LE SERIN ET LE PINSON
Qu'il est doux d'être dans sa cage !
Disait au dehors un pinson, Y voyant un serin qui, de son doux ramage,
Faisait retentir sa prison.
Il a nourriture à foison ;
Bon pain et gentille femelle;
Et peut, quand il veut, avec elle, Rire, boire et manger et dire la chanson.
C'est ainsi que, voyant une jeune pucelle, Lubin croit qu'il serait au comble des plaisirs. S'il pouvait se lier d'une chaîne éternelle. Avec ce doux objet de ses tendres désirs...
Mais la cage et le mariage Ne font sentir les maux que quand on est dedans. Pour devise prenez cette leçon fort sage :
Jamais maris, toujours amants.
— On demandait un jour à Fontenelle si l'envie de se marier ne lui était jamais venue. — Quelquefois, répondit-il. •• ^' matin surtout.
— Une fille naturelle de Charles-Quint, nommée Bfargo^ rite, fut mariée à l'âge de dix ans au prince Alexandre d^ Médicis. Veuve à vingt ans de ce premier mari, elle épous^ peu de temps après Alexandre Farnèse, qui était à peine ^S^ de treize ans. Un poëte contemporain qui rapporte ce faitbist|^ rique, nous a laissé sur ces deux mariages, les vers suivants •
Le destin, à dix ans, me priva de Léandre Qui pour moi, vainement se montra vigoureux;
A vingt, j*épouse Hylas, qui, trop jeaoe et trop tendre. Ne put sentir encor ni soulager mes feux. Dans ce bizarre état que faut-il que je fasse? Hymen ! qui m'as offert tes plaisirs les plus doux,
Lorsque pour eux j'étais de glace, Et qui, dans mon ardeur, me les refuses tous, Hélus ! si dans ton cœur la pitié trouve place. Rends-moi mon premier âge ou mon premier époux !!!
— Le mariage est de toutes les choses sérieuses la chose la )lus bouffonne. Beaumarchais.
— Le mariage n'est plus aujourd'hui qu'une cérémonie qui i^rfrancbit le sexe du joug des bienséances, et donne le privilège de tout faire à celles qui ont les inclinations assez corrompues pour tout oser. La plupart du temps, les femmes ne se marient que pour avoir le droit de tenir une maison ouverte, où ceux qui les épousent sont moins bien reçus que les étrangers. Combien est-il de maris ignorés par ceux-là mêmes qui dinent et couchent tous les jours chez eux ! Mercier.
— L'hymen, dit un contemporain de Tauteur que nous venons de citer :
L'hymen n'est qu'une mode,
Un lien de fortune, un veuvage commode.
Où chaque époux, brûlé d'adultères désirs,
Vit, sous le même nom, libre dans ses plaisirs. Gilbert.
*— On aurait du appliquer au mariage, la police relative aux faisons qu'on loue par un bail de trois, six et neuf ans, avec lavoir d'acheter la maison si elle vous convient.
Le Prince de Ligne.