PORTRAIT DE L'AMOUR
11 est aimable quand il pleure,
II est aimable quand il rit;
On le rappelle quand il fuit.
On Tadore quand il dempure.
C'est le plus aimable boudeur
Qui soit de Paris à Cy thère ;
C'est le plus aimable imposteur
Qui soit né pour tromper la terre ;
11 fait vingt serments aujourd'hui,
Et demain il les désavoue;
On sait, quand il blesse, qu'il joue.
Et Ton veut jouer avec lui. Demoostieb.
— L'amour s'introduit plus aisément dans le cœur que le mi dans une maison ouverte.
— Rien n'est plus contagieux que le je ne sais quoi ; avant l'on ait eu le temps de s'en défendre, il se fait sentir, et la te bientôt n'est plus maîtresse du cœur. Wiélamo.
— Aimer est un destin charmant ;
Cesl nn bonheur qui nous enivre,
Et qui produit l'enchantement.
Avoir aimé, c'est ne plus vivre ;
Hélas! c'est avoir acheté
Cette accablante vérité.
Que les serments sont un mensonge.
Que l'amour trompe tôt ou tard,
Que l'innocence n'est qu'un art,
Et que le bonheur n'est qu'un songe. Parut.
-- L'image de ce qu'on aime est comme notre ombre, elle MOI suit partout.
— Dans l'amour, il y a !e plus souvent une personne qui
aime, et Tautre qui est aimée. L'amoor-propre chez cette deruière supplée au sentiment qu'elle n'a pas. Saint -Prosper.
— Le seul amour sur lequel on puisse compter, le seul dont on puisse s'enorgueillir, esi Tamour d'une femme qui a eu des amants. — L'amour d*une Jeune fille à son insu est plutdt pour le sexe que pour l'individu. — La jeune fille vous aime peut-être parce que vous êtes un homme, agréable, ou plutôt parce que vous êtes le premier homme qui lui parle d'amour, ou plutôt encore et plus simplement, parce que vous êtes ub homme et qu'elle est une femme — La femme qui a eu des amants et qui peut comparer, qui n'a pas dans la rétine une image fantastique qui s'attache comme un masque sur le premier homme qu'elle regarde, et le pare d'un charme qu'il n'a pas, cette femme vous aime parce que vous êtes vous, parce qu'elle est elle. — L'amour de la première est l'attrait d'uo sexe pour l'autre; si elle ne vous aimait pas, vous, elle aimerait nécessairement un autre. Cet amour est la satisfaction d'un besoin : la jeune fille vous aime, comme elle aimerait l'eau qui la désaltère, fût-elle bourbeuse, et désagréable à boire. — L'amour de la seconde est l'amour de l'individu; si elle ne vous rencontrait pas, il serait possible qu'elle n'aimât jamais personne; elle vous aime comme on aime la liqueur que l'on choisit au milieu de cent autres, et que l'on boit, non parce qu'on a soif, mais parce qu'elle est douce et agréable au goût.
Alphonse Karr.
— Le bonheur d'être aimé consiste moins dans la possession d'un cœur qui se donne, que dans la surprise douteuse, inquiète et graduée des secrets d'un cœur qui se défend. Les rencontres que Ton se ménage, les regards tristes et doux que l'on dérobe, le frémissement d'une main palpitante qu'on a souvent effleurée d'une main timide avant d'oser la saisir : voilà SOS suprêmes voluptés. Charles Nodier.
— Quand on aime bien, on sent deux âmes ensemble, on goiUe également la volupté qu'on donne et celle qu'on reçoit... L'amour qui vient du cœur s'enflamme par le plaisir, s'accroît par le bonheur ; il perfectionne ce qu'il admire^ il éternise ce qu'il éprouve, et divinise ce qu'il aime. Ségur.
— Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie. Mortel, de tous ces biens qu'ici-bas l'homme envie, A rheurc des adieux je ne regrette rien ; Rien que Tardent soupir qui vers le ciel s'élance» L'extase de la lyre, ou l'amoureux silence D'un cœur pressé contre le mien.
Auprès de la beauté sentir vibrer sa lyre, Voir d'accord en accord rharmonieux délire Couler avec le son et passer dans son sein, Faire pleuvoir les pleurs de ces yeiii qu*on adore. Comme au souffle des vents les larmes de Taurore Pleuvent d'un calice trop plein.
Yoîr le regard plaintif de la vierge modeste Se tourner tristement vers la voûte céleste. Comme pour s*envoler avec le son qui fuit ; Puis retombant sur vous pleins d*une chaste flamme. Sous ces cils abaissés laisser briller son Ame, Comme un feu tremblant dans la nuit ;
Voir passer sur son front Tombrc de sa pensée, La parole manquer à sa bouche oppressée. Et de ce long silence entendre euGn sortir Ce mot qui retentit Jusque dans le ciel même, Ce mot, le mot des dieux et des hommes... Je t'aime ! Voilà ce qui vaut un soupir. Lamartihk.
— Être aimé n'est qu'un bonheur humain; le charmt d*aimer est la volupté des anges. Chables Pougbms.
— Aimez, aimez qui vous adore;
Ne craignez point de vous laisser charmer.
Que de plaisirs un insensible ignore !
C'est l'amour seul qui peut nous les donner ;
Avant d'aimer on ne vit point encore.
On ne vit plus dès qu'on cesse d'aimer. Quinadlt.
~ L'amour est la plus noble des passions du cœur humain; c'est elle qui, pour trouver le bonheur, a besoin de l'inspirer ia même degré qu'elle le sent. Stendhal.
— Quand on a le cœur exalté, on aime à faux ; il faut timer de sens rassis pour aimer véritablement.
J. JOUBERT
— L*amour est inépuisable; il vit et renaît de lui-même, «l plus il s'épanche, plus il surabonde. Lamennais.
— Le propre de l'amour est de s'immoler. Viret.
— Lorsqu'on a bien aimé, quelque sujet de plainte qu'on Ntse nous donner ensuite, et quelque résolution qu'on ait tonné de cesser d* aimer, au moment même qu'on y croit être P^nrfQu, on se surprend aimant encore On en rougit, mais on ^t emporté, et la blessure se rouvre souvent et pendant long- ^ps avant que de se refermer pour jamais.
M"' d'Arconvillb.
— Quand on aime tout arrive à Tamoar. Balzac.
— I/amoor est tout dans celui qui aime/; Taimé n'est qu*UD prétexte. Alphonse Karr.
— L'amour, c'est du bonheur pour ce monde et pour l'éternité. Aimez, et vos désirs seront remplis ; aimez, et vous serez heureux. Aimez, et toutes les puissances de la terre ramperont à vos pieds. L'amour est une flamme qui brûl dans le ciel, et dont les doux reflets rayonnent jusqu'à nous Deux mondes lui sont ouverts, deux vies lui sont données. C'est par l'amour que nous doublons nos êtres: c'est pa l'amour que nous touchons à Dieu. Aimé Martuc.
— Qu'on me laisse au désert ; je retrouve une image Jusque dans le bois sombre, où j'aime à respirer; El là, quand le soleil s'endort sous un nuage, Je m'arrête et je sens le besoin de pleurer; La nuit descend plus douce, et j'en attendais l'heure ; Je ne sais quelle voix me parle au demi-jour. 0 toi par qui je rêve, ô toi pour qui je pleure. Réponds-moi : qu'es-tu donc, si tu n'es pas l'amour?
Les grands vallons, les bois, les collines brillantes, Tout me rit, tout se pare et de lumière et d'or. Un doux nom vient errer sur mes lèvres brûlantes ; Mais je n'ose le dire, il m'intimide encor. Oh ! je me livre à toi, vague iustinct, douce flamme Reflet de mes beaux ans écoulés sans retour; Reste en moi, mais réponds, 6 loi qui prends mon âme. Réponds-moi : qu'es-tu donc, si tu n'es pas l'amour?
Ed. Turquett.
— L*amour décroît quand il cesse de croître*
Chateaubriand.
^ Il y a une justice ^ rendre à l'amour, c'est que plus le» motifs qui le combattent sont- forts, clairs, simples, irrécusables, en un mot, moins il a le sens commun, plus la passion s'irrite et pius on rjme. C'est une belle chose sous le ciel que cette déraison du cjeur ; sans elle nous ne vaudrions pas grand'chose. Alfred de Musset.
— Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire;
Au même instant rire et pleurer. Sans raison de pleurer et sans raison de rire; Redouter, le matin, et le soir, souhaiter
D'avoir toujours droit de se olaindre;
Craindre quand on doit se flatter,
Et se flatter quand on doit craindre;
Adorer, haïr son tourment; A la fois 8*effrayer, s'irriter des entraves; Passer légèrement sur des aOaires graves
Pour traiter un rien gravement ; Se montrer tour à tour dissimulé, sincère, Timide, audacieux, crédule, déflant;
Trembler en tout sacrifiant
De n*en point encore assez faire ; Voir des rivaux dans ceux que Ton doit estimer; Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ; Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime, Et de ne plus sentir, quand on cesse d'aimer.
M"* DUFRÉNOf.
— L'amour est le seul tiers auquel les amants font bonne mine. Adriek Duput.
— Un amour éteint peut se rallumer ; un amour usé, jamais.
AUG. GUTARD.
— L'amour a sur nous cette divine influence que tout ce qu'il y a de beau au monde étant devenu partie de la femme que nous aimons, nous nous trouvons disposé à faire tout ce qu'il y a de beau au monde. Stendhal.
— ...Serait-ce un bonheur de respirer le jour. Si d'entre les mortels on bannissait Tamour? Non, non, tous les plaisirs se goûtent à le suivre ; Et vivre sans aimer, n'est pas proprement vivre.
Molière.
— Aimer, c'est demander à un autre le bonheur qui nous imnqae. P. Rochpêdre.
— Qu'importe que le jour finisse et recommence
Quand d'une autre existence
Le cœur est animé?
Ouvrez-vous, jeunes fleurs. Si la mort vous enlève, La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve. Et vous aurez vécu si vous avez aimé.
Alfred de Musset.
— Prenez de l'amour ce qu'un homme sobre prend de vin. Bais ne devenez pas un ivrogne. Alfred de Mdsset.
— L'amour vrai met l'homme en rapport avec tout ce qui ttt noble et beau, l'attache à l'humanité par la tendresse.
rélève à Dieu par la réconnaissaDcc et la passion. Ce lien mys lérieux et doux de la terre au ciel, iastinct intelligent qui conserve, qui purifie, force créatrice qui meut tout« pénètre tout, qui donne h tout* âme et puissance, Tamourestle plus grand maître des affaires humaines ; qui Tignore ou le blasphème se condamne à ne savoir jamais rien du monde ni de ses luis; il est la condition première de toute la science des êtres, le fondateur de toute morale, et sans lui l'homme reste éternellement pour rhomme une page close de la création.
Charles Didier.
J'aime ! voilà le mot que la nature entière
Crie au vent qui remporte, à l'oiseau qui le suit!
Sombre et dernier soupir que poussera la terre,
Quand elle tombera dans réternellenuit!
Oh ! vous le murmurez dans vos sphères sacrées,
Étoiles du matin, ce mot triste et charmant !
La plus faible de vous, quand Dieu vous a créées,
A voulu traverser les plaiues éthérées,
Pour chercher le soleil, son immortel amant.
Elle s'est élancée au sein des nuits profondes,
liais une autre Taimail elle-même; — et les mondes
Se sont mis en voyage autour du firmament.
Alfred de Musset.
— Qu'est-ce donc que l'amour, ce besoin d'être à deux, ce mal qui nous gagne à jour fixe de la vie, on ne sait pourquoi, par un certain fluide échangé d'un coup d'œil, an hasard, sans volontés entre deux êtres qui ne se sont jamais vus, étrangers l'un à l'autre, blanc et noir, d'Athènes et de Sinope, les plus éloignés de nature, les plus opposés, même de goût, d'état, de caractère? .L'homme, cet être borné qui a besoin de l'infini, cherche toujours ce qui lui manque, son extrême contraire. Ainsi les contraires s'attirent et les extrêmes se touchent..... Les grands aiment les petites ; les blonds, les brunes ; les
poètes, des cuisinières; les philosophes, des courtisanes
Amour, amour! énigme éternelle, le Sphinx qui te garde ne Crouvera-t-il pas un Œdipe pour t'expliquer? Félix Pyat.
— 0 mon cœur, entretiens en toi la flamme de l'amour, en dépit de la jeunesse et de la beauté qui nous quittent : pour le cœur où l'amour reste, la jeunesse et la beauté ne s'envolent pas, car l'amour seul est toujours jeune et beau.
Frédéric Ruckert.
— Se livrer tout entier sans rieo garder de soi, renoncer à ta possession et à son libre arbitre, remettre sa volonté entre
les bras d*an autre, ne plus voir par ses yeui, ne plus entendre avec ses oreilles, n*èlre qii*un en deux corps, fondre et mêler tes âmes de façon à ne plus savoir si vous êtes vous ou Tautre» absorber et rayonner continuel lement, être tantôt la lune et tantêt le soleil, voir tout le monde et toute la création dans an seul être, déplacer le centre de vie, être prêt, à toute heure, aux plus grands sacrifices et à Tabnégation la plus absolue, souffrir à la poitrine de la personne aimée, comme si c'était la vôtre; ê prodige, se doubler en se donnant. — Voilà Tamour.
Théophile Gautier.