A MADAME DU CHATELET
• Si vous voulez que j'aime encore.
Rendez moi l'âge des amours;
Ail crépuscule de mrs jours Rejoignez, s'il se peut, Taurore.
Des beaux lieux où le dieu du vin Avec PAmour tient son empire, Le Temps qui me prend par la main, M^avertit que je me retire.
De son inflexible rigueur Tirons au moins quelque avantage; Qui n*a pas Tesppit de son âge, De son âge a tout le malheur.
Laissons à la belle jeunesse Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments ; Qa*il en soit un pour la sagesse.
Quoi, pour toujours vous me fuyez.
Tendresse, illusion, folie, Dons du ciel, qui me consoliez Des amertumes de la vie!
On meurt deux fois, je le vois bien ; Cesser d'aimer et d'être aimable.
C'est une mort insupportable; Cesser de vivre ce n'est rien.
Ainsi je déplorais la perte Des plaisirs de mes premiers ans, Et mon âme, aux désirs ouverte, Regrettait ses égarements.
Du ciel alors daignant descendre, L'Amitié vint à mon secours.
Elle était peut être aussi tendre.
Mais moins belle que les Amours.
Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis, mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu'elle. Voltaire.
— Après avoir entendu Rivarol discourir éloquemment sur l'amitié, madame de L... lui dit: — «Pourquoi donc. Monsieur, 4i'avez-vous pas jugé les femmes aussi susceptibles d'amitié que les hommes ?» — « Parce qu'étant la perfection de la nature,
comme Tamour est la perfection de Taniitié, tous ne pourei éprouver d'autre sentiment que celui qui vous est analogue, » répondit le célèbre publiciste.
— A la suite d'une petite querelle, la maîtresse de M. de
S , lui dit un jour : — Pour vous punir, Monsieur, je ne
TOUS donnerai plus désormais que mon amitié. — Ah ! reprit <e poêle :
A rinconstance, ma Sylvie,
C'est ne donner qu'un nom plus doux ;
On jure d'aimer pour la vie ;
Mais l'amour vieillit avant nous;
Il faiblit, cherche moins à plaire.
Et puis de nom change un beau jour ;
Entre amants, l'amitié n'est guère
Que la vieillesse de l'amour. A. R.
— L'amour, quand il est seul, n'est qu'un feu passager ; il *sl tout désir, tout passion : il faut que l'amitié s'y mêle, et ce n'est que de ce sentiment qu'il reçoit la plénitude et la durée de son existence. Labouisse.
— L'amitié est le grand mot des femmes, soit pour intro- <laire, soit pour congédier l'amour. Sainte-Beuve.
— Comment l'amour se contenteraît-il de l'amitié! il y voit nooce qu'elle donne, mais ce qu'elle refuse. Laténa.
— Une nouvelle amitié peut distraire d'un ancien amour.
M'"^ GuizoT.
Loin de nous quand l'amour s'envole, Heureux celui qui s'en console Entre les bras de l'amitié!
— Entre Paul et Virginie la première amitié était déjà de l'amour : dans les ûmrs innocentes ces deux sentiments h'allumeut au même foyer. P. Rochpèdre.
— L'amour peut faire oublier l'amitié mais non consoler de M perte. Massias.
— Le sentiment le plus parfait, le plus doux à l'âme dans sa plénitude tranquille, c'est l'amitié qui succède à l'amour entre un homme et une femme qui n'ont à rougir ni de s'être aimés pusioonément, ni d'avoir cessé de s'aimer avec l'ardeur première de la jeunesse. Daniel Stern.
— Passer de l'amour à l'amitié est chose fort rare entre les hommes et les femmes qui se sont aimés ; ce retour n'est pourtant pas absolument impossible; il ne s'agit que d'avoir un bon ^[»rit et un bon cœur. Saint -Évremont.
— Peu de femmes, dans l'âge de plaire, nous tiennent compte de la simple amitié. Abel Dufresne.
— l/amitié de Thomme est souvent un appui; celle de la femme est toujours une consolation. P. Rdchpèdre.
— L'amitié de deux femmes n*est jamais qu'un complot contre une troisième. Alphonse Rarr.