LA SENSITIVE ET LA VIOLETTE
Prude sensitive Voit-elle une fleur
Qui, sous une main Fraîche épanouie,
Hardie ou furlive, Pour sa douce odeur,
Retire soudain Et pour sa couleur,
Sa feuille craintive. Au matin cueillie.
Habite un jardin Elle entre en souci,
Où rose et jonquille, El, d'un ton sévère,
Narcisse et jasmin. Elle exhale ainsi
Vivent en famille. Sa sainte colère :
Là, de sa pudeur — « Imprudentes fleurs
Trop enorgueillie, Mes coupables sœurs,
Faat-il qu^Qn eiemple Offert tous les jours.
Pour qui le contemple Soit d'uD yaio secours ?
De la sensitive, Apprenez à fuir Une main lascive ; Et sur le qui vive Sachez vous tenir.
Que ma modestie Epure vos cœurs, Change votre vie ; Et qu^enfîn mes mœurs Régnent chez les fleurs. »
Humble violette.
Sort de sa cachette, Et pensant bien faire, A la plante austère Répond en ces mots :
— « Tais-toi, notre amie ; Sur la modestie Pourquoi tant d*éclats?
Toute fleur pudique La met en pratique Et n'en parle pas.
Du monde ignorée, Je vis retirée Loin de tous les yeux.
Loin des envieux.
Ma feuille discrète Cache ma retraite A tout curieux.
Ma fleur est commune.
Elle est simple et brune ; Je plais cependant.
Zéphire, en passant.
Flatte de son aile Mon bouton naissant.
Mon parfum appelle
L*amante et Tamant :
Écartant ma feuille, Si leur maio me cueille.
C'est que le moment, L*ombre et le mystère, Le lieu solitaire, Ont marqué ma fin; C'est que la nature Me fit sage et pure, Mais qu*il faut enfin Subir son destin.
Cette bonne mère Te fit autrement ; Tu ne sais comment On aime, on sait plaire; Toujours des vapeurs.
Toujours ta te meurs 1 Et Ton s'en amuse.
Voir s'évanouir .
Ta feuille confuse, Est le seul plaisir Dont tu fais jouir.
Après ta faiblesse, On passe, on te laisse; La belle sagesse Pour t'enorgueillir!
Depuis la couronne Que mai fait fleurir, Jusqu'au pâle automne.
As-tu vu personne Vouloir te cueillir? »
Les fleurs applaudirent A la question ; Sans discrétion Les nymphes en rirent :
La prude se tut ; Mais au cœur blessée, De fiel oppressée, Languit et mourut.
— La pruderie qui survit, chez une femme, à la jeaoesM et à la beauté, me semble un épouvantail pour les oiseaui» oublié dans les champs après la moisson. J. PETir-SBiiR»
PUDEUa.
elle femme sans pudeur est comme une bague d*or i*UDe truie. Salomon.
leur sied mieux à une femme que la plus riche toirem piidorem gerere magis decet quam purpuram.
Plaute.
telle femme indécente est une espèce de monstre arerais volontiers à un agneau qui aurait de la ne s*attend pas à cela. Diderot.
•udeur, dit Hérodote, est inséparable de la femme, pouille le soir pour satisfaire à la sainte loi du mai revêt le matin avec ses habits. » Pline veut même )nserve après sa mort. Si Ton en croit ce savant cadavre d'une femme noyée flotte sur le ventre, ;elui de Thomme flotte sur le dos. Adbien Ddpdt. deur augmente les charmes en les voilant : c'est ' Tencbère que les belles personnes mettent à leurs
Le p. Jolt.
eur est si nécessaire aui plaisirs, qu'il faut la con* le dans les temps destinés à la perdre.
M*"* DE Lambert.
plaisant qu'on ait fait une loi de la pudeur aus : n'estiment dans les hommes que Teffronterie.
Vauvenargues.
e grand monde, on permet la pudeur aux jeunes à ce qu'elles prennent le rouge. ***
leur est la plus proche parente de la vertu.
M*"* deCoulanges.
j'on a perdu la pudeur, on est bien en danger de ;e qui ne se conserve que par elle. Le P. do Bosc. ellement la pudeur aime beaucoup les petite» }mmentne les aimerait-elle pas? On dit qu'assez leur doit tout ce qu'elle est. Fontenelle.
a pudeur qui donne du prix aux faveurs et de la refus. J.-J. Rousseau.
ence la plus sévère est la sauvegarde du plaisir, et I constance en amour. Duclos.
a pudeur qui met aux faibles mains de la beauté li commande à la force. Helvétids.
la pudeur est une fois perdue, elle ne revient pas 3unesse. ***
uté sans la pudeur est un« fleur détachée de sa tige.
^ La pudeur donne des plaisirs bien flatteura à ranuot;— elle lui fait sentir quelles luis ou transgresse pour loi; — etm femmes, des plaisirs plus enivrants ; comme ils font vaincre om habitude puissante, ils jettent plus de trouble dans rame. U comte de Valmont se trouve à minuit dans la chambre à coicher d'une jolie femme ; cela lui arrive toutes les semaines, eti elle peut-être une fois tous les deux ans ; — la rareté et U pudeur doivent donc préparer aux femmes des plaisirs infiniment plus vifs. Stendhal.
— il ne faut pas toujours écouter les plaintes de la pudeur; celle qui natt de Tamour pardonne aisiément des transports qu'elle est obligée de s'interdire. Ducuos.
— La pudeur sied bien à tout le monde, mais il faut savoir ta vaincre, et Jamais la perdre. Montesqubd.
— La pudeur des femmes n'est que leur politique. Tout ce qu'elles cachent ou déguisent, n'est caché ou déguisé que pour en augmenter le prix, quand elles le donnent.
Rétif de la Brbtqrhb.
— La pudeur n'est pas destinée à faire éviter l'amour, mail Il l'ennoblir. Elle prévient l'abus des désirs sans les éteindre; elle les prolonge en leur donnant à la fois no frein nécessaire et un attrait plus particulier. Sànancodit.
Et comme nous voyons délicate et craintive Se flétrir sous nos mains la tendre sensitive. Un mot, un geste, un rien, alarme ses appas. Le cœur vole au devant de son doux embarras ; Son silence nous platt, sa froideur même enflamme, Et la pudeur enfin est la grâce de l'âme.
— Vous tous qui aimez et qui êtes aimés, soyez sobres daai le bonheur, conservez la pudeur dans le plaisir ; c'est la première des grâces; son voile éveille la curiosité, ses demi-refoi aiguillonnent le désir; on cherche ce qui se cache, on aime à deviner ce qu'on ne voit pas : celui qui inventa le premier vêtement a peut-être inventé l'amour. Sixxtm
— De Cupidon Diane évitait la poursuite.
Un jour surprise dans le bain, Elle laisse tomber son voile dans sa fuite :
Ce dieu le releva soudain.
Il court en souriant le porter à sa mère,
Qui s'en saisit d'un air vainqueur.
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
pudeur a cet ioconvéDient qu'elle jette sans cesse oensonge. Stendhal.
s femmes font tant de cas de la pudeur, qu'elles toutes en avoir, même celles qui, en fait d'hommes» lent que les voleurs. Charles Lemesle.
i pudeur et la modestie sont inséparables chez les quand la première s'en va, l'autre la suit. Lingréb. i pudeur éveille secrètement les désirs; c'est la plu» a plus délicate et la plus aimable des provocations.
Achille Poincelot.
me dé6e toujours des femmes qui portent des caleçons : ludeur avec une enseigne. Commerson.
pudeur est enseignée de très bonne heure aux petites r leurs mères, et avec une extrême jalousie, on dirait )ar esprit de corps. C*estque les femmes prennent soi» du bonheur de l'amant qu'elles auront. Stendhal. e femme dont la pudeur s'alarme facilement, prouve st sensible et faible : la crainte se mesure sur le senlu danger. Laténa.
s femmes qui ont perdu la pudeur, s'en font une affec- 'effarouche bien plus aisément que la naturelle : j'en qui s'alarment au moindre mot équivoque, et qui it trop de crainte des choses quelles ne devraient point Ine fille de ce caractère était dans une assemblée avec cadette qui sortait d'un couvent ; quelqu'un conta une I galante, mais il la conta en termes si obscurs, qu'une ( expérience n'y pouvait rien comprendre. Plus le récit icur, plus la jeune fille était attentive, plus elle marcuriosité. L'atnée s'en aperçut, et voulant témoigner ivait plus de pudeur que sa cadette, elle lui dit : — it, ma sœur, pouvez-vous entendre sans rougir ce que ieurs disent ? — Moi ! répondit naïvement l'innocente» u! je ue sais pas encore quand il faut rougir.
Le p. Jolt.
s femmes, lors même qu'elles ont perdu tout sentiment ir, font semblant d'eu avoir, parce qu'elles savent que friand assaisonnement qui met les hommes en appétit.
Achille Poimcelok main qui ramène pudiquement un pli de la robe, fait ir à ce qu'elle veut cacher, qu'à la honte vertueuse qui t cacher. Adriem Dupuy.
pudeur prête à l'amour le secours de l'imagination ; lonne la vie. Stendhal.
pudeur est une seconde chemise. Sthau
— Udc toile d'araignée faite de soie et de lumière ne serait pas plos difficile à exécuter que cet ouvrage : Qu'est-ce que II pudeur? J. Joubert.