A MA BELLE MAITRESSE
Vivons, pour nous aimer, 6 ma chère Lesbie, sans nou barrasser des vains murmures de la vieillesse chagrine ! i leil se couche, et le lendemain il se lève : mais quand nos rapides se sont envolés, nous sommes ensevelis dans une éternelle. Donne-moi mille baisers, Lesbie; ensuite cent, autres ensuite, encore cent, encore mille, et puis cent i encore. Lorsque tu m>n auras accordé plusieurs milliers, les mêlerons ensemble, de peur d'en connaître le nombr qu'un jaloux ne nous porte envie, en apprenant que nous sommes buisés tant de fois !
Ne vivons que pour nous aimer, Et laissons murmurer la vieillesse ennemie ; Occupons-nous sang cesse, 6 ma chère Lesbie,
Du bonheur de nous eullammer.
L'astre qui répand la lumière, Finit et recommence également son cours ; Mais quand la mort nous frappe, hélas! fcsl pour touj
Qu'elle nous ferme la paupière.
Profltons du jour qui nous luit ; Donne moi cent baisers: donne-m'en mille encore : Confondons-les ensemble, et que rhacun ignore
Le charme heureui qui nous séduit.
Qu'un impénétrable mystère Jette sur nos plaisirs un voile officieux ; Ils doivent h l'amour leur prix délicieux :
Que son flambeau seul les éclaire !
Dans nos tendres enibrassements, Dérobons-nous aux yeux de tout ce qui respire; Jaloux de nos baisers, un témoin peut nous nuire
Par les plus noirs enchantements.
Aimer, c'est vivre, ô ma Lesbie !
Jurons -nous que nos feux ne s'éteindront jamais; Et donnons k l'amour, jaloux de ses bienfaits,
Tous les moments de notre vie. Catul
— L'amour a des dédommagements que Tamitié n'a
MONTAIGMI
— C'est une passion violente et piperesse. Il se faul darmer contre elle, et se garder de ses appas ; plus cl h
DiigDarde. plus elle est traîtresse, car eVre nous veut embrasser pour nous estranglcr, et nous appaster de miel pour nou» saouler de fiel . Cuarron .
— L'amour natt brusquemcot sans autre réfleiioo, par tempérament ou par faiblesse. La Bruyère.
— Aimer ou n'aimer pas n'est point à notre choix.
Cormeillf:.
— Celui qui aime sans être payé de retour, est plus sûr que* tout autre d'aimer véritablement. Meilhan.
— Vouloir éloigner de notre esprit l'amour qui le domine,, c^est défendre à notre ombre de paraître au soleil.
M"* DE RiEur.^
Il n'est homme icy-bas
Qui soit exempt d'amour, non plus que du trépas.
Ce n'est donc chose étrange, étant si naturelle,
Que cette passion me trouble la cervelle.
M'empoisonne l'esprit, et me charme si fort
Que j'aimeray, je croy, encor après ma mort ! Régnier.
— Aimer, c'est être porté à prendre du plaisir dans la pertertion. Leibnitz.
— Il n'y a rien de borné dans l'amour que pour les âme» bornées. M"** de Lambert.
— Dans l'univers tout aime, tout désire : Du tendre amour tout peint la volupté.
Si le papillon vole avec légèreté,
Un autre papillon l'attire; Les (leurs, on s'agitant, semblent se caresser : Le lierre à Tormeau s'unit pour l'embrasser; Les oiseaux sont charmés de pouvoir se répondre;
Et le doux murmure des eaux
Est causé par plusieurs ruisseaux
Qui se cherchent pour se confondre. Racan.
— Aimer, c'est prendre l'esprit de sa maltresse et penser d'après elle; c'est voir par ses yeux, sentir par son cœur; en on mot , c'est changer de naturel et devenir tout ce qu*ello est. Bernis.
— Aimer, absorber tout dans la même pensée, Existence future, existence passée,
Jouissances et pleurs; Aimer, c'est l'union des plus intimrs flammes,
La vie entre deux ùmes.
Le ciel entre deux cœurs! £• Tubqueti.
— Qaand on a aimé, un sentiment douloureux, inquiet. Je ne sais quels regrets se mêlent à Tincertitude de n*aimer plus ' \ livrent notre Ame au danger d'aimer encore. M"' Riccoboni.
— En amour, il n'y a guère d'autre raison de ne s'aimer plus ^ ie de s'être trop aimés. La Bruyère.
— L'amour est le roi des jeunes gens et le tyran des vieillards. OXENSTIERN.
— L'amour habite dans les plus belles âmes, comme le ver dévorant s'attache au bouton de la plus belle rose.
Shakspeare.
— Il en est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
La Rochefoucauld.
— Il est bien difGcile de retrouver qui nous aime ; il ne l'est pas tant de retrouver qui nous puissions aimer. Dufresnt.
— Il en est de l'amour comme du feu ; plus il est renfermé plus il se conserve. Adrien Duput.
— L'amour est comme les liqueurs fortes pour ceux qui les aiment ; ils ont beau dire qu'elles les tuent, ils y reviennent. La raison a si peu de force dans ces occasions, qu'on pourrait la laisser de côté. Elle ne sert à rien pour modérer nos passions et pour réprimer nos désirs. Tout ce qui regarde les plaisirs et les sens n'a rien à démêler avec elle. C'est Tenneraie décidée du cœur. Et quand j'entends dire : « Je n*aimerai de ma vie, cela rend trop malheureux, » j'aimerais autant qu'on me dit : « Je ne me servirai jamais de mes oreilles ni de mes yeux. » M"' de Rieux.
— Amour ! désir inné ! âme de la nature ! principe inépuisable d'existence ! puissance souveraine qui peut tout et contre laquelle rien ne peut, par qui tout agit, tout respire et tout se renouvelle ! divine flamme ! germe de perpétuité répandu dans tout avec le souffle de la vie ! précieux sentiment qui peut seul adoucir les cœurs féroces et glacés, en les pénétrant d'une douce chaleur! cause première de tout bien, de toute société, qui réunit sans contrainte et par tes seuls attraits les natures sauvages et dispersées ! source unique et féconde de tous plaisirs, de toute volupté ! Amour ! comment ne t'aurait-on pas divinisé!!! BUFFON.
— Aimez, il n'y a que cela de bon dans la vie.
George Sand*
Aux transports de l'amour que Tunivers se livre, Aimez, vous que ce dieu n'a jamais enflammés. Et vous qui sous ses lois avez cessé de vivre. Déserteurs de Vénus, aimez encore, aimez 1
L*amoiir embrasse tout ; les êtres, la nature,
Comme na premier J)ieofait lui doivent les désirs.
Les champs Tor des moissons, les arbres leur pamre,
La matière la vie, et Thomme ses plaisirs.
Chaque être appelle un être. Il faut que tout s*unis«e *
Les oiseaux et les fleurs, et l'homme et le ramier ;
Le farouche taureau mugit pour la génisse.
Le palmier qui sMncline attire le palmier.
A ses hennissements que la jument réponde,
Le frein ne retient plus Tindomptable coursier...
L'amour! il fait bondir les baleines dans Tond»,
Et le tigre en fureur sous son joug sait plier*.
Par son souffle échauffé, tout vit, tout prend une âme.
De Pabtme des mers à la voûte des cieux;
Et réduit au néant, tout périt sans sa flamme.
Les mondes, les soleils, les mortels et les dieux.
Aux transports de Tamour que Puni vers se livre. Aimez, vous que ce dieu n*a jamais enflammés, Et vous qui sous ses lois avez cessé de vivre, Déserteurs de Vénus, aimez encore, aimez ! Floxus.
— Un jeune homme qui aime n'est plus ni libertin, ni dissipé, ni ambitieux; ses passions sont suspendues, une seule remplit tout son cœur: il ne se pique plus que d être bon. Heureux ceux qui ont des passions qui les rend«'nt moins insensibles et plus humains ! Vacvenargi es.
— 0 charme des premières illusions, fraîcheur du sentiment, nafve jeunesse des désirs, vous passez comme le songe du proscrit qui rêve le soleil de la patrie abente! Qu'ils sont rapides ces jours si beaux que Ton nomme h' temps des peines! 0 amour! quand la vieillesse vient dessécher le cœur, flétrir rimagination et désenchanter la vie, si Thummo te regrette, c'est moins pour tes derniers plaisirs que pour tes premières faveurs ! Fosculo.
— Quand Tidéal a fui, quand la foi manque à tout. Fleur au divin parfum, l'amour seul est dcbuui.
Louise Colet.
— La passion qui peut nous donner les plus grands plaisirs et nous rendre le plus heureux, met entièrement notre bonheur dans la dépendance des autres : on voit que je veux parler de Famour. Cette passion est peut-être la seule qui puisse nous faire désirer de vivre, et nous engager à remercier l'Auteur de la nature, quel qu'il soit, de nous avoir donné
4*eii8teiice. Milord Rocbester a bien raison de dire que les «dieux ont mis cette goutte céleste dans, le calice de la vie pour tnous donner le courage de la supporter.
Il faut aimer, c'est ce qui nous soutient; Car sans Pamour il est triste d'être homme.
SI toe goût naturel, qui est un sixième sens, le plus fin, le plus délicat,, le plus précieux de tous, se trouve rassemblé dans deux âmes également sensibles, également immuables, également susceptibles de bonheur et de plaisir, tout est dit, on n'a plus rien à faire pour être heureux; tout le reste est indilTérent. Il Yi'y a que la santé qui y soit nécessaire; il faut employer toutes les facultés de son âme à jouir de ce bonheur ; il faut quitter la vie quand on le perd, et être bien sûr que les années de Nestor ne sont rien au prix d'un quart d'heure d'une telle jouissance. 11 est juste qu'un tel bunheur soit rare. S'il était commun, il vaudrait mieux être homme que dieu.
M"* DU Chatelet.
— Qu'est l'amour? Ah ! prêt à le nommer.
Ma bouche, eu le niant, craindrait de blasphémer.
Lui seul est au-dessus de tout mot qui l'exprime ;
Éclair brillant et pur du feu qui nous anime....
Inextinguible flamme,
Il est... il serait tout, s'il ne devait finir,
Si le cœur d'un mortel pouvait le contenir ;
Ou si, semblable au feu dont Dieu fit son emblème.
Sa flamme en s exhalant ne l'étoufTait lui-même.
^ Lamartine.
— 11 n'y a qu'une sorte d'amour, mais il y en a raille différentes copies. La Rochefoucauld.
— Quand l'amour a produit l'amour, il a tout fait, et ne veut que cela; qui demande plus mérite moins; qui ne cherche que soi dans son amour, est indigne de celui d'autrui ; qui veut outrer les plaisirs les perd. La débauche des sens est à l'amour ce que l'excès du vin est à la raison. Les voluptés les plus innocentes et les plus pures sont les plus douces, les plus sensibles et les plus durables. Souvenez-vous de cet axiome latin : Amare et non insanire vix diis concessuniy et de ces deux vers qui nous ont paru si sages :
Principium dulce est^ sed finis amoris amarus ;
Lœla venire VenuSt tristis abire solet. Rochbbrune.
— L'amour, qui n'est qu'un épisode dans la vie des hommes, est l'tKstoire entière de la vie des femmes. M™* de Staël.
La pensée
D'un homme est de plaisirs' et d'oublis traversée; Une Temme ne vit et ne meurt que d*amour; Elle songe une année à quoi lui pense un Jour.
Alfred de Mussrt.
— L'amour platt plus que le mariage, par la raison que le» omans sont plus amusants que l'histoire . Champfort.
— On s'attache à Tamour lorsqu'on en est maltraité; on le uitie lorsqu'on en est content. Dorât.
— Vous qui de Tamoureuse ivresse
Fuyez la loi, Approchez-votfS, belle jeunesse,
Écoutez- moi :
Votre cœur a beau se défendre
De s'enflammer, Le moment vient, il faut se rendre,
Il faut aimer.
Hier, au bois, ma chère Annette
Prenait le frais :
Elle chantait sur sa musette :
n N'aimons jamais. »
M'approchant alors par derrière.
Sans me nommer, Je dis : » Vous vous trompez, ma chère.
Il faut aimer. »
En rougissant, la pastourelle
Me répondit :
« D'amour la flèche est bien cruelle,
On me Ta dit.
A treize ans, le cœur est trop tendre
Pour s'enflammer :
C'est à vingt ans qu'il faut attendre
Pour mieux aimer. »
Lors je lui dis : « La beauté passe
Comme une fleur ; Un souffle, bien souvent, relTace
Danssa fratchcur; Rien ne peut, quand elle est flétrie,
La ranimer:
C'est quand on est jeune et jolie
Qu'il faut aimer. »
« Belle amie, à si douce atteinte
Cédez UQ peu ; Cet amour dont vous ayez crainte
N'est rien qu'un Jeu. >»
Annette soupire, et cx>mmence
A s'alarmer :
Hais ses yeui m'avaient dit d'avance :
11 faut aimer.
L*air était frais, Tinstant propice»
Le bois touffu.
Annette fuit, le pied lui glisse.
Tout est perdu.
L'amour, la couvrant de son aile.
Sut ranimer.
« Hélas ! je vois trop, me dit-elle.
Qu'il faut aimer. »
Les oiseaux, témoins de l'afTaire,
Se baisaient mieux; L'ombre, plus tard qu'à l'ordinaire.
Quittait ces lieux ; Les roses s'empressaient d'éclore
Pour embaumer ; Et l'écho répétait encore :
il faut aimer. Pabmt.
— Il est si beau d'aimer et d'être aimé que cet hymne la vie peut se moduler à rinflni, sans que le cœur en éproi de lassitude. M*"* de Staël.
— L'amour ne convient qu'à très peu de personnes. T( les jeunes gens s'imaginent avoir de l'amour à leur premi* inclination, comme toutes les femmes à leur première intrigi On se voit, on se platt, on croit s'aimer; on se trompe de bot foi. A cette époque en succède une autre, où l'on cherche à tromper mutuellement, et à celle-ci une troisième, où l'on se trompe plus, mais où l'on se quitte. Voilà la marche or naire des erreurs du cœur et des sens ; mais il y a loin de à l'aniour... L'amour suppose dans son objet trop de quali pour convenir au vulgaire ; et par vulgaire, j'entends ici femmes qui ne sont qu'aimables ou qui ne sont que jolies; hommes qui ne sont qu'élégants ou qui ne sont qu'estimabh en un mot tout ce qui n'est pas extrêmement rare. L'am( suppose trop de constance pour convenir aux esprits lége irop d'ardeur pour convenir aux esprits calmes; trop de i
ne poor convenir aux esprits violents; trop de délicatesse ir convenir aux esprits simples; trop d'eDtho^siasme poar iveair aux esprits froids ; trop d^activité pour convenir aux irits indolents; trop de désirs pour convenir aux esprits ;es;trop de privations pour convenir aux esprits libertins.
Dreux.
— L'amour est un commerce orageux qui finit toujours par le banqueroute; et c'est la personne à qui on fait banque- Qte qui est déshonorée. Champfurt.