UNE CONQUÊTE AU BAL DE L'OPÉRA
Qu*il est doux, qu'il est doux de savourer dans l'ambre
Le tabac du Levant, Mollement étendu, dans sa robe de chambre,
Sur un moelleux divan !
C«8t alors que je songe à ma belle mattrefte,
La brune au corps de feu, Qui chante et qui rugit, qui mord et qui caresse,
Pâle avec un œil bleu.
Car c*est une beauté vraiment que Rosalinde,
Que ma Rosalinda, Qu'un soir je rencontrai, venant des bords de l'Inde,
Ab bal de l'Opéra.
Là, tandis que j*errais dans la foule des hommes
Et des dominos noirs, J'aperçus près des lieux où le sucre de pommes
Brille au front des comptoirs,
Un svelte domino, dont la tendre prunelle
Trahissait rembarras , JeTobservai longtemps, et tout me plut en elle;
Et je lui dis tout bas :
«Démon, auge ou lutin, qui que tu sois, 6 femme!
En ta beauté j'ai foi ; Et je voudrais mêler mon àme avec ton âme,
Dans le café de Foy.
«Oh viens! Une heure ou deux suffit pour nous connaître
Et nous aimer aussi. »
Mais elle répondit : « Vous finirez peut-être
De m'embèter ainsi!!! »
Nous luttâmes longtemps ; elle avait la sagesse.
Mais moi j'avais Pamour ; Et je vis, ô bonheur ! poindre enfin sa tendresse
Avec le point du jour.
Alors elle me dit : « Allons manger des huîtres.
Du poulet, un homard, Quelques perdreaux truffés, en sablant quelques litres^
De beaune ou de pomard.
« J*ai faim, ô mon amant ! C'est une chose étrange ;
Mais quand j'ai faim, d'honneur, Je donnerais, je crois, pour un quartier d'orange,
Les deux parts de mon cœur. »
Et moi je Técoutais dans une douce extase.
Et je baisais sa main.
Tandis qu'elle attachait sur sa coiffe de gaze
Son manteau de salin.
Le déjeuner fut long; car les filles du Gange
Ont beaucoup d'appétit; Mais le dirai-je, 6 ciel ! elle était entrée ange,
Et femme elle sortit.
Et depuis ce temps-là, Rosalinda, la brune,
La fille des Péris, Est seule mon s<ileil, mon étoile et ma lune
Sous le ciel de Paris.
Je donnerais pour elle et mon âme et ma vie»
Mon gothique manoir ; Tout enfin, excepté ma pipe de Turquie,
Ma pipe au culot noir.
Qu*ii est doux, qu'il est doux de savourer dans l'ambre
Le tabac du Levant; Mollement étendu, dans sa robe de chambre.
Sur un moelleux divan !
* Les hommes qal courtisent une femme masquée me font reffet de gens qui se disposent à manger une gibelotte, sans lavoir si c'est du chat ou du lapin. Commerson. .
— V Pourquoi donc, Monsieur, toutes ces femmes se cacheutelles la figure sous un masque de velours noir?» demandait naïvement un Américain, tout nouvellement arrivé des bords da lac Ontario, à un caporal de pompiers qui se promenait, une nuit de bal masqué, dans la salle de TOpéra. — Monsieur, lui répondit en riant le jovial enfant de Paris, c'est pour trouver plus sûrement Toccasion de montrer autre chose. A. R.
— En amour, ce ne sont pas ceux qui cèdent qui aiment leplus ; ce sont ceux qui résistent. M"*' de Lambert.
—' En amour comme en guerre, c'est lorsque l'ennemi se défend avec le plus d'énergie, qu'il importe le plus de ne pascéder. Maurice de Saxe.
— Les femmes aiment bien mieux paraître céder à notre force qu'à leur faiblesse : leur gloire expirante trouve son excuse dans une douce violence qui semble leur arracher ceqa*elles nous donnent. D'Argens.
CÉUBAT.
— Ce serait la plus grande des merveilles de trouver dan» une ville cinq filles ayant conservé leur.virginité, ou cinq garçons ayant vécu chastes jusqu'à leur vingtième année. Enjoindre le célibat est tout aussi raisonnable que décréter que Ton vivra sans boire ni manger. Luther.
— Un célibataire est presque toujours un débauché. Le penchant pour le sexe est si naturellement implanté chez nous, que lorsqu'on n'a pas une femme à soi, on se laisse facilement aller à rechercher celle des autres. Et comme d'ordinaire on parvient assez facilement à s'emparer du bien d'autrui, il s'ensuit qu'on devient non-seulement fripon mais libertin. Heureux dune celui Qui a chez soi tout ce qu'il aime : 0 fortunatissime qui quod dmas domi est ! Il ne vole point, dit Lactance, et il peut faire sans péché ce que les autres ne peuvent faire sans crime.
La Perrière.
— C'est une règle tirée de la nature, que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits. Moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages ; comm<^ lorsqu'il y a plus de volcorsy il y a plus de vols. Montesquieu.
— La vie est un bien qu^on ne reçoit qu'à la charge de transmettre ; quiconque eût un père est obligé de le devenir, est difficile que le célibat, si contraire à la nature, n'amène | quelque désordre public ou caché. Comment pouvoir échapi; toujours à l'ennemi qu'on porte sans cesse avec soi ?
J.-J. Rousseau.
— Une jeune femme proposait à Champfort de le marie « Madame, répoodit-il , il y a deux choses que j'ai toujov aimées à la folie, ce sont les femmes et le célibat. J'ai perdu première passion, il faut que je conserve la seconde. »
— Le mariage a des peines, mais le célibat n'a pas de ph sirs. Johnson.
— Les célibataires sont les braconniers du mariage.
GrtEUZE.
— Étendre et favoriser le célibat, c'est oublier que to homme qui ne se marie pas condamne une fille à la corru tion. Bernardin de Saint-Pierre.
— Le mariage et le célibat ont tous deux des inconvénienti il faut préférer celui dont les iiiconvénients ne sont pas sa remède. Champfort.
— Un célibataire est un être auquel il manque quelqi chose; il ressemble à une moitié de paire de ciseaux qui a tend son autre moitié, sans laquelle on la rejette comme n'étAi bonne à rien. Franklin.
— J'ai fait du célibat ma seconde nature ;
J'y tiens, j'y prends racine, et je suis convainca
Que je mourrai garçon, ainsi que j'ai vécu.
dan VILLE.
L'hymen a des douceurs que ta vieillesse ignore.