LES DEUX ROSES
C'était hier la Tète de Julien ; Nicette s'approcha de son fiancé, et lui offrit une rose qu'elle venait de cueillir dans le jardin de son père. En la lui présentant, ses joues se colorèrent d'un incarnat si \if, qu'on eût dit que c'était une rose qui en donnait une autre. — Hélas! dit, en soupirant, i'amoureui berger, pourquoi n'ai-je pas plutôt la rose qui me fait un si doui présent? Jean Second.
— Une femme ne doit accepter aucun présent d'un homme: le cœur s'ouvre avec la main, et quand celle-ci prend, l'autre est d^'à pris. Rochebrunb.
— Il n'est jamais vil de recevoir de ce qu'on aime; ce que le cœur donne ne saurait déshonorer le cœur qui l'accepte. Un don honnête à faire est toujours honnête à recevoir.
J.-J. Rousseau.
— Ce sont de puériles et de vénales amours, que celles qui ont besoin de se donner quelque chose pour se souvenir d'aimer. JOACHIM DOFLOT.
PRÉTENTIOUr.
— Les prétentions à la jeunesse donnent toujours à mie femme quelques années de plus qu'elle n'en a. É. Jodt.
— La beauté trompe les femmes en leur faisant établir sur an pouvoir éphémère les préteptions de toute leur vie.
BiGNICOUBT.
— Tant que Ton aime, on peut en donner des preuves, quand ce ne serait que celle d*aimer toujours, qui est à mon sens, la plus forte de toutes. M*"* de Rieux.
— Les femmes s'adressent volontiers, en fait d'amour, à quiconque peut leur en donner de plus fortes preuves. La vigueur de Tâge et la carrure des épaules, voilà le plus ordinairement ce qui les décide ; le reste ne vient qu'après.
Adrien Ddpdt.
— La plupart des hommes sollicitent une preuve d'amour qu'ils regardent comme dissipant tous les doutes; les femmes ne sont pas assez heureuses pour pouvoir trouver une telle preuve ; et il y a ce malheur dans la vie, que ce qui fait la sécurité et le bonheur de l'un des amants, fait le danger et presque l'humilialion de l'autre. Sthendal.
— Une charmante jeune femme priait un jour M. de Boufflers de lui déûnir l'amour. — Madame, lui répondit Tauteur d'Aline, demandez plutôt qu'on vous le prouve. A R.
— Les jeunes filles consentent assez volontiers à ce qu'on leur dise, je vous aime, mais elles se refusent quelquefois à en acquérir la preuve. Les femmes ont l'appétit moins délicat : elles tiennent plus à la preuve qu'au serment.
Adolphe Ricard.
— Les préventions des hommes parlent le plus souvent de leur esprit ; ils en reviennent quelquefois. Les préventions des femmes, émanant presque toutes de leur cœur, sont des arrêts irrévocables. D'Argens.
— Les prières et les supplications ont quelquefois le pouvoir d'appeler l'amour, mais elles n'ont jamais celui de le rappeler.
Lingrée.
— Prier, pour les femmes, c'est aimer. A beaucoup d'égards, leur vie n'est qu'une prière perpétuelle ; mais qu'elles n'en veuillent pas trop à la nature de les avoir soumises à ce rôle, puisque le plus souvent leurs prières équivalent à des ordres.
KiRATRT.
— La plupart des femmes n'ont guère de principes ; elles
conduisent par le cœur, et dépendent, pour leurs mœurs, de ceux qu'elles aiment. La Bruyère.
— La morale des femmes est toujours fondée sur des principes arbitraires ; leur honneur n'est pas le vrai honneur, leur décence est une fausse décence ; tout leur mérite et toute la bienséance de leur état consistent dans là dissimulation et le travestissement des sentiments naturels qu'un devoir chimérique leur prescrit de vaincre, et qu'avec tous leurs efforts elles oe sauraient anéantir. Du moment qu'une jeune femme entre dans le monde, tout conspire contre elle et contre sa vertu ; ou dirait que toute la société est intéressée à sa perte ; aussi, ce n'est que par le plus grand des miracles qu'elle peut échapper aux pièges tendus de tous les côtés à sa simplicité et à son innocence. Quand on réfléchit de bonne foi sur les malheurs inséparables de cette situation, bien loin de dire du mal des femmes, on est tenté de croire qu'elles sont en général beaucoup mieux nées que les hommes. Si c'est par un miracle que ce sexe aimable est préservé du naufrage, ce miracle fait boa* neur aux femmes. Gamii.