‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 205 sur 228 · LE VILLAGEOIS QUI CHERCHE SON VEAU · texte numérisé non relu

LE VILLAGEOIS QUI CHERCHE SON VEAU

Un villageois ayant perdu son veau

L*alla chercher dans la forêt prochaine.

Il se plaça sur Parbre le plus beau,

Pour mieux entendre et pour voir dans la plaine.

Vient une dame avec un jouvenceau.

Le lieu leur platt, Teau leur vient à la bouche;

Et le galant, qui sur Therbe la couche,

Crie, eu voyant je ne sais quels appas :

— « 0 dieux! que vois-je! et que ne vois-je pas! • #

Sans dire quoi ; car c'était lettres closes.

Lors le manant les arrêtant tout coi :

~ 0 Homme de bien, qui voyez tant de choses,

Voyez-vous point mon veau ? dites-le moi. »

La Fontaine.

— En songeant à une jeune femme dont les rigueurs le fai« saient souffrir, un poëte amoureux se disait à lui-même:

AlIoQs, allons revoir Tobjct de mon tourment.

Ses yeux, d*un seul regard, peuvent, en ce moment,

Soulager Tardeur qui me tue

Mais je me flatte en vain d'un si charmant espoir :

Pour guérir je cherche à la voir :

Ft tout mon mal ne vient que de l'avoir trop vue!

— Les femmes ne font tant de cas de Tamour que parce qu'elles savent que celui qui les aime ne les voit pas tel Ici qu'elles sont. Charles Lemesle.

— Il est si vrai qu'une vue continuelle ennuie et importune que, dans le mariage, bien des gens trouvent le moyen de s'ai mer en ne se voyant presque jamais. âlpuonse Karr«

— Dans le commerce des femmes, il ne suffit pas à un homme sage de contenir ses mains, il faut encore qu'il con* tienne ses yeux. Isocratb.

— Se crever les yeux, c'est fermer deux portes à Pamour et en ouvrir mille à la sagesse. Salomon.

— S'il est difûcilc de regarder une belle femme sans con« Toitise, il ne l'est guère moins d'en être regardé sans émotion. Son regard, comme celui* du basilic, tue. CarpU enim vires patUatim^ uritque videndo fœmina. Le P. du Bosg.

— Ce sont les yeux qui corrompent le cœur : Tun serait innocent si les autres n'étaient pas coupables. Les yeux sont les fenêtres de râmc, et c'est là le chemin que le vice prend pour y entrer. Viliis noslris in animos per oculos via esL

Ch. de la Perrière.

— Des yeux pleins de passion nous remuent malgré nous, s'ils nous regardent avec complaisance. Il n'y a qu'un cœur indiiïérent qui soit à l'abri de cette émotion... On rencontre quelquefois de si beaux yeux, qu'il est bien difficile de baisser les siens. L'œil attire l'amour, et l'amour y court : Si nescis oculi sunt in amore dmes^ a dit Properce. M*"* de Riedx.

— Dans le délire d'un amour méconnu, une jeune femme disait à son amant :

Ne les détournez pas ces yeux qui me déchirent, Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux, Qui semblent partager le trouble qu'ils m'inspirent. Hélas ! plus ils sont dangereux, Plus je me plais à m'attacher sur eux I Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre.

VoQS dis-jc plas que Je ne dois?

Moi, de qui la pudeur devrait du moins attendre Que I*amour ni*expliquât le trouble où je tous vois! Vous soupirez, Pbylos, ainsi que je soupire; C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire, Et cependant c'est moi qui vous le dis!!!

— Une femme qui n*a jamais les yeui que sur une même personne, ou qui les en détourne toujours, fait penser d'elle la même chose. La Bruyère.

— L'amour n*a pas besoin de nos paroles pour se faire voir; il a un langage muet plus éloquent que Téloquence, et Icsyeui se font beaucoup mieux entendre que la bouche.

M"* DE Sartort.

— En amour, on ne persuade pas facilement aux hommes de mettre leur raison à la place de leurs yeux. Fontenrlle.

— La langue du cœur n*a pas besoin de mots pour être comprise ; c'est dans les yeux qu'elle est écrite. M"* Cottw.

— Les yeux sont des instruments d'optique dont Tarnoor se sert pour grossir les vertus et rapetisser les vices. ***

— 11 est de la prudence des femmes de voiler leurs yeux aussi bien que de taire leur bouche : on leur demande rarement ce que leur regard n'a pas fait espérer. Laténa.

— L'amour est comme la fortune, il n'aime pas que l'on courre après lui. Il visite de préférence ceux qui dorment au bord des puits, et souvent les baisers des reines et des dieux descendent sur des yeux fermés. Théophile Gautier.

— Une lorctte qui avait de fort mauvais yeux , était enceinte. Un jour, quelqu'un s'avisa de lui demander qui était le père de son enfant. — Ma foi, mon cher, je n'en sais rien, répondit-clle, j'ai la vue si basse! A. Rt

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