UNE VIERGE SAGE
Le calife Harroun dormait peu. Une nuit qu'il traversait eol les appartements de son palais, il surprit une des filles l'honneur de la reine au moment où, presque nue, elle allait se ivrer au sommeil. Le prince s'approcha de cette belle enfant, 't comme il Pavait déjà vainement sollicitée, il crut cette fois 'occasion favorable pour obtenir d'elle ce qu'il désirait. — Grince, lui dit la jeune fille en cherchant à s'arracher de set ^ras, attendez jusqu'à demain, je vous en supplie... Demain,
fc vons îe promets, vous serez heureux.. Je me donnerai toute à vous. » Le calife qui ne voulait ne devoir qu'à Tamour le bonheur que Tamour nous donne, se rendit à cette promesse. Mais le lendemain, dès le lever du soleil, il courut bien vite auprès de sa Jeune maîtresse. — Je vous aime, lui dit-il en se jetant à ses genoux, je vous aime, mon bel ange, et vous m'avez promis de me rendre heureux. — Moi, prince ! Et quand donc? dit la jeune fille. — Cette nuit, cette nuit même, répondit le calife. — Cette nuit, dites-vous?... — Oui; « Je me donnerai toute à vous, 1) m^avez-vous dit. — Je n'en disconviens pas, seigneur, reprit la pauvre enfant, mais vous oubliez que pour une honnête fille, les promesses de la nuit ne se donnent que poar laisser venir le jour. » Cela dit, elle s'enfuit et disparut. Saadi. — Une jeune femme ayant fait demander au chantre d*Eacharis un exemplaire des Nuits d*Young, le poëte lui rél)ODdit:
Dans la sai.^n des plus beaux Jours,
Tu demandas des Nuits funèbres !
Est-ce aux Grâces, est-ce aux Amours
A s'envelopper de ténèbres?
Toi, que j'entends avec transport.
Que je vois toujours plus jolie.
Peux-tu me parler de la mort,
Quand tu me fais aimer la vie^
Laisse Young aux vieilles vertus,
A la laideur qui devient sage :
Le triste Young n'est à l'usage
Que de ce qui n'existe plus.
Toi, tu dois prendre pour bréviaUe
Les aimables leçons des Jeux,
Passer tous tes jours à nous plairo,
Et tes nuits à nous rendre heureux. A. R.
CHANSON otahitienne;.
Conduis, belle Nélida, conduis cet étranger dans la case voi^ sine, étends une natte sur la terre, dénoue ta longue chevelure, et, pour que tu sois plus belle encore, laisss tomber le pagne qui dérobe tes jeunes attraits.
Alors, Nélida, si dans les yeux de cet étraisger tu surprends nn amoureux désir, si sa main, en pressant la tienne, t'attire doucement, s'il te dit : «Viens près de moi ; •
Ne le repousse pas, Nélida, assieds-toi sur ses genoux, donnelui tes plus douces caresses, e^ que sa nuit soit heureuse, que la tienne soit charmante !
L Amour le veut ainsi, Nélida ; obéis k F Amour, et ^j reeos vers nous que lorsque le jour renaissant te permettra ; lire dans les yeux du voyageur endormi, tout le plaisir qu'il 3ra goûté près de toi. Bougainville.
OBÉIBSANCX.
— La docilité est une des qualités dont les femmes ont benn toute leur vie, puisqu'elles ne cessent jamais d*ètre assatties ou à un homme, ou aux jugements des hommes, et qu'il e leur est jamais permis de se mettre au-dessus de ces jugeleats. J.-J. Rousseau.
— La vertu qu'une femme pratique le plus rarement est obéissance, probablement parce que le Code civil s'est ayisé e lui en faire une loi. Horace Baisson.
OBSTAC&ZS.
— L'amour aime surtout les secrètes faveurs ; Dans l'obstacle qu'on force il trouve des douceurs ; Et le moindre entretien de la beauté qu'on aime. Lorsqu'il est défendu, devient grÂce suprême. Mouèbe.
— Le plus puissant de tous les obstacles à la dorée des feux e l'amour, est de n'en avoir plus à vaincre et de se nourrir niquement d'eux-mêmes. L'univers n'a jamais vu de passior )alenir celte épreuve. J.-J. Rousseau.
— Les amants seraient trop heureux que leurs désirs Tussent Dtretenus par des obstacles continuels; il n'est pas moins es« îQtiel pour le bonheur de conserver des désirs que de les sati» lire. DucLOs.
— Pour exciter l'amour, cherchons-lui des obstacles, dit Vr oëte:
Heureux qui craint les chaînes d'un époux.
Les yeux d*un père et les pas d'un jaloux !
L'amant glacé qui jouit sans contrainte,
Voit sans plaisir ce qu'il obtient sans crainte :
Et le stylet, l'escalade et la nuit,
Prêtent un charme aux beautés que Ton suit. A. R.
— C'est une grande jouissance en amour que de savoir diffrer de jouir; et c'est une voluptueuse recherche que d'inenter des obstacles, quand on n'en rencontre point. Le plaisir 'attendre et d'espérer vaut beaucoup plus que celui d'arriver mi de suite. Mibabeau,
— Quand Vulcain venait h parattre,
On sait que des bras de Vénus, fa
Mars, en chemise et les pieds nus,
Sautait gatment par la fenêtre.
— Dans le mariage il n'y a point d'amour, parce qu'on ne peut aimer où il n'y a point d'obstacles. Si Laure avait été la femme de Pétrarque, il n'aurait point passé sa vie à rimer des sonnets. Btrun.
— Uaiguitlon de l'amour est la difficulté ; Ses charmes sont détruits par la facilité ; Dès qu'il est paisible, il sommeille :
S'il n'a point de frayeurs, il n'a point de désir : L'assurance l'endort, la crainte le réveille. Et s'il acquiert sans peine, il jouit sans plaisir.