PORTRAIT
— En amour, qui donne le portrait, promet Toriglual.
Adrien Duput»
— Un portrait sait doubler pour nous L'objet que notre cœur adore ;
Il est déjà bien loin de vous,
Vous le croyez tout près encore.
Sur ce gage de ramltié,
Mon avis, je crois, tient du vôtre ;
D'un ami c'est une moitié,
Qui nous aide à retrouver l'autre.
Mais surtout il ne faut jamais
Suivre l'exemple de ces belles,
Que l'on voit donner leurs portraits
Aussi souvent que les modèles.
Églé, pour pareille faveur.
Doit subir un pareil reproche :
Nul amant ne l'a dans son cœur.
Et vingt amants l'ont dans leur poche. Chazet.
- Un de nos poëtes offrit à une jeune fille nommée Rose, eo souhaitant sa fête, le charmant bouquet que voici :
— Une fleur c'est bien peu de chose ; Moi-même je l'ai dit souvent ;
Et voilà qu'aujourd'hui pourtant
J'ai cueilli pour vous cette rose !
Elle seule est tout mon bouquet.
Je voudrais l'offrir! mais je n'ose...
Cependant, que donner à Rose
De plus joli que son portrait !
Unique objet de tous les soins de Flore, Par sa beauté, son parfum, ses couleurs^
La rose est la reine des fleurs !
Et vous, à qui, dès votre aurore,
Vénus et le dieu d'Épidaure Ont prodigué leurs plus rares fa?eurs»
Voas êtes la reine des cœurs !
La ressemblance en tout est si fidèle Qu'nn ne saurait décider, entre nous, Laquelle à Tautre a servi de modèle :
En vous voyant on croirait que c'est elle; En la voyant on croira que c*est vous. Il est également dans votre destinée De charmer tous les sens et d*inspirer Tamonr,
Mais elle n'est rose qu'un jour,
Et vous Tètes' toute Tannée !
— C'est le jouir et non le posséder qui rend heureux.
MONTAIGITE.
— De tout ce que nous possédons, les femmes sont seules qui prennent plaisir d'être possédées. Malherbe.
— Cest une vanité assez ordinaire à Tamour de souhaiter que plusieurs recherchent ce qu'il veut posséder tout seul.
Le p. du Bosc.
— Les femmes sont des anges quand on les recherche ; sont-elles obtenues, tout finit là. L'âme du plaisir est dans li recherche du plaisir même. La femme aimée ne sait rieo si elle ne sait pas cela. Pascal.
— Dès que les femmes sont à nous, nous ne sommes plus à elles. Montaigne. •
— Le dégoût dans l'hymen est naturel aux hommes; Kt la possession, souvent, du premier jour, Leur Àte tout le prix et le goât de l'amour.
— La possession est la pierre de touche de Tamour; le véritable y puise de nouveaux feux, mais le-Arivole s'y éteint.
Panage.
— En amour, il n'y a souvent rien de si incommode que le désir, si ce n'est la pjssession. Diderot.
— On n'est point sans plaisirs quand on aime encore. L'image de Tamour éteint effraie plus un cœur tendre que celle de Tamour malheureux; et le dégoût de ce qu'on possède est un état cent fois pire que le regret de ce qu'on a perdu.
J.-J. Rousseau.
•^ Il est moins fAcheux de voir posséder par un mari la personne qu'on aime que de la voir seulement aimée par un rival. ^In mari qui n'est point aimé ne le sera jamais; mais un amant ha! peut cesser de Tètre et se faire aimer quelque Jour.
M""* DE Sartobt.
— Celui qui croit pouvoir contenter ses désirs par la posseson, ressemble à un insensé qui s^imagine qu'avec de la paille
étoufTcra du feu. Saadi.
— La passion s'éteint dès qu'elle est satisfaite, et Tamour ns craintes et sans désirs est sans àmel M*"*^ de Lambert.
— La possession fait souvent des tyrans de ceux que le désir 'ait rendus esclaves. Bigmicodrt.
— Tantqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines;
Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en reines ;
Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour. Corneille.
— On désire la possession d'une femme, comme on désire ille d'une maison ; en a-t-on fait l'achat, on n'en considère us que les incommodités. Le plaisir de la possession s'use ir elle. ••♦
— (Vest une étrange bizarrerie que celle des amants. Ils (nient être aimés, ils exigent tout ce qu'ils peuvent imaginer ; témoignages d'amours ; ils ne sont jamais satisfaits tant qu'il ur reste quelque chose à désirer, et ils le sont bien moins icore quaud ils ne souhaitent plus rien. L'amour se détruit ir lui-même; et l'on ne goûte plus, quand on le possède, ce l'on a le plus ardemment désiré. Rochebrune.
— Il en est d'une idée,
Comme d'une beauté qu'on n'a pas possédée ;
On l'adore, on la suit. — Ses détours sont charmants.
Pendant que l'on tisonne en regardant la cendre.
On la voit voltiger ainsi qu'un salamandre;
Chaque mot fait pour elle est comme un billet doux«..
Mais dès qu'elle se rend, bonsoir, le charme cesse.
On sent dans sa prison l'hirondelle mourir.
Si tout cela du moins vous laissait quelque chose !
On garde le parfum en effeuillant la rose ;
Il n'est si triste amour qui n'ait son souvenir.
Alfred de Musset.
— Il y a cette différence entre l'amour et la possession, qm in est un désir infini, et l'autre an désir satisfait.
Saint Prosper»