‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 181 sur 228 · SOUPÇON · texte numérisé non relu

SOUPÇON

— Ce qu'un amant soupçonne, il y songe tout éveillé : Amans quod suspicatur, vigilans somnial, Pdbuus Stid^

— Tout n*est qu*heur et ma'.hcur dans ce monde, et comme les plus fermes dans la croyance peuvent avoir des doutes, les plus assurés dans Pamour sont capables de quelque soupçon.

Le p. du Bosc.

— Que doit faire un mari quand on aime sa femme ?

Rien.

Voici pourquoi je lui conseille De dormir, s'il se peut, d*un et d'autre côté.

Si le galant est écouté.

Vos soins ne feront pas qu*on lui ferme Toreille. Quanta Toccasion, cent pour une. Mais si Des discours du blondin le belle n'a souci. Vous le lui faites naître, et la chance se tourne :

Volontiers où soupçon séjourne,

Cocuage séjourne aussi. La Fonta;ks.

— Il faut s'épargner autant qu'on le peut des vérités fâcheuses. J'aime mieux une erreur qui me rend heureux, qu'une évidence qui me désespère. Adrien Dupoy.

— Les dames devraient toujours avoir dans la mémoire ce que dit Jules César en répudiant sa femme Pompéia, après même qu'elle eut fait voir son innocence : « Ce n'est pas assez, » s'écria-t-il, que la femme de César soit innocente, elle ne » doit pas môme être soupçonnée. » Le P. dd Bosc.

— Quiconque est soupçonneux invite à le trahir.

Voltaire.

— Ce n*est point par les soupçons qu'on affermit la fidélité d'une maîtresse; ils ne peuvent, au contraire, que l'affaiblir, car c'est la familiariser avec des sentiments dont la seule idée doit lui sembler un crime. En paraissant craindre son inconstance, vous Taccoulumez à la regarder comme possible, à se la reprocher moins; et vous l'avertissez de se faire uo mérite de ce qui ne doit être qu'un devoir. Ninon de Lemclos

— Établir des argus

A l'entour de sa femme, c'est la rendre coquette :

Quand les galants sont défendus,

C^est alors qu'on les souhaite. La Fontaine.

soupia.

-— Si les amants ne soupirent plus , c'est la faute des femmef qui ne leur en laissent pas le temps.

De Thcmire innocente encore Je tourmente les quinze ans;

Souvent Je devance Taurore

De la raison et des sens.

J'excite une aimable tempéte«

En cherchant à voir le jour ; Dans ma prison rien ne m'arrête.

J'ai pour Éole TAmour.

Pour remplir un tendre message

Je sais tromper les jaloux.

Et quelquefois à la plus sage

J'ai servi de billet doux.

— En amour, celui qui ne fait que soupirer court grand risque de soupirer longtemps. Demander avec timidité, c'est appeler le refus, a dit un philosophe. Qui timide rogat, doeti negare, Adolphe Ricard.

— Bien insensé celui qui près des belles Perd en soupirs de précieux instants :

Tous les chagrins sont pour les cœurs Gdèlcs, Tous les plaisirs sont pour les inconstants.

SOUTXNZK.

— Si le plaisir amoureux ne peut pas toujours durer, pour le moins la souvenance du passé contente encore. Brantôie.

— Le souvenir d'un bien que Ton n'a plus, est un mal ; et quaud on se souvient de sa perte, on le perd encore une fois

M"* DE Sartost.

— C'est un des avantages de la jeunesse chez les femmes, que dans un Age avancé, un mari se porte à la bienveillance par le souvenir de ses plaisirs. Montesquieu.

— En amour, un clou chasse l'autre :

...:... Des légèretés d'un amant inûdèle

Le souvenir, d'abord profondément tracé.

Par l'amant qui console est bientôt eflfacé. A. R.

— II est toujours périlleux pour une jeune personne, de souffrir que ses souvenirs s'attachent d'une manière répétée et avec trop de complaisance, au même individu. Si la recoQnaissance, l'admiration ou la curiosité viennent redoubler les liens du souvenir, elle est presque sûrement sur le bord'da précipice. Plus grand est l'ennui de la vie habituelle, plus sont actifs les poisons nommés gratitude, admiration, curiosité..' C'es( rimagination qu'il faut surtout garder chez une jeune fille que l'on veut préserver de l'amour. Stendhal.

— En amoar, qu*e8t-ce qu'un jour de bonheur sans le lenimain qui le purifie? Ccst du lendemain que le cœur date s souvenirs. M""* de Girardin.

— Le parfum de Tàme, c'est le' souvenir. Cest la partie la us suave du rœur, qui se détache pour embrasser un autre eur et le suivre partout. Geobge Sand.

— Cest le souvenir importun et jaloux du mari trompé, qui it très souvent le malheur de Tamant heureux :

— Crois-tu qu'il soit heureux Tamant?

Non ; dans son amour même il trouve un châtiment :

Plus il honorera sa mattresse'en épouse,

Plus le tourmentera sa mémoire jalouse ;

Car elle aura beau faire, elle ne fera pas

Qu'un autre ne Tait point tenue entre ses bras !

Elle peut bien donner son honneur et sa vie,

Sa beauté, tout... hormis sa pureté ravie.

Hormis la foi jurée et le lit nuptial,

Et Toubli d'un mari qui devient un rival.

Ce souvenir la souille ou du moins la profane.

Emile Augier.

— Les souvenirs sont comme les échos des passions ; et les DUS qu'ils répètent prennent par l'éloignement quelque chose e vague et de mélancolique, qui les rend plus séduisants que accent des passions mêmes. Chateaubriako.

— Un poëte écrivit ces beaux vers sur un album qu'une sooe fille de dix-sept ans venait de lui présenter :

Sur cette page blanche où mes vers vont éclore, Qu'un souvenir parfois ramène votre coeur ! De votre vie aussi la page est blanche encore, Je voudrais la remplir d'un seul mot, le bonheur. Le livre de la vie est un livre suprême Que l'on ne peut ouvrir ni fermer à son choix, Où le feuillet fatal se tourne de lui-même : Le passage adoré ne s'y lit qu'une fois; . On voudrait s'arrêter à la page où l'on aime, Et la page où Ton meurt est déjà sous les doigts! A. R.

~ A quelque genre d'amour que l'on doive les plaisirs, ils tont vifs, et leur souvenir entraînant ; et dans cette passion, au »otraire de la plupart des autres, le souvenir de ce que Ton a jierdu parait toujours au-dessus de ce qu'on peut attendre de ravenir. Stendhal.

— Lorsque les femmes vont aa spectacle, elles s^babilleot moins pour voir que pour être vues. Spectaculum veniwnt, vcniunt spectentur ut ipsœ, Ovide.

— Hommes et femmes en un lieu étroit, c^est de la paille auprès du feu. Proverbe.

— On peut comparer la femme à un pot d*huile, et rhomme à un charbon ardent ; le sage ne mettra point ensemble Thaile et le feu. Saadi.

— N*allez pas trop souvent aux spectacles, mademoiselle; sMUperfectioonentlegoût, ils gâtent les mœurs, amollissent le cœur et portent Tàme à la tendresse. Attendez que vous soyez mariée. Alors, si votre imagination se dérange, tant pis poar votre mari, ce sont ses affaires; mais tant que vous serez fille, évitez tout ce qui pourrait Témouvoir. M"* de Rieh.

BTÉXLUJTÛ.

— « Croissez et multipliez, c'est la principale fin da mariage, » a dit le Seigneur. Mais il y a une infinité de gens qui n'écoutent point cette parole divine; et qui se marieraient aa contraire s'ils étaient assurés de ne pas multiplier. Une femme ne leur est chère qu'autant qu'elle est stérile. Jucundum et carum sterilis facit tixor amicum, J. Ch. de la Femièbb.

— Une Jeune personne assez curieuse demandait un jour à Montesquieu ce que c'était que le bonheur. — Mademoiselle, lui répondit l'illustre écrivain, c'est la fécondité pour les reine» et la stérilité pour les filles. A. B'

— Un curé de campagne, gros, gras et bien portant comme ils le sont tous, cherchait une servante et ne savait qui choisir. — <( Pourquoi donc,m'sieur le curé, lui dit* un des gros bopneU^ de l'endroit, ne prenez- vous pas la veuve à Jean Maclou? C'est une femme encore jeune... — Je le sais bien, interrompit le curé, mais on m*a dit qu'elle ne savait rien faire. -^ Oh ! pour ça c'est un peu vrai, reprit le paysan ; mais dam! T n'faut pas être trop exigeant non plus, on n'peut pas avoir tout à la fois. — Cette femme a donc d'autres qualités?» demanda l'homme d'église. — « Ah ! j'crois pardi ben... Mais, m'sienr 1* curé, vous n*savez donc pas qu'elle est stérile? n répondit 1^ malin campagnard. A. R.

succxssEua.

»ycz aussi aimable, aussi honnête qu'il est possible ; I femme la plus parfaite qui se puisse imaginer, vous ez pas moins dans le cas de lui pardonner ou votre iseur ou votre successeur. Champfort.

rs même qu'en amour on se quitte de bonne volonté,

presque toujours mieux avoir pour successeur un ' qu'un ami. Lingrée.

j'est-ce qu'un amant? — Le successeur d'un mari — Qu'obtient-il? — La permission d'effacer le soir Ts que sa maîtresse a reçus le matin... — Combien es, qui chassent impunément sur les terres d'autrui,

honteux de leurs bonnes fortunes s'ils se faisaient une is cet humiliant aveu! Adolphe Ricard.

8UZCZBE.

atès disait aux amoureux, <x que si le temps ne pouvait leur passion, il n'y avait point de meilleur remède que » En cela, ce sage ne me semble ni médecin, ni philo- ^ar c'est un étrange conseil que celui de se tuer pour r. Pour bannir l'amour, il ne faut pas nous ôter la vie, ilement l'erreur; et comme en regardant les blessures s on en augmente quelquefois le sentiment, de même, dérant les folies de l'esprit, on se met en état d'y porîde. Le P. Do Bosc.

amour se compose d'orgueil et de tendresse. Dans la de l'homme, la dose de l'un surpassant celle de l'autre, >ulte une tendance naturelle pour les moyens violents. r de la femme, au contraire, se nourrissant plutôt de >e que d'orgueil, est plus disposé à se dissoudre par les de langueur. L*amant se jette dans la tombe, l'amante )d. Plus d'hommes se tuent par amour, mais beaucoup femmes en meurent. Lemontey.

y a des hommes qui se tuent lorsque les femmes qu'ils se refusent à leur passion : ce sont des sots. Ce que les ont refusé la veille, le lendemain elles l'accordent, et il à espérer d'elles tant qu'elles vivent. Rochebronr. y a des femmes du monde qui, s'étant livrées pendant s années au mystère tranquille d'une liaison coupable, un jour la tête en voyant leur complice adoré, affiché istc des bancs de la mairie, et s'en vont tout droit pi-

qoer une tète au pont des Arts... On les repêche, c'est Tusage, parce que toute femnie à grande passion sait nager.

Nestor Roqueplan.

— L*aniour ne se mérite pas, il s^inspire. Quelque aimable que vous soyez, si tous ne parvenez point à vous faire aimer, fuyez, changez, mais ne vous tuez pas :

On ne voit point deux fois le rivage des morts, Et Tavare Achéron ne lâche point sa proie.

Celui qui se tue parce qu'il n*est point aimé, se tue toojoari trop tôt. « C*est quand on n'a plus rien à espérer qu'il ne fanl désespérer de rien, a dit Sénèque : Qui nUiU potest sperarct desperet nihil. » Adolphe Ricard.

SUPSBSTITIOSr.

— Toutes les grandes passions vont à l'égard de leur objft Jusqu'à une espèce de superstition. Fontenelle.

— Jamais un homme ne s'est assis à Delphes sur le sacré trépied. Le rôle de Pythie ne convient qu'à une femme. <c Adressez-vous aux femmes, disait saint Jérôme aux hérésiarques de son temps, elles reçoivent promptement parce qa'ellcs sont ignorantes; elles répondent avec facilité parce qu'elles sont légères ; elles retiennent longtemps parce qu'elles sont têtues. » Diderot.

— Dons tous les pays, ce sont les femmes qui sont l'appui des superstitions. Dupuis.

— Si les femmes sont naturellement plus superstitieuses que les hommes, c'est qu'elles sont plus sensibles et moias éclairées. Beauchàne.

suavsxi&Asrcz.

— 11 n'y a rien qui soit de plus difGcile garde qu'une femme qui ne veut pas se garder elle-même. Properce.

— L'homme le plus adroit, eût-il même vécu Cinquante ans, renommé pour sa haute prudence, Duo siècle tout entier eût-il l'expérience. S'il veut se mettre en tête, et s'avise, eu un mot, De garder une femme, il ne sera qu'un sot.

-— Un mari qui n'y voyait que d'un œil, se montrait fort irrité des absences trop fréquemment renouvelées de sa jeune femme. Un jour qu'elle était rentrée plus tard encore qu'à l'ordinaire, il s'oublia jusqu'à la frapper. Lei deux époux allaicot

: venir aux mains, lorsqu'un jeune acteur, leur voisin, se lutant de la cause de tout ce tapage, s'interposa subitement itre eux, et s^adressant au mari brutal, il lui dit d*un ton igîque :

En vain k Pépier ton cœur Jaloux s*attache.

Tu veux troubler ses feux ; que! est donc ton orgueil?

Argus, avec cent yeux, ne put garder sa vache ;

Et toi tu veux garder ta femme avec un œil ?

Allous donc! A. R.

— Ou ne saurait gi^er une femme impudique ; une pudique a pas besoin qu*on la garde. Saint Jérôme.

— On reprochait à un mari jaloux la surveillance incessante ont il entourait sa femme: — Monsieur, répondit-il, y a-t il >QC tant d^offense h veiller pour la garde de ce qu'on aime, ins un temps où la fidélité est si rare qu'il n'y a plus que \ux qui sont assurés d'être trompés qui ne craignent point de itre? Le P. Du Bosc.

— Sije portais deux pucelles en sautoir, disait Ésope, je ne •poudrais pas de celle qui serait derrière.

-^ Que l'on me donne à garder un trésor J'en répondrai. Qu'on soumette à ma garde Une hydre, un monstre à figure hagarde, Fût-il sorcier, j'en répondrais encor.

Mais que l'on mette à l'ombre de mon aile Jeune beauté modeste eu son maintien.

Dont la voix tremble et dont l'œil étincelle ; Amour et moi ne répondons de rien. La Fontaine.

— Il est plus aisé d*avoir soin d'un boisseau de puces que 'one seule femme. Proverbe.

— . . . ; . Bouleverser l'ordre des éléments, Sur les flots irrités voguer contre les vents, Fixer, selon ses vœux, la volage fortune. Arrêter le soleil, aller prendre la lune. Tout cela se ferait beaucoup plus aisément. Que soustraire une femme aux yeux de son amant, Dussiez-vous la garder avec un soin extrême. Quand elle ne veut pas se garder elle-même.

STM P ATHXE.

— La sympathie n'est autre chose qu'une parenté de cœur

et d*esprit. II est prudent d*i^ter qa*entre deux personnes de seie différent, les sens entrent aussi dans la famille.

ÀDtIBN DOPOT.

— Il est des nœuds secrets, il est des sympathies Dont par un doux rapport les âmes assorties» S*attachent Tune à l'autre et se laissent piquer Par ce je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.

GoRinnLLE.

— Il n*y a que la conformité des sentiments qui puisse rendre les liaisons durables. Cest la sympathie qui rapproche lei cœurs, et qui serre les liens deTamour ou de Tamitié.

BlGNlGOUBT.

-^ Leurs étoiles au ciel, Tune à Tautre assortie, Dans leur Ame ont formé la tendre sympathie Qui sait en un moment produire pour toujours L'heureux charme qui fait d'éternelles amours.

PONSAAD.

— Combien s'épargnerait-on de chagrins, mademoiselle, si Ton choisissait toujours ce qui peut convenir ! On ne verrait point tant de femmes oublier leur devoir, ni tant d'amants manquer à leurs promesses. Mais il est un âge où Ton ne raisonne point: on suit aveuglément ce qui platt d'abord, et l'on M repent à loisir des engagements faits k la hâte. M"' os Rkdi.

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