailleurs; encore risque- t-el le d'en faire un ÏDCODstant. Peut-on, en effet, parler tranquillement à une reinme qui montre un beau visage, de beaux bras, un joli pied, de belles mains? Ne s'en fâcherait-elle pas elle-même? — Malgré toute la vertu qu'on nous accorde si libéralement, nous voQloos être louées et admirées; nous ne voulons perdre aucun de DOS avantages, et il n'y a qu'un amant qui sache les faire >«loir. M°* DE RiEijx.

~- En reprochant à sa fille, qui n'était plus jeune, i'incou* tt^aee de ses affeclions, madame deN.... lui disait :

Il est de certains temps propres pour la .tendresse : Mais quand ce temps n'est plus, il faut que la sagesir

Nous tienne lieu d^amour, et que nos sentiments Nous fassent des amis, et non pas des amants. A. R.

— Un cœur plein d*nn sentiment qui déborde aime à s'épancher; du besoin d'une maîtresse naît bientôt celui d'un ami.

J.-J. BOUSSEAU.

— A Monsieur, » — disait un jour madame de Tencih au Jeune comte d'Hervigny, son protégé, - «faites-vous plutôt des amies que des amis, car au moyen des femmes, on fait tout ce qu'on veut des hommes. » A. R.

— Il n*y a point d'ami aussi agréable qu'une maîtresse qui nous aime. R) rnardin de Saint- Pierre.

— Les jeunes femmes ont un malheur qui leur est commun avec les rois, celui de n'avoir point d'amis; mais heureusement, elles ne sentent pas ce malheur plus que les rois euxmêmes : la grandeur des uns et la vanité des autres leur en dérobe le sentiment. Chahpfort.

— Voici la Pentecôte

Relie Nelly; La fraise est à mi-côte

Du bois joli ; Déjà roses nouvelles

Ont refleuri ; C'est le temps où les belles

Changent d'amis.

Changerez-vous le vôtre,

Relie Nelly?

— Non, je n'en veux point d'autre

Que mon ami.

Le temps fane les roses

Fraises aussi; Il change toutes choses,

Mon cœur nenni. Jean de la Taille.

— L'amour et l'amitié ont de tout temps enfanté bien des prodiges, mais de nos jours, combien de maris qui sont redevablés à leurs amis de la fécondité de leurs femmes !

Sophie Arnodld.

— Les femmes aiment plus tendrement, plus sûrement, au moins, leurs vieux amis que leurs jeunes amants. Elles trompent quelquefois l'amant, jamais l'ami : c'est pour elles un être sacré. Mercier.

— On n'est point l'ami d'une femme lorsqu'on peut être son amant RALZàc.

— Mademoiselle A..., la danseuse, avait pour ami et poar coDvivç très assidu un jeune feuilletoniste qui, après avoir dtoéchei elle, allait assez souvent passer la soirée chez une cornédicDtie, madame S... — « Comme c'est gentil ! dit-elle uu matin i sa Temme de chambre, il vient manger mes côtelettes et il va les dépenser ailleurs. » H- Villemessant.

•» La femme est l'amie naturelle de Thomme, et toute autre imitié est faible ou suspecte auprès de celle-là. Bonalii.

—En amour, Pamitié ii*est si bien qu'un vain nom, et la bomir foi qu'une chimère, qu'on ne peut faire sans danger devant soa ami l'éloge de la femme qu'on aime ; dès qu'il croit vos éloges- JQstifiés, il vous supplante. Ovms.

— L'amour et l'amitié s'excluent l'un l'autre. Celui qui » eu l'expérience d'un grand amour néglige l'amitié ; et celui qur est épuisé sur l'amitié n'a encore rien fait pour l'amour.

La Bruyère.

— Il n'y a que la continuation du bonheur qui fixe la plupart des amitiés. Retz.

— L'amour n'a recours à l'amitié que lorsqu'il craint oudésire : quand il est heureux, il se suffit à lui-même.

M "8 DE Sartort.

— Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touchées de Tamitié, cest qu'elle est fade quand on a senti l'amour.

La Rochefoucault.

— L'amitié et l'amour s'aiment comme deux frères qui ont une succession à partager. Oxekstiern.

— Les femmes vont plus loin en amour que la plupart de9> hommes; mais les hommes remportent sur elles en amitié.

La Bruyère.

~ Qu'est-ce qui rend les amitiés si tièdes et si peu durables entre les femmes? Ce sont les intérêts de l'amour: c'est la jalousie des conquèies. J.-J. Rousseau.

— Les femmes ayant toutes le même élat. qui est dVtre jolies et de plaire^ il ne peut y avoir de véritable amitié entrr deux femmes, à moins qu'une des deux ne soit laide et vieille, lesarhe, le croie^ ne veuille le cacher à personne, et ait dr boDDe foi donné sa démission de l'cmme. Saint- Prosper.

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