‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 124 sur 228 · CONSULTATION DIAL06DÉE · texte numérisé non relu

CONSULTATION DIAL06DÉE

Je viens vous consulter, compère, Sur un point des plus délicats ; • Je veux me marier ; Lucas, Me conseillez-vous de le faire?

— Eh ! oui, mariez-vous. Colas.

— Et si j'allais faire une soltise?

Si, quand j'aurai sauté le pas,

J'en allais enrager tout bas? '^x^

Parlez-moi donc avec franchise.

— Eh bien, ne vous mariez pas.

— J'en ai cependant grande envie; Mon amoureuse est si jolie!

C'est Babet, la fille à Thomas; Morgue! je Taime à la folie.

— Ah ! ah ! mariez-vous, Colas.

— Oui , mais de ma femme, peut-être, Un galant lorgnant les appas...

J'honore les c..., Lucas;

Mais pour rien je ne voudrais l'être.

— Oh ! ne vous mariez donc pas.

— Oui, mais les bras croisés, je gèle La nuit tout seul entre deux draps :

Si j'avais Babet dans mes bras, Jarni ! je pense qu'avec elle.

Je ne. . . — Mariez- vous. Colas,

— Mais si Babet du haut en bas Me traite, et fait le diable à quatre;

Moi, qai n*aime pas les éclats, Je serai forcé de la battre.

— J'entends. Ne vous mariez pas.

— Mais qael plaisir quand on baise Deux ou trois marmots gros et gras, De sa façon!... j*en mourrais d'aise.

— Allons! mariez -vous, Colas.

— Mais si ma femme trop féconde, En mettait dix ou douze au monde, Voici bien un autre embarras !

— Peste ! ne vous mariez pas.

— Écoutez donc, Lucas, j'espère Que, quand je serai vieux et las, Ces enfants nourriront leur père.

— C'est vrai. Mariez-vous, Colas.

— Mais la mort, qui frappe à toute heure, N'a qu'à me rendre veuf. . . hélas !

Compère, il faudra que j'en meure.

— Parbleu ! ne vous mariez pas :

Adieu ! — Peste du gros Lucas !

Or ça, messieurs les avocats.

Conseillez-moi donc, je vous prie; A loisir discutez le cas :

En attendant je me marie. Collin d^HablevillI'

— Comme on reprochait à une demoiselle, qui depuis ciD(| ans avait coiffé sainte Catherine, d'avoir pris pour époux n homme chez qui l'âge venait s'ajouter à la laideur : — Ne faites pas tant les fières, répondit-elle à celles qui désapproavaient son choix : lorsqu'il s'agit de mariage. Mesdemoiselles, on prend ce qu'on trouve, beaucoup plus souvent qu'on ne choisit ce que Ton prend. A. R*

— Continuer l'amour dans le mariage, c'est tout une scieoce que ce bonheur-là ! Il faut si peu pour tuer ces belles émotions, ces illusions précieuses qui charment seules la vie, et il est si difGcile de maintenir un homme à la hauteur d'une passioo exaltée, quand surtout cet homme est votre mari ! Avec un amant c'est une fois plus aisé; les obstacles l'aiguillonnent, lei difficultés l'irritent; il y a dans cette situation quelque chose de provisoire qui réveille l'inquiétude et les jalousies de It possession. Mais un mari n'a rien à conserver, rien à défendre, et tout naturellement il s'endort dans la certitude et la satiété de son botaheur. D'ailleurs quel prix ont pour lui ces plaisirs si faciles? Quel attrait lui ferait désirer ces faveoi'

Pertes, prodiguées, gaspillées dans le téte-à-tète officiel sa îlieu duquel on s*endort sur le même oreiller ? C*est comme ^s primeurs dont la rareté fait tout le prix ; dés qu*on peat s avoir presque pour rien, on les dédaigne, on n*en veut us. M"^' Charles Retbaud.

II n'est pas d'union qui n'ait ses mauvais jours. Mais, lorsqu'on s'est aimé, l'on s'en souvient toujours, Et ces doux souvenirs que le cœur accumule Survivent à l'amour comme un long crépuscule.

PONSABD.

— Dans les premiers jours de juillet 1831, une grande'et elle fille de dix-huit ans se présenta dans les bureaux de ia réfecture de la Seine, pour se faire inscrire au nombre des emoiselles qui devaient être mariées par la ville de Paris, '€t moies d'une dot et d'un trousseau, en commémoration .ida remier anniversaire de la Révolution de Juillet. L'employé, ila 9yant seule, lui demanda pourquoi son prétendu ne l'accoBagnait pas. — Mou prétendu ! s'écria la jeune fille avec étooemeot, mais. Monsieur, je n'en ai pas..., je croyais que la viile turaissait tout. A. R.

— Le mariage a la propriété de communiquer aux femmes s vices de l'homme, et jamais ses vertus. Ch. Fouru».

— Aimer de bonne heure, et se marier tard, c'est entendre lanter le matin une allouette en l'air, et en manger le 4oir De rôtie à son souper. Jean-Paul Ricbtër.

— On engageait un habitué de la Bourse à se marier vfte ndemoiselle B^** — Allons donc! fit le cynique tripoteor, au hyiique elle est fort laide, au moral elle n'a pas le son. À. R«

On ne saurait flétrir avec trop de rigueur Le Irègne du calcul dans les choses du cœur, Et je souhaite aux gens qui suivent cette mode Tous les sots accidents qu'entraîne leur méthode.

PORSARO.

— De toutes les raisons qui décident la plupart des imm§ les à prendre un époux, la plus sérieuse et celle qui \tê itermine peut-être le plus puissamment, c'est le désird'MaiS'r en toilette de noce à la' cérémonie de leur mariage. Une be blanche, une nuit de bal et quelque peu de curiosité, voiliide ui qu'elles acceptent d'abord ; le véritable ne vient qu'après.

Adolphe Rigavd«

— Est-il un jeu de hasard plus effrayant que le mariage? iqaer sur un seul coup de dé le bonheur ou le maUieur 4e

sa vie; 8*engager dans un lien souvent indissoluble, eidasif toujours ; s'en inquiéter plusieurs années à l'avance, et puis tomber dans Tablme... tel est le sort de la plupart des époax. Tout est beau le jour où ils se donnent Vûn à l'autre... Le lendemain, il y a déjà des symptâmes de désaccord : Monsieur, aime les petits pois au lard, Madame les aime au sucre; Monsieur a la couleur jaune en horreur. Madame en raffole... Au bout de quinze jours les incompatibilités et les mécomptes se révèlent en foule; rarement il s'écoule six mois avant qn un événement quelconque ne redouble la dose des tardifs regrets : c'est la dot qui s*évapore, et l'on n'avait épousé que pour la dot; ce sont des dettes à pay^r, au lieu d'un surcroît d'aisance que Ton s'était promis. Le marié parle d'économie, la femme parle de dépense ; tous deux se plaignent ; on commence par des observations, on finit par des reproches amers : Tamour s'est à tout jamais envolé ; on se querelle, on se bait, et Ton se supporte, car le monde est là ; mais le mari n'est plus qu'un surveillant incommode, mais la femme n'est plus qu'une lourde chaîne qu'il faut traîner partout. — Les tortures matrimoniales sont sans fin et se varient de mille manières. — L'iaévitable monotonie n'est pas une des moins cruelles. —Au bout d'un an, au bout de deux, se retrouver constamment en face l'un de l'autre, avec de la satiété, quoi de plus fastidieux! Ou se sait par cœur, on s'est étudié; toutes les qualités ont perdu de leur éclat, tous les défauts ont grandi ; il ne s'est opéré que de disgracieux changements... Le flambeau de l'hymen est comme certaine flamme qui rend hideux tout ce qu'elle éclaire. — Les deux moitiés du couple se font peur, elles s'ennuient de se voir, de se toucher, de s'entretenir, de s'entendre, de se sentir; elles cherchent des distractions, elles s'éloignent, elles se fuient, elles fuient un insipide intérieur, et voilà pourquoi les spectacles, les cercles, les cafés et tous les lieux publics se remplissent de gens qui bâillent ; puis on s'eflbrce de sortir d'une mortelle atonie; on éprouve le besoin de se retremper dans une infidélité, et le proverbe changement de corbillon.est mis en action sans aucun scrupule. — On se dit : passe-fnoi la rhubarbe f et je te passerai le séné. Donc, à tout prendre, le lien perpétuel du mariage est bien la pire de toutes les galères; et c'était assurément un contrat dé mariage que renfermait I& botte de Pandore. On est généralement convaincu de cette vérité ; et cependant, dans la société, on se pousse à l'envi dao^ les épineuses étreintes du nœud conjugal, et tout conspire san^ cesse à y entraîner les sages et U» fous. Sicut eratinprincifiOf <t nwfic et setnper. Jules David*

— On ne rencontre en général dans le mariage que ce qu*0D fa cherché. Ceux qui ne lui ont demandé que de Targent i*ont pas le droit d'en attendre le bonheur, et qui a semé Tarn- Dition ne récoltera pas Tamour. A. Grù'n.

— Le mariage n'est souvent qu'un échange de grognements réciproques durant le jour et de ronflements pendant la nuit. C'est de Tennui à deux. Commerson.

— L'amour avant l'hymen ressemble à une préface trop courte en tête d'un livre sans fin. J. Petit-Stern.

— Le mariage est un roman, jusqu'au jour où on a ouvert le livre. La préface en est quelquefois amusante ; mais elle n'est jamais longue, et toujours elle est menteuse.

Achille Poincelot.

— Monsieur A*** était à la veille d'épouser mademoiselle B***, lorsqu'un de ses amis vint lui proposer un plus riche mariage. Monsieur A*** n'hésita pas; il rompit aussitôt avec celle qu'il aimait, et se maria, six semaines plus tard, avec une jeune veuve qu'il ne connaissait point. — Mademoiselle B*** désolée de cette rupture, ne songeait plus qu'à mourir, lorsque heureusement pour elle, l'amoureux éconduit d'une de ses cousiiies se fit son consolateur et devint bientôt son époux. — Ce chassé-croisé se renouvelle tous les jours parmi nous; il s'exécute même avec tant d'aisance et de facilité, qu'on voit, en fin de compte, beaucoup de femmes qui regrettent d'être mariées, et peu de maris qui n'aient un remplaçant. Adolphe Ricard.

— « Pourquoi donc n*épousez-vous pas mademoiselle de X***? disait-on un jour à M. de Maucroy; elle est belle, spirituelle et riche; que pouvez-vous désirer de plus? — Mon ami, répondit le poëte à son interrogateur :

... Je vois beaucoup de bien,

Dans le parti qu'on me propose ;

Mais toutefois ne pressons rien :

Prendre femme est étrange chose.

Il faut y penser mûrement ;

Sages gens en qui je me fie,

M'ont dit que c'est fait prudemment

Que d'y penser toute sa vie, A. R.

^ Il faut être longtemps à faire ce qui doit durer long* ^ps : les belles choses ne sont pas l'ouvrage d'un jour.

M"* DE RiEUZ.

— Le mariage est une si sotte chose que l'on devrait bieo *'*Ppliquer à trouver le secret de perpétuer le monde sans 'cQimes. Sarraziit.

— liCS rides enlaidissent moins une femme que la méchanceté. Adrien Dopoy.

— On plaint un homme qui a eu le malheur d'épouser une méchj^te femme, mais celui qui s'y expose pour la seconde fois est inexcusable, car il n'a que ce qu'il a bien mérité, si la dernière ressemble à la première. Oxenstiehiï.

— Pour fuir Torage des passions, le mariage avec une bonne femme est un port dans la tempête, mais avec une méchante c'est une tempête dans le port. J. Petit-Senn.

— On se repent toujours d'avoir été méchant envers ceux qu'on a bien aimés : les fautes de Tamour s'oublient, mais Icj remords de la jalousie nous restent. Adolphe Ricard.

— Un mari qui avait une fort méchante femme, lui disait un jour :

« Si tu ne finis ton tapage.

Sais- tu bien ce que je ferait

Je planterai là le ménage,

Louison, je t'abandonnerai.

Alors, soit de force ou de gré»

Tu me regretteras; car, maudite femelle, Je veux te faire, avant d'accomplir ce dessein. Un quarteron d'enfants. » — Un quarteron, dit-elle, Fais-les moi tout à l'heure, et décampe demain. A. B.

— Celui qui s'aperçoit, dès le second jour de son mariage, que la femme qu'il vient d'épouser est une méchante femme, ne doit pas attendre au lendemain pour chercher à la rendre meilleure. « On plie à son gré le bois vert, dit le poëte Saadi, mais quand il est sec, on ne peut le redresser qu'avec du feu. >*

Adolphe Ricabd.

MÉDECIUr.

— C'est par les femmes que les médecins acquièrent leur réputation, et c'est par les médecins que les femmes font leurs volontés. J.-J. Rousseau*

— Les hommes n'appellent un médecin que lorsqu'ils souffrent, les femmes les envoient chercher toutes les fois qu'elles s'ennuient. M"** de Genlis.

— Un paysan des environs de Ham vint un jour prier M. 1^ docteur Seraine de lui donner un onguent qui pût faire cesser des douleurs de reins dont sa femme souffrait beaucoup. Aprè^ s'être renseigné de son mieux sur la nature du mal, l'auteur d^ la Santé des petits enfants écrivit une ordonnance, et la remets tant au paysan, il lui dit : — Tenez, mon brave homme, roo^

la frictionnerez avec cela. » Deux jours après, comme ce client revenait de nouveau. — Eh bien! qu'y a-t-il donc encore? lai dii le docteur. — Ma foi ! m'sicur, y a qu'ma femme dit que voui n'êtes pas ben savant, quoiqu'on le dise dans tout le pays. — Et pourquoi cela? — Parce que vous lui donnez des choses qui foDt rien du tout. — Ah ! par exemple ! s'écria le docteur no pea piqué ; voyons, comment avez-vous fait pour vous servii de ma friction? — Queu friction? fit le paysan tout ébahi. — £t parbleu! celle que y ai ordonnée. — Mais, m' sieur le méde* cia, TOUS n*m'avez point du tout donné de friction. — Comment ! — Mais non, ben sûr. Vous avez gribouillé quéqae chose sur un petit morceau de papier, et puis vous m'avez dit €0 me le remettant : tenez, mon brave homme, vous la frotterez avec cela. — Eh bien? Ot le docteur. — Eh ben! m'sieur, j'ai fait c'que vous m'avez dit : c'est avec vot papier qu'jai frotté ma femme. » M. Seraine ne put en entendre davantage, et trouvant la porte de son jardin ouverte, il s'y réfugia bien vite pour ne pas rire au nez de son client. A. R.

— Cest la difficulté de prouver qui fait qu'on médit si hardiment des femmes les plus sages ; car dans les choses où il est impossible de démontrer la vérité, on prétend que la vraisemblance suffit. DUFHESNT.

^ La plupart des femmes aiment mieux, ce me semble, <ni'on médise un peu de leur vertu, que de leur esprit ou de l«or beauté. Fontenelle. "

— Ce n'est point sur le rapport d'une femme, qu'il faut ioger d'une autre femme, parce qu'elles ont presque toutes la faiblesse de croire qu'elles se donnent la gloire qu'elles dtent aux autres. M"** de Sartort.

-~ Quand une femme a le bonheur d'èlre née avec une jolie figure, elle ne doit pas médire de celle des autres. Le mépris ^ipe.l'on en fait ne nous embellit pas, et ne rend pas moins aimables celles que nous déprisons. Il faut convenir bonnement de ce qu'on pense là-dessus. Les hommes à qui nous parlons ont des yeux ; et tout ce que nous pourrions dire au désavaolage des personnes qui leur plaisent, ne leur persuaderait pas <in'ils sont des aveugles. M"* de Rieux.

— Une femme doit mépriser la médisance et craindre de la mériter. M"* de Sgudék.

^ — Un jour, je m'avisai de médire de l'amour, il m'envoya ''hymen pour se venger. Depuis je n'ai vécu que de regrets.

RlVABOL.

— Si vous entendez une femme médire de Pamonr, et un homme de lettres déprécier la considération publique, dites de Tune que ses charmes se passent, et de l'autre que son talent le perd. Diderot.

— La médisance s'attaque toujours aux chastetés les plus délicates. Par tous pays, deux individus, jeunes, beaux, qu'on suppose heureux Tun par l'autre, soulèvent l'indignation et la fureur de ce public hargneux qui se compose de toutes les femmes honnêtes fatiguées de l'être, de toutes les femmes galantes qui veulent donner le change sur la facilité de leurs mœurs par la sévérité de leurs jugements, de tous les vieai libertins qui haïssent par état la passion noble et pure, de tous les maris qui comparent, de tous ceux enfin, et le nombre en est considérable, qui portent avec dépit le poids d'une vertu forcée, les lourds ennuis du ménage, ou les cruels châtiments de la débauche. Daniel Stern.

— Si la femme est le plus doux présent que Dieu ait fait h l'homme, celui qui se permet d'en médire est le premier des ingrats. Auguste Gutabd.

— On médit des femmes, par la raison qu'on ne jette des pierres qu'aux arbres chargés de fruits. A. R.

— Les femmes ont encore plus à se méfier des femmes que des hommes. J.-J. Rousseau.

— ' Je n'exclus point la jalousie de l'amour; mais la méfiance, selon moi, déshonore les deux amants. Miràreau.

— Les femmes se méfient trop des hommes en général, et pas assez en particulier. Ck)HMBRS0N.

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