BAGUE
— Une bague est le premier tribut qu'un amant heureux paye à sa maîtresse. C'est à celles qui lui sacriûent le plus que l'Amour fait porter ses fers. * Adolphe Ricard.
— Toutes ces bagues dont les femmes galantes se couvrent habituellement les doigts, leur servent d'enseigne. Elles attestent tout à la fois leurs triomphes et leur défaites ; et leur nombre nous porte à croire que celles qui s'en font de si riches dépouilles possèdent seules le secret de se rendre aimables» puisqu'elles se sont fait aimer tant de fois.
Adolphe Ricaid.
BAIW.
— Aller au bain est un prétexte fort commode pour sortir et pour rester dehors pendant deux grandes heures. Aussi 1rs liâmes en usent-elles souvent. Mais elles ont tant abusé de ce ^oyen, que les maris qui ont un peu vécu accompagnent leurs moitiés, et se promènent en les attendant. En thèse générale. (né6ez-vous des femmes qui disent et répètent : Je vais au ^ain, je reviens du bain. Sur cent, il y en a la moitié qui
— Topassent devaDt rétablissement et donnent le cachet à leur femme de chambre. Joachim Duflot.
— Un peintre en lettres ayant été chargé d'écrire l'enseigne d*un établissement de bains de rivière sur la Seine, écrivit : Bains à quatre sous pour les dames à fond de bois. Celte rédaction ayant été jugée très peu correcte, le peintre dut refaire une nouvelle enseigne, et cette fois, mieux avisé, disait-il, il écrivit : Bains à fond de bois pour les dames à quatre sous,
— Il n'est point de sages que Tamour n'ait rendus fous, et pour preuve nous aimons à citer ces beaux vers que Platon adressait à sa maîtresse :
Lorsqu'Agathis, par un baiser de flamme. Consent à me payer des maux que j'ai sentis, Sur mes lèvres soudain je sens venir mon âme
Qui veut passer sur celles d'Agathis.
LA RÉMODLEDSE.
Certain gagne-petit, jeune et taillé, ma foi, De manière à gagner le cœur d'une fillette. S'en allait dans un bourg, chantant la chansonnette : On m'a dit qu'il éta'il aussi content qu'un roi ; Je dis qu'il Tétait plus, car rouler la brouette Et conduire un État ne font pas même emploi.
On se lasse à force d'ouvrage :
Mon gars bâilla, puis dans un coin
Ayant laissé son équipage,
S'en fut dormir un peu plus loin,
Dos contre mur, poings sous visage.
Lise vient à passer; Lise eut toujours l'esprit Vif, inquiet, folâtre et rusé ; Lise rit,
Voit la brouette, s'en approche.
Prend des ciseaux rouilles dans le fond de sa poche. Met un pied où l'on sait, range son cotillon, Et du sabot troué tire le goupillon.
L*eau tombe goutte à goutte, et les ciseaux de Lise, Rasant la meule en feu, s'aiguisent à sa guise, C'est à-dire assez mal ; pour surcroît de malheur Le cri du grès, qui s'use, éveille le dormeur;
Il se lè^e, il accourt; elle Yeatfuir et tombe. Quand on a le pied pris, force est que Ton succombe. Lise s* agite, hélas! sans se débarrasser:
Telle on voit une pauvre grive, (hie par la patte un fil vient d*enlacer. Se débattre et sc^ trémousser, Surtout quand le chasseur arrive.
Le rémouleur demanda de Targent.
— « Je n*en ai point, reprit la belle. Et mon affaire en est plus criminelle ;
Mais pour te payer autrement Prends-moi vite un baiser comptant. »
Soit par timidité, suit plutôt par malice. Il lui jura, d'un air novice, Qu*il n'en prendrait qu'un seulement.
Un serment si nouveau déplut à la bergère, Qui dit, en lui donnant un baiser de franc Jeu :
— « Fripon, puisque tu prends si peu.
Je vais chercher encor les ciseaux de ma mère. »
— Madame de La Sablière voulant encourager la timidité d*an jeune homme qui venait de lui donner un baiser, lui dit à voix àiise : Mon ami :
Un bai«er bien souvent se donne k Taventnre,
Mais ce n'est pas en bien user; Il fout que le désir ou Tespoir Tassaisonne :
Et pour moi, je veux qu'un baiser
Me promette plus qu'il ne donne.
— > Un des familiers de la cour de Louis XV, fatigué d*en^ tendre ses amis lui vanter chaque jour les exploits galants de mademoiselle Dangeville, voulut savoir par lui-même ce qu*il devait en croire. Un soir donc, k la sortie du théâtre, il fît remettre k cette actrice un billet ainsi conçu : Cinq Umis pour cinq baisers. Piquée de cet étrange laconisme, mademoiselle Dangeville ne voulut pas rester en arrière , et pour prouver à rincrédule qu*elle méritait bien les éloges qu'on lui prodiguait de toutes parts, elle répondit en quatre mots : toul double ou rien, A. R.
Philis, plus avare que tendre, Ne gagnant rien à refuser, Un jour exigea de Silvandre Trente moutons pour un baiser.
Le lendemain, seconde affaire :
Pour le berger le troc fut bon ; Il exigea de la bergère Trente baisers pour un mouton.
Le lendemain, Philis, plus tendre, Craignant de moins plaire au berger.
Fut trop heureuse de lui rendre Tous les moutons pour un baiser.
Le lendemain, Pbilis, peu sage,
Voulut donner moutons et chien
Pour un baiser, que le volage
A. Lisette donna pour rien. Dukresnt.
— Une charmante jeune femme, écrivant à M. de Boufllers, terminait sa lettre en lui envoyant un baiser. Le poëte, plus exigeant, lui répondit aussitôt :
Vous m*envoyez sur le papier
Un baiser qui bien peu me touche ;
Bais(^r qui vient par le courrier
Pourrait- il chatouiller ma bouche?
Votre chimérique faveur
Me laisse froid comme du marbre ;
Et ce fruit n'a point de saveur
Quand il n'est point cueilli sur Tarbre.
— J*aime les femmes, et quelquefois je retournerais volontiers la pensée de ce tyran qui aurait voulu que le genre humair n'eût qu'une tête, afm de pouvoir la faire tomber d'un seul coup. Mondésirest aussi vaste, mais pas aussi méchant, el beaucoup plus tendre surtout que féroce. J'ai souvent désiré, dis-j^ (pas à présent, mais quand j'étais garçon), que le sexe féminin n'eiU qu'une bouche de rose, pour baiser toutes les femmes ù la fuis depuis le nord jusqu'au midi. Byrom.
— - Nicodème, fils d'imprimeur, Et Suzon, fille de libraire.
S'éprirent d'une folle ardeur Sans pourtant songer à mal faire.
Amour fit un jour au duo Essayer du baiser la volupté suprême Si que la passion du pauvre Nicudème DHn-seize qu'elle était, devint in-folio. Leurs quatre lèvres toutes neuves Du premier choc trouvèrent le plaisir.
Tant est vrai qu'on fait bien quand on cède au désir, Tant est vrai qu'en aimant, n'est pas besoin d'épreuves.
Or Nicodème aussitôt s*en alla :
— « Ab ! dit la fille du libraire,
Le sot imprimeur que voilà !
Peut-il attraper la manière
D'un baiser comme celui-là.
Et n'en tirer qu'un exemplaire! »
— n Vous êtes un impertinent, Monsieur, m disait un jout une charmante demoiselle à un jeune échappé de collège qui s'était enhardi jusqu'à lui donner un baiser. — « Pour Dieu ! Mademoiselle, ne vous fâchez pas, je vous en conjure, répondit d'uD air doucereux le grand coupable, si ce baiser vous gêne, rendez-le moi. » A. R.
~ Un poëte reconnaissant crayonna ces jolis vers sur les panneaux du boudoir de sa maîtresse :
Baiser! gage de l'espérance, Tendre messager du désir, Tu survis à la jouissance.
Et tu précèdes le plaisir.
Donné, reçu dans le mystère.
Vers le bonheur tu nous conduis ; Et semblable aux clefs de saint Pierre, Tu nous ouvres le paradis.
— C'est au bal que se lient la plupart des mariages, et c'est iQbal qu'ils se dénouent. Rocbebrune.
-^ Le bal a des dangers qu'on ne peut méconnaître ; A de cruels assauts il met Iris en butte, Et par pas mesurés la conduit à sa chute; La dérègle en dedans en réglant le dehors, Et dérange l'esprit en redressant le corps.
— Un jour de bal votre maîtresse n'est plus à vous. Au moment où la parure commence, l'amant n'est plus qu'un mari, et le bal seul devient l'amant. Xavier de Maistre.
— Dans un bal, les hommes sont le sexe timide, le sexe décent, comme ils y sont le sexe faible, car ils sont toujours les premiers fatigués. Alphonse Karr.
— Toute mère au bal est un notaire déguisé. Léon Gozlan.
— Au grand bal donné par l'Hôtel-de-Ville en 1840, une
Jeune femme dfsait à madame de G..., sa tante, en agita violemment son éventail : — Quelle abominable cohue ! on i rencontre que des insolents. — Ne vous eu plaignez pas, i chère, lui répondit tout bas madame de G..., qui n'était jeune ni belle, cela prouve que vous êtes ce que je ne suis pli
— Les femmes aiment les bals et les spectacles, comme chasseur aime les lieux où le gibier abonde. Laténâ.
— Depuis longtemps déjà vous avez quarante ans bi sonnés, Madame, et cependant, lorsque vous ôtes au bal, vc vous plaignez de n*être plus qu'un pis-aller. Mais qui dor Je vous le demande, ne choisit pas, dans une corbeille fleurs, la rose la plus fraîche et la plus jolie ? Prenez-en do votre parti; et puisqu'il ne vous reste plus, comme vo le dites avec dépit, qu'à vous habiller en vieille, endoss rhubit de votre âge, et portez-le sans trop de façons. — L hommes font danser les femmes pour l'amour d'elles, ta qu'ils trouvent du plaisir à leur demander quelque chose ; ne les invitent plus que par politesse ou par convenance, quâ ils n'en attendent plus rien. Adolphe Ricard.
— L'amour est une passion aveugle qui fait porter son ba deau à tous ceux qu'elle assujettit. Sénèque»
— L'amour est un enfant qui veut être conduit ; L'espérance est son guide, en aveugle il la suit; Il veut qu'on le séduise, et non pas qu'on l'éclairé : Voilà de son bandeau la cause et le mystère.
Marmontel.
— Les poètes sont des fous d'avoir donné au fils de Yen mi flambeau, un arc et un carquois ; la puissance de ce di ne réside que dans son bandeau ; tant que l'on aime on ne r fléchit point; dès que l'on réfléchit, on n'aime plus.
Ninon de Lenclos.
— Otez à l'amour son bandeau.
Vous rendrez le repos au monde.
— rLe bandeau de la présomption est bien plus épais qi celui de l'amour. M"** de Graffignt.
— Tout péché veut sa pénitence. Dès qu'ils n'ont plus bandeau de Tamour sur les yeux, la plupart des maris ont croissant de la lune sur lé front. Fous ou ridicules, ils n'échaf peot guère à cette alternative. Adolphe Ricabo.
— Diea« dans sa divine prévoyance, n'a pas donné de barbe aux femmes, parce qu'elles n'auraient pas su se taire pendant qa*OD les eût rasées. Alexandre Dumas père.
— Femme qui porte moustaches, c'est trop d'une en cent ans. Proverbe espagnol.
- Les femmes qui portent des moustaches conunencent par en rire, mais elles unissent par en pleurer. Stahl.
^La beauté est un bien pour les autres. Biôn.
— Qu'est-ce que la beauté? demandait-on un jour au philosophe Aristote. — Laissons faire cette question à des aveugles, répoDdit^il.
— La beauté est une lettre de recommandation dont le crédit n'est pas de durée. Ninon di: Lenclos.
— Une femme dont la grande beauté éclipse celle des autres femmes, est vue avec des yeux différents par autant de personnes qu'elle est regardée : les jolies femmes la voient avec eovie ; les laides avec dépit ; les vieillards avec regret ; les jeunes gens avec transport. D' Argens.
— Une femme ne trouve rien de si difficile à faire que de s'accoutumer à n'être plus belle, quand elle l'a été parfaitement. ROCBEBRIINE.
— On peut être née pour devenir belle, mais la beauté ne commence qu'à l'âge où le cœur est capable d'aimer.
La Bruyère.
—On doit juger de la beauté d'une femme, non par les proportions du corps, mais par l'effet qu'elle produit.
M'"*' DE Lambert.
— Les ombrages épais dans l'ardeur de l'été. Les rayons du soleil pendant l'âpre froidure; La mer, quand elle est calme ; un ruisseau qui murmure Entre deux verts gazons, et qui semble exciter. Au retour du printemps, les oiseaux à chanter. Ne touchent point nos sens, n'enchantent point nos âmes Par des attraits si doux que la beauté des femmes.
Destouches.
— Celui q«i aime une personne à cause de sa beauté, l'aime»
t-il toujours? non; car la petite v(^role, qui ôtera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. Contemnunt spinam cum cecidere rosœ, Pascal.
— La beauté est le premier présent que la nature donne aux femmes, et le premier qu'elle leur enlève. Méré.
— Les beautés médiocres ne sont communément bien louées que par les belles femmes.
— La beauté, comme Taimant, a une vertu secrète qui attire Tadmiration destnortels, et particulièrement du sexe, qui considère rarement ce que le vase contient, pourvu qu'il soit d'une belle porcelaine. Oxensticrn.
— Ce n'est pas d'un saint dont un dévot sait dire du bien, mais d'un autre dévot. Si une belle femme approuve la beauté d'une autre femme, on peut conclure qu'elle a mieux que ce qu'elle approuve. La Bruyère.
— Sitôt que l'on se trouve aimable, dit Saint-Évremont, on cherche à donner de l'amour :
Lorsqu'une femme se croit belle.
Elle veut se montrer et faire parler d'elle. Il semble qu'on pourrait douter de sa beauté Si l'amour, par un trait de ses yeux emprunté, N'inspirait à quelqu'un le dessein de lui plaire:
Et c'est pour elle une nécessité
D'avoir une amoureuse affaire,
Ne fût-ce que par vanité.
^ La beauté qui charme si fort n'est point dans la femme <]ue l'on admire, mais dans la faiblesse de ceux qui la regardent. Lk p. Joly.
A NÉRÉA.
— S'il est vrai que la beauté se fane et meurt comme la rose de nos jardins, fais-moi jouir de ta beauté, ma Néréa, fais-m'en jouir avant qu'elle ne s'éclipse pour toujours. Mais si la beauté résiste aux outrages du temps, pourquoi donc hésiterais-tu, ma belle maîtresse, à prodiguer à ton amant ce qui ne doit jamais périr? Méléagre.
— Une belle femme attachera plus de prix à la conservation de sa beauté qu'à celle de son amant, parce qu'elle est moins tendre pour un cœur assujetti, que vaine et glorieuse de ce qui peut lui donner la conquête de tous les autres. Ce n'est pas qu'elle ne puisse Atre sensible pour cet amant ; mais elle se ré-
fondra plalôt à souffrir la perte de ce qu'elle afme. que de rai* ner ce qui la fait aimer. Rochebrune.
— L*abbé de La Mousse, janséniste fort sévère, reprochait à mademoiselle de Sévigné, sa parente, Torgueil que lui inspirait son eitrême beauté ; — « Comment pouvez-vous être si fière, lui disait-il, de tout cela qui doit pourrir un jour? » — <t Voilà qai est fort bien, reprit la jeune fille; mais en attendant, Monsieur, cela n'est pas pourri. » A. R.
— La femme qui se fait un mérite de sa beauté, annonce elle-même qu'elle n'en a pas de plus grand.
M"* DE Lespinasse.
— Une fille qui n'a que sa beauté pour tout mérite, n'a que deux partis à prendre; Tun d'être excessivement sage, l'autre de donner sans ménagement dans la galanterie. 11 ne faut point d'esprit pour conquérir beaucoup d'amants et pour en changer souvent ; mais il en faut plus que beaucoup de femmes n'eo ont pour en fixer un seul. M*"* de Rirdx.
— Le véritable objet de l'amour est assurément la beauté : on n!aime jamais rien qui ne soit beau, ou du moins qu'on ne croie tel, quand on l'aime; et dès que l'esprit se détrompe de cette agréable erreur qui le fait aimer, il n'aime plus, et sa passion s'en va dès que sa raison revient. M*"* de Sartort.
— Si les femmes soignent tant leur beauté, c'est que les hommes ne les aiment' guère qu'à cause de cela.
— La beauté est comme les odeurs dont l'effet est de peu de dorée : on s'y accoutume, on ne les sent plus.
M*' de Lambert.
— Publier qu'une personne sage ne l'est pas, c'est calomnie. Dire qu'une laide n'est pas belle, ce n'est ni médisance ni calomnie, mais c'est un crime atroce que les femmes ne pardonnent jamais. La plupart sont encore plus jalouses de leur réputation sur la beauté que sur l'honneur : et telle qui a besoin de tonte la matinée pour perfectionner ses charmes, serait plus f&chée d'être surprise à sa toilette que d'être surprise avec un galant. Cela ne m'étonne pas : la première vertu, selon les femmes, c'est de plaire ; et, pour plaire aux hommes, la beauté est un moyen plus sûr que la sagesse. Dufresnt.
— Une t>elle femme est le paradis des yeux, l'enfer de l'âme, et le purgatoire de la bourse.
-> Une belle femme n'a pas moins à craindre d'une laide, qa'nn homme d'esprit d'un sot. Pope.
— Le jour où M. 'de Falkcnstein fut voir le pavillon de Luciennes, comme il était question de se promener et de visiter les jardins, il offrit le bras h madame Dubarry, qui parut tout
étoanée de cet excès d^honneur : « Madame, lu! dit M. de Falkcinstein, qui s'en aperçut, la beauté est toujours reine. »
— Il n'y a rien de plus à craindre daus une femme que ce qui platt à la vue. Beau visage, àme orgueilleuse. La beauté passe, la fleité demeure; elle restera telle malgré vous, et vous fera connaître, mais trop tard, qu'une belle idole coûte bien de Tennui, bien des soins et bien des larmes. Il entrera chez vous quantité d'admirateurs; et celle qui écoute les louanges de tant d'autres, n'est plus guère d'humeur à vous louer et à vous admirer, ni même à prendre la peine de se rendre admirable, quand elle ne voit plus que vous. Ajoutez qu'une grande beauté, beaucoup d'esprit et du jugement se trouvent rarement ensemble : la plupart des jolies femmes perdent à se faire connaître ce qu'elles gagnent à se laisser voir.
L'abbé Blanchabd.
— Qui a une belle femme, un château sur la frontière, une vigne sur le chemin, jamais de guerre ne verra la fln.
Proverbe.
•— La grande beauté me paraît plutôt à fuir qu'à rechercher dans le mariage. La beauté s'use promptement par la possession; au bout de sii semaines elle n'est plus rien pour le possesseur: mais ses dangers durent autant qu'elle. A moins qu'une belle femme ne soit un ange, son mari est le plus malheureux des hommes; et quand elle serait un ange, comment «mpôchera-t-elle qu'il ne soit sans cesse entouré d'ennemis?
J.-J. Rousseau.
— S'il n'y a du mal aux belles, au moins il y a du malheur; te danger y est, si le péché ne s'y trouve. « On garde malaisément, dit Théophraste, ce que plusieurs aiment, et il n'y a pas grande assurance dans la possession d'une chose où tout le inonde aspire » Le P. du Bosg.
— C'est une satisfaction bien touchante que d'être possesseur d'une belle femme ; mais la nature semble avoir voulu réprimer l'orgueil des sens, en mettant beaucoup de danger là où elle a mis beaucoup de plaisir. Pope.
— Les femmes qui ont perdu leur beauté s'efforcent en vain de la faire renaître ; tous leurs efforts se bornent à faire voir qu'elles étaient belles, et à faire dire qu'elles ne le sont plus.
M'"*D0NOTBi.
— Pourquoi s'applaudir d'être belle ?
Quelle erreur fait compter la beauté pour un bien ; A l'examiner il n'est rien Qui cause tant de chagrin qu'elle.
Je sais qoe sur les cœurs ses droits sont absolus;
Que, tant qu'on est belle, on fait naître Des désirs, des transports et des soins assidus :
Mais qu'on a peu de ten)ps à Pétre,
Et de temps à ne Pétre plus ! M*"* Deshoulières.
— La réputation qui vient de la beauté est quelque chose de si délicat parmi les femmes, qu'encore qu'elles aient la plus grande indifTérence du monde pour quelqu'un, jamais pourtant cette indifférence n'ira jusqu'à vouloir que ce quelqu'un porte ailleurs ses hommages et ses soupirs. Tant de 6erlé qu'on voudra, une belle personne regarde toujours la fuite d'un amant, sans mérite si l'on veut, et qu'elle n'estime pas, comme autant <le diminué sur son empire. Ruchebrune.
— La beauté n'est qu'un piège tendu par la nature à la raison Lé vis.
— Quand la beauté est Pemprointe d'une Ame vertueuse, elle est un miroir dont le poli embellit le modèle. M""* Necker.
— Une belle personne est ordinairement bienveillante, mais il est rare qu'elle soit sensible. On est peu occupé des autres qaand on a tant de plaisir à se contempler soi-même ; on ne se liâte guère d'aimer, quand on est sûre de plaire.
M"* DE Rémusat.
— S*il est un fruit qui se puisse manger cru, c'est la beauté.
Alphonse Karr.
— Les femmes dont le seul mérite est la beauté, sont comme les petits pâtés tout chauds dont on se dégoûte dès qu'ils sont refroidis. Ségdr.
— La beauté est une foi et une prière : si Dieu a mis de belles femmes sur la terre, c'est afin que les hommes crussent eolui pourPamour d'elles. Alphonse Esqdiros.
— Toutes les femmes qui sont contentes de leur beauté se livrent au plaisir avec plus d'abandon que les autres.
J. JOUBKRT.
— Les femmes, quand il s'agit des femmes, jugent de U beauté qui se prouve ; les hommes seuls peuvent reconnaitn celle qui s'éprouve, et cette dernière c'est la vraie.
Alphonse Karr.
— Une femme sans beauté ne connaît que la moitié de la .
Tie. M"* DE MONTARAN.
— Les hommes d'un âge mûr ne craignent jamais de dire IQX jeunes filles tout ce qu'ils pensent de leur beauté ;niais ces flatteries ne leur profitent guère, car celles qui les écoutent leur accordent rarement le bénéfice de ce qu'ils admirent.
Adolphe Ricard.
— Ua animal occupe presque toujours la première place dans le cœur d'uae femme qui o'aime ni son amant, ni son mari. El la vie de ce dernier ne tiendrait à rien, si le sacrifice qu*elle en ferait volontiers, pouvait sauver celle de son chien, de son chat ou de son oiseau. Juyénal.
— Il y a des femmes qui n'ont uu cœur que pour aimer les bètes. La guenon de la marquise de *** mordit au bras une de ses domestiques, et la morsure fut si cruelle, qu'on pensa tout d'abord que la victime n'en reviendrait pas. La marquise gronda sa guenon, et lui défendit bien de ne plus mordre si fort à l'avenir. La fille en fut quitte pour un bras. Quelques Jours après sa guérison, la marquise voyant qu'elle ne pouvait plus en tirer les services accoutumés, la renvoya en lui promettant d'avoir soin d'elle. Comme on lui représentait qu'il y avait de l'inhumanité dans ce procédé : — « Que voulez-vous donc que je fasse de cette fille? répondit-elle avec humeur, elle n*a plus de bras. » M"** de Rieux.
— Une jolie femme n'est jamais bètc pour les hommes; elle a toujours le premier esprit qu'ils demandent à une femme, celui d'être jolie. II faudrait qu'une bêtise fût plus grosse qu'une maison, pour qu'un homme la vit sortir d'une jolie bouche, éclairée de jolies dents, entre deux lèvres bien roses.
Stahl.
— La femme d'un gros fermier des environs d*Orléans gardait le Ut depuis trois semaines, lorsque son mari qui Taimait beaucoup, voyant son mal empirer chaque jour, fit en toute bâte mander le meilleur médecin de la ville. Celui-ci, jugeant du premier coup d'oeil que la malade était en danger, abrégea sa visite, et retournant aussitôt chez lui, il revint, dix minutes après, au galop de son cheval. — n Tenez, dit-il au paysan, en loi présentant une potion qu'il agitait fortement dans sa main droite, avec cela, je l'espère, votre femme sera bientôt guérie; donnez-lui en demain matin, mais surtout, je vous le recommande expressément, avant de la lui faire avaler, battez-la bien. » Le lendemain, dès le point du jour, notre paysan donnait à l'ordonnance du docteur une interprétation si saugrenu0< qu'un de ses voisins, effrayé des cris qu'il entendait, courut à la ville et en ramena le médecin. — « Que faites-vous donc, malheureux ! s'écria celui-ci, en voyant le paysan, armé
d'une grande gaule, tomber à bras raccourcis sur la pauvre malade. — « C* que y fesons, nVsieur le médeciu, pardine, Toas r voyez ben, j*préparoDs not' femme à prendre vot* potioo. » Et le paysan, levant sa gaule, allait recommencer de plus belle, lorsque le docteur se jetant sur lui : — « Vous êtes vraiment plus béte qu'une oie, lui dit-il en arrêtant sou bras: mais, triple sot, ce n*est pas votre femme que je vous ai dit de battre. » — «Tiens! et bcn qui donc alors?» fit le paysan tout ébahi. — « Imbécille! c'est la potion, » répliqua le docteur qui se sauva bien vite pour aller conter à ses amis Tinsigm bêtise de son stupide client. A. R.
— Le bien le plus précieux d'une femme est Tamour de son mari. Stobée.
— Lorsque vous êtes sûr du cœur d'une femme, il est de votre intérêt de jouir longtemps de sa défaite, avant qu'elle ne soit entière. Car de tous les biens, ce sont ceux de Tamour dont il fant user avec le plus d'économie. Ninon de Lekclos.
' — Si l'amour est le plus délicieux sentiment qui puisse entrer dans le cœur humain, tout ce qui le prolonge et le fixe^ même au prix de mille douleurs, est encore un bien.
J.-J. RODSSEAU.
— On ne saurait trop conseiller aux femmes de dire du bien des autres, et d'en faire dire d'elles-mêmes. Sécca.
— Le premier des biens, c'est d'aimer : rien dans la nature n'est aussi excellent que Tamour ; c'est la conscience de la vie, c'est la vie elle-même : l'amour est l'ensemble, le dernier terme de nos passions ; il les comprend toutes, et en cumule sur un seul point toutes les jouissances. Charles Pougens.
— Notre sexe, Mademoiselle, est asscijetti à des bienséances, et le bonbeur de notre vie dépend de les garder. On ne peut être heureuse sans l'apparence au moins de la vertu ; et l'étude d'une femme, qui cesse d'être vertueuse, doit être encore de le paraître. M*"' de Rieux.
— La bienveillance est une des parures de la beauté ; rien ■^enlaidit une jolie bouche comme un sourire moqueur.
Saint-Maoricb.