LES DEUX MOINEAUX
Dans un bois habité par un million d'oiseaux, Spacieuse cité du peuple volatile,
L'amour unissait deux moineaux :
Amour constant, quoique tranquille; Caresse sur caresse, et feux toujours nouveaux. Ils ne se quittaient point : sur les mêmes rameaui On les eût vus, perchés toute la matinée,
Voler ensemble à la dînée.
S'abreuver dans les mêmes eaux.
Célébrer tout le jour leur flamme fortunée*
Et de leurs amoureux duos
If
m i\ lis
Attendrir au loin les échos.
Même roche la nuit est encor leur hôtesse : Ils goûtent côte à côte un sommeil gracieux ; L*une sans son amant, Taulre sans sa mattressa»
N'eût jamais pu fermer les yeux.
Ainsi dans une paix profonde, De plaisirs assidus nourrissant leurs amours,
Entre tous les oiseaux du monde
Ils se choisissaient tous les jours.
Tous deux à l'ordinaire allant de compagnie,
Dans un piège se trouvent pris ;
En même cage aussitôt ils sont mis. [^
« Vous voilà, mes enfants, passez là votre vie: • Que vous êtes heureux d'être si bons amis !
Mais, dès le premier jour, il semble Que le couple encagé ne s'aime plus si fort :
Second jour, ennui d'être ensemble ; Troisième, coups de bec ; puis on se hait à mort.
Plus de duos; c'est musique nouvelle :
Dispute et puis combat pour vider la querelle. Qui les apaisera ? Pour en venir à bout Il fallut séparer le mâle et la femelle. Lew flamme en liberté devait être éternelle :
La nécessité gâta tout.
— c( Le mariage est une loterie où les hommes jouent leur liberté, et les femmes leur bonheur. » Cette pensée d'un de nos moralistes devrait nous portera réfléchir. Mais le tempsoù l'on a besoin de réflexions est celui où Ton en fait le moins. 11 sufGt qu'un homme nous plaise, pour nous persuader qu'il ^ toutes les qualités qu'il nous faut. Cependant ce n'est pasl'af'' faire d'un jour que de connaître un homme. Il faudrait qn'on^ fille sacrifiât quelques années de son impatience à étudier 1^ caractère de l'amant ou de l'époux qu'elle s'est choisi... Bast^ dit-on, l'amour vient après le mariage. — Non, mademoiselle ^ l'amour ne natt pas du sein de rindifférence, et c'est ordinal^ rement là l'efl'et de l'hymen. M*"* de Riedx.
— A. Vous marierez-vous ?
B. Non.
A. Pourquoi?
B. Parce que je serais chagrin.
A. Pourquoi seriez-vous chagrin?
B. Parce que je serais jaloux.
A. Pourquoi seriez-vous Jalooxf
^arce que Je serais c...
*ourquoi seriez -vous c. . . ?
^arce que je le mériterais.
li pourquoi le méritcriez-yous?
*arce que je me serais marié. Cbampfort.
Joe dame d'un certain âge engageait beaucoup ses deux è se marier ; mais les deux jeunes gens, fort satisfait! intages du célibat, faisaient la sourde oreille. Un Jour, ! la conversation revenait encore sur ce chapitre : — one tante, dit le plus jeune, n'insistez pas davantage, en prie; Alfred et moi, nous voulons décidément rester î. — Est-il vrai, mon Dieu? — Très vrai, ma tante, a le jeune homme ; et de fait, ajouta-t-il en riant :
Pourquoi nous marier.
Quand les femmes des autres,
Pour être aussi les nôtres.
Se font si peu prier? * Â. R.
e marier, c'est soumettre solennellement sa liberté à la ton destin au caprice.
)bservez cette barque conduite par deux matelots : lorsrament ensemble, ils voguent doucement sur les flots mais s'ils ne sont pas d'accord, chaque vague produit lousse, et tel coup d'aviron donné à contre-sens pourrait lavirer leur frêle esquif . — Le bateau est le mariage, les rs sont les époux ; ils naviguent sur le fleuve de la vie, et t qu'en unissant leurs efforts qu'ils adoucissent les conîs du voyage. Lévis.
Ine vieille 611e qui regrettait de l'être, célébrait devant Qos poëtes le bonheur des gens mariés. — Vous avez raiparler ainsi, Mademoiselle, lui dit l'écrivain, car :
Quand un mari, quand une femme Vivent de telle sorte entre eux.
Que ce n'est qu'un corps et qu'une âme. Il n'est point d'état plus heureux.
!, ajouta-t-il en levant les mains au ciel :
Mais si l'on s'en rapporte à ceux
Qui sont sous la loi conjugale,
C'est la pierre philosophale.
De n'être qu'un quand on est deux. A. R.
foutes les filles enragent de se marier, et la plupart dei ?s enragent de ce qu'ils le sont.
— Un contrat de mariage est souvent, entre les parties, rengagement de ne point vivre ensemble. Massus.
— On serait plus souvent heureui dans le mariage si on ne craignait pas de le paraître. Labodisss.
— Le mariage est un frein mis par la loi civile k l'incoDstance de la nature. II a fallu s*attendre que ce monopole exciterait beaucoup de révoltes. Les maris Turcs ont imaginé d*assurer leur possession en confiant les femmes à des gardiens impartiaux, armés de glaives et désarmés de leur sexe; lesmarii Chrétiens ont donné le change à Tennemi, en instituant la prostitution publique, et déployant devant les célibataires IV vant-garde des courtisanes. Ainsi, les Orientaux, plus violents, arrêtent le torrent par une digue, et les Septentrionaux, pins ingénieux, le détournent du fragile temple de Thymen par uq canal de dérivation. Les premiers sacrifient à leur tranquillité, des hommes et la justice, et les seconds, des femmes et la pudeur. Dans Tun et l'autre cas, le mariage est bien précieax, s'il vaut tout ce qu'il coûte. Lemontet.
— Un philosophe cherchait à marier son fils. — Il est encore bien jeune, lui dit un de ses amis; attendez au moins qu'il soit devenu sage. — Avez -vous donc perdu la tête, mon cher? répliqua vivement le philosophe..., mais si mon fils devenait sage, il ne voudrait jamais se marier. A. R.
— Quoi de plus sot dans nos mœurs actuelles, que la présentation officielle et presque sentimentale du futur à la jeune fille! Cette prostitution légale va jusqu'à choquer la pudeur, (c Je viens de voir, cette après-midi, i 7 février 1790 (dit Champfort), une cérémonie de famille, comme on dit, c'est-à-dire des hommes réputés honnêtes, une société respectable, applaudir au bonheur de mademoiselle de Marille, jeune personne belle, spirituelle, qui obtient l'avantage de devenir réponse de M. R..., vieillard malsain, repoussant, malhonnête, imbécile, mais riche, et qu'elle a vu pour la troisième fois aujourd'hui en signant le contrat. — Si quelque chose caractérise un siècle infâme, c'est un pareil sujet de triomphe, c'est le ridicule d'une telle joie; et, dans la perspective, la cruauté prude avec laquelle la même société versera le mépris h pleine main sur la moindre imprudence d'une pauvre femnie amoureuse. — Tout ce qui est cérémonie, par son essence d'être une chose affectée et prévue d'avance, dans laquelle il s'agit de se comporter d'une manière convenable, paralyse l'imagination et ne la laisse éveillée que pour ce qui est contraire au but de la cérémonie et ridicule. Une pauvre jeune fille, comblée de timidité et de pudeur souffrante durant la présentation officielle du futur, ne peut songer
rôle qu'elle joue; c'est une manière sûre d'étoufTer rimam. Stendhal^
Le sacrement du mariage n'efface pas les taches originelles 3 celui du baptême. M*"* de Staël.
Un écrivain dont le nom se trouve fréquemment cité e recueil, avait une vieille tante qui voulait k toute force 1t une fin, c'est- à-dire qu'il se mariât. Un jour, comme la dame revenait encore sur cette grave question, son lui dit : — Pour Dieu! ma tante, ne me parlez jamais riage; il me fait peur. — Et pourquoi donc, mon enfant ? st qu'il me semble, répliqua le jeune homme, qu'après e de miel, ce sacrement doit faire l'effet d'une tartine ifitures dont on a mangé le dessus. A. R.