‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 33 sur 228 · BRUNS · texte numérisé non relu

BRUNS

— La brune n'est pas la femme par excellence; ce n'est qu'an homme mal réussi. Frédéric Thomas.

— En amour, la blonde inspire de l'amour, et la brune fait naître des désirs ; on cherche plus à vaincre celle-ci qu'à lui plaire. Rochebrune.

— L*amour aime la solitude, et ce n'est qu'à la campagne <|u'un amant bien épris se trouve heureux :

Tantôt il se promène au long de ces fontaines, De qui les petits flots font luire, dans les plaines. L'argent de leurs ruisseaux parmi l'or des moissons ; Tantôt il se repose auprès de sa Glycère, Sur des lits naturels de mousse et de fougère. Qui n'ont d'antres rideaux que l'ombre des buissons.

Racan.

— Un poëte du xvi* siècle, Philippe Desportes, nous a laiiié ces jolis vers que Ronsard ne désavouerait pas :

Si je ne loge en ces maisons dorées.

Au front superbe, aux voûtes peinturées D'azur, d'émail et de mille couleurs.

Mon oeil se patt des trésors de la plaine. Riche d'oeillets, de lis, de marjolaine. Et du beau teint des printanières fleurs.

Ainsi vivant, rien n>st qui ne in*agrée, J'ois des oiseaux la musique sacrée, <}uand au malin ils bénissent les cieux; Et le doux son des bruyantes fontaines, Qui vont coulant de ces roches hautaines. Pour arroser nos prés délicieux.

Que de plaisirs de voir deux colombelles. Bec contre bec, en trémoussant des ailes, Mille baisers se donner tour à tour :

Puis tout ravi de leur grâée naïve.

Dormir au frais d'une source d'eau vive. Dont le doux bruit semble parler d'amour !

" — L'amour s'associe volontiers avec l'aspect de la belle nature; l'enthousiasme subjugue les sens, et le cœur s'attendrit |)lus aisémpnt sous des ombrages tranquilles que dans le to- «auitc de nos longues soirées. Zimmermamn.

— Amour, charmant amour, la campagne est ton temple; Là, les feux d'un ciel pur, le penchant et l'exemple, Le doux parfum des fleurs, le souffle du zéphyr,

Les concerts amoureux, tout dispose au plaisir :

Tout le chante, le sent, l'inspire et le partage.

Les bosquets, les vergers, les sentiers du bocage,

Les prairies, Ie$ coteaux, les vallons ténébreux,

Tout devient un asile où l'amour est heureux. Bertin.

— La liberté de la campagne est une chose si charmante et si commode ! — Les arbres même un peu eflieuillés de l'automne offrent de si délicieux ombrages aux rôveries du naissant amour! Il est si difQcile de résister au milieu de la belle nature! Les oiseaux ont des chansons si langoureuses, les fleurs des parfums si enivrants, les revers des collines des gazons si dorés et si soyeux ! La solitude vous inspire mille voluptueuses pensées, que le tourbillon du monde ont dispersées ou fait envoler çà et là ; et le mouvement instinctif de deux êtres qui entendent battre leur cœur dans le silence d'une campagne dé- ■«erte est d'enlacer leurs bras plus étroitement et de se replier 1*nn sur l'autre, comme si effectivement il n'y avait plus qu'eux ée vivants au monde. THÉoPHas Gautier.

— Vallons délicieux, verts coteaux, frais bocages. Où de jeunes amants égarent leurs désirs, Où, près d'être entraîné par le torrent des âges. Le vieillard se ranime au feu des souvenirs, Harmonieux buissons, parure de nos plaines,

Rochers, fiers protecteurs de i*abri des bergers,

Sentiers fleuris, gazons, et vous, zéphirs légers,

Et vous, bruyants ruisseaux, et vous, claires fontaines,

Ornements enchanteurs de ce riant séjour,

Qui portez dans nos sens un trouble involontaire.

Hélas! qu*ètes-vous sans Tamour?

Da bois, de Teau, du vent, de Therbe et de la pierre.

ROSNT.

CAPHIOX.

^Le caprice est dans les femmes tout proche de la beauté, poarètre son contre-poison, et afin qu'elle nuise moins aux hommes, qui n'en guériraient pas sans ce remède.

La Bruyère.

— Cotte amoureuse ardeur qui dans les cœurs s*excite, N'est point, comme Ton sait, un effet du mérite. Le caprice y prend part ; et quand quelqu*un nous platt, Souvent nous avons peine à dire pourquoi c'est.

Molière.

— Les meilleures raisons se trouvent très mauvaises quand elles viennent à la traverse d'une fantaisie. Chez toutes les femmes, un caprice est quelque chose de considérable. Les amants n'ont qu'un parti à prendre, c'est de les satisfaire ; ou qaand ils ne le peuvent pas, de les approuver pour le moins, et de convenir qu'on a raison d'en avoir, de les contenter, de troquer une montre pour une tabatière, une tabatière pour un étai, et l'étui pour un paquet de cure-dents. M*"* de Rieux.

— Quelque vertu qu'ait une femme, le caprice ne perd pas son droit. E. Jout.

— Les caprices des femmes ne sont pas toujours dus à la mobilité de leur imagination ; elles s'en servent assez souvent poar mesurer au juste toute l'étendue de leur pouvoir.

Saint-Prosper.

— Cette disposition favorable à un homme que les femmes appellent caprice, a cela de particulier, pour un caprice, qu'elle <^t ordinairement fondée sur des raisons fort solides.

Charles Lemesle.

— La plupart des femmes n^nt aucun caractère ; c'est un iQJet trop tendre pour conserver une impr<îS8ion durable ; ellei

sont brunes ou blondes, c'est par là qu'on les distingue le mieux. Pope.

— Si c'était une nécessité indispensable d'assortir parfaitement les caractères pour s'unir par les liens du mariage, presque toul le monde passerait sa vie dans le célibat.

Adrien Duput.

— 11 n'est rien qui marque d'une manière plus décisive le caractère d'un bommc ou d'une nation, que la manière dont les femmes en sont traitées. Herder.

— II peut en êlre de deux caractères unis par le mariage, comme de deux vins excellents, dont le mélange ne fait qu'une détestable ripopée. de Varenne.

~ Le mariage est la pierre de touche des caractères : le plus souvent ce que l'on croyait de l'or n'est que du cuivre.

Adrien Dcjpuy.

— On doit traiter les femmes comme leur caractère l'exige. Si elles sont vives, rieuses et enjouées, il faut par la folie les conduire à l'amour. Rochebrune.

— Les femmes, quoi qu'on en dise, ont encore plus de souplesse que de faiblesse dans le caractère, et, à la constance près, on peut tout attendre d'elles. Elles changent de situation et de rang avec une aisance qui n'appartient qu'à leur sexe ; elles n'ont pas toujours l'esprit de leur état, mais elles en ont le maintien, et c'est tout ce qu'on doit exiger d'elles. Elevez un laquais aux premières dignités, il sera toujours un laquais; mais placez une servante sur un tabouret de duchesse, au bout de quelques jours, elle n'y sera pas plus embarrassée que dans sa cuisine, et même pas plus déplacée. Dès qu'une femme platt, elle est partout à sa place. ^ Champcenetz.

— Les caresses que quelques femmes font en public à leurs maris, ne prouvent point qu'elles les aiment : ce n'est pour l'ordinaire qu'une coquetterie raffinée, qu'une manière adroite d*exciter des désirs dans l'âme des spectateurs, et de leur montrer combien on est digne d'être aimée. M*"* d'Arconvuxe.

— Les jeunes filles croient que les hommes mariés caressent sans cesse leurs femmes; et les moines s'imaginent que les gens de guerre ont toujours Tépée à la main. Cependant on fait quelquefois dix campagnes sans tirer l'épée. Tobenne.

— En amour, les caresses offertes réussissent rarement; et il est encore plus rare qu'on les^offre quand elles méritent d'être recherchées* Duclos.

— L^actiQD de deux femmes qai s*embrassent ne prouve pas graod'chose ; car deux femmes peuvent se jeter dans les bras t Doe de Tautre, et se haïr très cordialement. De Varenne.

— V Criez, mademoiselle, criez fort, disait le vieux Fontenelle ï une jeune personne qui fuyait ses innocentes caresses, criez, cela nous fera honneur à tous les deux ! »

— Les amants ont dans leur langage une foule de mots dont chaque syllabe est une caresse. P. Rochpèdre.

— Les petites caresses mènent à d'autres. La femme qui ne 'ea défend pas, ou qui s'en défend mal, invite à les renouveler. Invitât culpam quœ peccatum prœterit.

ADOLPHE Ricard.

CARBTAVAIi.

— Au dernier bal de TOpéra, deux masques s'empressaient autour d'une lorette bien connue pour ses exploits galants. — Il me semble, disait un médecin de mes amis, en me les désignant du doigt, que je les vois se faire des compliments à la porte de l'hôpital, pour s'inviter l'un et l'autre à y entrer le premier. A. R.

Page 1