CONSEILS AUX FEMMES
Jeunes beautés qu'amour enflamme, Jeunes beautés écoutez-moi;
Craignez d'abandonner votre àme Au dieu dont vous suivez la loi ; Source de joie et de tristesse, C'est un ingrat, c*est un enfant; Il faut user d'un peu d'adresse Et renchatner en lui cédant.
L'amour pour vous est une affaire ; L'amour pour l'homme est un plaikr^ S*\\ est jaloui par caractère, Il est volage par désir :
Imitez-le, lorsqu'il s'envole :
Dès qu'il s'irrite, osez le fuir; Quand de sa perte on se console Il est très prompt à revenir.
Quelque transport qui vous agite.
Ne pardonnez qu'avec effort :
Un pardon accordé trop vite Semble permettre un nouveau tort; Que le mépris seul vous anime Si l'on blesse encore votre cœur; Un second outrage est un crime ; Un premier peut être une erreur.
Ne pleurez jamais un volage, Ne cherchez point à l'outrager ; Ce n'est qu'en montrant du courage Qu'une femme doit se venger.
Pourtant évitez le coupable.
Vos feux pourraient se rallumer :
On trouve toujours trop aimable L'amant qu'on doit cesser d'aimer.
Vous même en notre humeur légère, N'élevez point de vains débals :
Quand un objet cesse de plaire, On lui croit des torts qu'il n'a pas.
Lé repentir suit les coquettes, Plus on change et moins on est bieQ : Restez toujours comme vous êtes.
Aimez longtemps, ou n'aimez rien.
Souvent plus amoureux que tendre Un amant choque innocemment; Il voit vos pleurs sans les comprendre Et blesse encor en s'excusaut.
D*uDe fausse délicatesse N'allez point alors vous armer; Croyez qu'un peu de maladresse N'empêche pas de bien aimer.
Quand du temps la faux redoutable Viendra moissonner vos attraits, Qu'un esprit toujours plus aimable Fasse oublier un teint moins frais :
On attire par la figure.
Maison conserve par Tesprit; Et l'esprit est une parure Que jamais le temps ne flétrit.
Si la vieillesse enfin vous glace
Sachez renoncer aux amours ;
Que l'amitié prenant leur place,
Embellisse vos derniers jours.
Un vieux et paisible ménage
Connaît encor quelques douceurs ;
L'hiver a des jours sans nuage,
Et sous la neige il est des fleurs. M*^ os Sali.
COBTSÉQUENCE.
— «Un homme sans conséquence. » C'est un homme auquel on fait faire pour rien tout ce qu'un autre ne ferait que pour tout. Mais il est bon de dire aux femmes, s'il en est quelqu'une qui ne le sache pas, qu'il n'y a pas d'homme qui soit à ses propres yeui « Un homme sans conséquence. yy Cet homme espère parfaitement être payé, croit être payé, et se trouve indignement volé quand son espérance est trompée. âlph. Rarr.
COBTSZDÉBATZOBT.
— La nature a dit à la femme : Sois belle si tu peux, sage •i tu veux ; mais sois considérée, il le faut. Beaumarchais.
— La considération pour les femmes est la hiesure des progrès d'une nation dans la vie sociale. Grégoire.
— Partout où les femmes sont considérées, les hommes sont libres et vertueux. Cabanis.
COBTSOXJiTZOBr.
— Un homme éclate contre une femme qni ne Taime plos et se console ; une femme fait moins de bruit quand elle es quittée, et demeure longtemps inconsolable. La Bruyère.
— Entreprendre, dans les chagrins de cœur, de consolei celui qai veut être inconsolable, c'est lui disputer la seule coq solation qui lui reste. Rochebrune.
— Ce qui doit consoler un mari d*ètre trompé par sa femme, c'est qu'il reste tocyours propriétaire d*un bien-fonds dont les autres n*oot que Tusufruit. Sophie ârnould.
~Dn jeune homme se désolait, devant Voltaire, de ne trou- Ter, dans celle qu'il aimait, qu'un cœur inflexible : — Mon ami, lui dit le poëte :
Si la maîtresse objet de votre hommage,
Ne peut pour vous des mêmes feux brûler.
Cherchez ailleurs un plus doux esclavage;
On trouve assez de quoi se consoler. A. R.
— Madame d'Houdetot se trouvant un soir chez M. dt Luxembourg, fut priée d'improviser quelques rimes sur le mot coDsoler. Cette dame se rendit à cette invitation, et bientôt après elle lut ces jolis vers, qui furent accueillis par d'nnanimes^ applaudissements :
Jeune, j^aiinai ; ce temps de mon bel âge, Ce temps si court, l'amour seul le remplit ; Quand j'atteignis la saison d'être sage, Encor j'aimai; la raison me le dit.
Me voici vieille, et le plaisir s'envole ; Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui, Car j'aime encore, et l'amour me console: Rienn*aurait pu me consoler de lui. A. R.
— Pour les consoler des chagrins d'amour, les hommes ont de plus que les femmes l'action et la pensée qui viennent distraire leur cœur et l'occuper. Mais les femmes, malgré cela, ^ot encore les mieux partagées ; pour se consoler de l'amour, il leur reste toujours l'amour. Beaohanou.
COBTSTANCE.
— La constance en amour est une enclume qui s'endurcit plus elle est battue. Déhosthènes.
— La constance est la chimère de l'amour.
Yauvemargoes.
<— Oq doit tout craindre de fioégalité des femmes : ce n'est ni le mérite qu'elles reconnaissent en nous , ni les assiduités qn'on leur rend, ni Tamour que Ton a pqur elles, ni l'indifTérence que Ton témoigne à celles qui pourraient leur donner de Tombrage, qui décident de leur constance : c*est le défaut des occasions où elles sont sujettes à nous trahir. Une femme, pour être égale dans son choix, a besoin de ne voir que la personne qu'elle aime. Sawt-Évremont
— Les Français ne se piquent guère de constance. Ils croient qu'il est aussi ridicule de jurer à une femme qu'on Taimen toujours, que de soutenir qu'on se portera tolijours bien , ou qu'on sera toujours heureux. Quand ils promettent à une femme qu'ils l'aimeront toujours, ils supposent qu'elle, de son c^té, leur promet d'être toujours aimable; et, si clic manque k sa parole, ils ne se croient plus engagés à la leur.
Montesquieu-
— On peut assez compter sur la constance des femmes quand on n'exige pas d'elles-mème l'apparence delà fidélité.
DUCLOS
— Uq poëte qui partageait cette opinion, a dit à ce sujet :
L'on ne trouva jamais une femme constante,
Et s'il y en a une, il y en a cinquante
Qui mille fois le jour changent volagement.
Il y a plus au vent qu'aux femmes d'assurance ;
Les femmes de tout temps adorent l'inconstance ;
Malheureux est celui qui aime constamment. A. R.
— Dans l'amour, si l'inconstance donne des plaisirs, la constance seule donne le bonheur. L'abbé Trublet.
— La constance n'est pas un plaisir si vif qu'il puisse tenii lieu de tous ceux qu'il empêche de prendre. On peut quet quefoîs se dispenser d*aimer un mari; mais un amant!!! cela devient grave. Crébillon fils. ,
— Les femmes n'aiment pas ce qui nuit à leurs plaisirs, et U constance y nuit. - M"* de Rieux.
— Dans un joyeux souper que plusieurs épicuriens de no! théâtres se partageaient au banquet d'Anacréoriy un des convives s'avisa fort mal à propos de faire un pompeux éloge de U constance dans les relations d'amour. — A quoi diable pensez vous donc, mon cher, de nous débiter de pareilles sornettesl fit un chansonnier des plus experts, eu interrompant brusquement l'ennuyeux moraliste; les femmes elles-mêmes ne voudraient pas de ce que vous nous prêchez. Le sexe, ajouta-t-il :
Le sexe enfla 8*éç1aire, n permet de changer; On peut être léger Sans risquer de déplaire.
Les tendres feux
Sont ennuyeux Quand ils sont trop fidèles.
La constance est de mauvais ton, Et les dames trouvent fort bon Que Ton change comme elles.
Il n'est si douce chaîne Qui ne blesse à la fin ; Ce qui platt au matin, Souvent le soir nous gène.
Sans liberté,
La volupté N*est bientôt qu'une peine.
Que parmi nous tout soit commua :
Plus de tyran, plus d'importun, Et que chacune et que chacun En aime une douzaine.
Tons les convives applaudirent à cette spirituelle protestation, et le malencontreux orateur, terrifié par l'éloquence de 100 redoutable adversaire, fut le premier à s'avouer battu.
— La véritable constance en amour est celle qui tient contre le temps, l'indifférence et les faveurs : ces dernières ont plus enterré d'amours que les deux autres. Roghebrune.
•^ On croit les hommes plus constants dans uu âge avancé Que dans la jeunesse, mais cette constance n'est qu'extérieure, fiaos la vieillesse on anticipe les besoins par la crainte, on les KDt par la privation ; on jouit avec inquiétude, et l'on craint de laisser échapper ce qu'on n'est pas sûr de retrouver, pans la Jeanesse , on ne soupçonne guère les besoins par prévoyance, CD ne sent que les désirs ; ils s'éteignent par la jouissance, et renaissent bientôt. La jeunesse désire ardemment, jouit avec cooGance, se dégoûte promptement et quitte sans crainte, parce qu'elle remplace avec facilité. Voilà le secret de la légèreté d'an âge, et de la constance de l'autre. Duclos.
— Plus de penchant à la fidélité qu'à la constance, telles (ont les femmes. Il est rare, en effet, qu'elles ne soient pas sensibles à de nouveaux hommages Elles ressemblent presque
foutes à la maîtresse d*AscIépiade, qui disait : Aimez-moi, maii ne vous affligez pas qu'un autre me possède. Beauchêne.
— La femme la plus héroïquement constante veut bien n'ètn qu*à un seul, mais elle voudrait que tous les autres en mourussent de chagrin. Alphonse Rarr.
— Un séducteur émérite, à qui Ton recommandait un pet plus de constance dans ses amours, répondit :
Voyez de ce ruisseau voisin
La source vagabonde !
Chaque fleur a dans ce jardin
Un tribut de son onde.
Si, pour quelques moments séduit.
Il ralentit sa fuite , Le flot, pressé du flot qui suit,
Soudain le précipite.
Aujourd'hui Lisette a ma foi :
Mais si je suis fidèle, Cest au plaisir qui fait ma loi ;
C'est lui que j'aime en elle, Dès demain, s'il paraît s'enfuir,
Adieu, je bats des ailes :
Le sage est constant au plaisir.
Mais point du tout aux belles. A. R.
— Les femmes comparent un homme constant en amour à un avare : tous deux ont des trésors dont ils ne savent pas faire usage. Blondel.
— Rien n'humilie les femmes comme les hommes qui se confient aveuglément à leur constance et à leur amour; toute passion dégagée de craintes est pour elles une insulte.
Frédéric Soolié.
^- La Bruyère dit : « L'homme qui vit dans l'indifférence est celui qui n'a point encore vu l'objet qu'il doit aimer. • Cette réflexioq conduit à penser que la femme qui se pique de constance est celle qui n'a point encore vu l'homme qui doit la rendre infidèle. Charles Lemesle.
— La constance, en amour, c'est comme qui dirait une vive démangeaison, avec défense de gratter : dix fois sur douze, il arrive qu'on gratte. Alphonse Karr.
COBTTENTXIICENT.
— On est presque également difficile à contenter quand on a beaucoup d'amour et quand on n'en a guère. VAuvENARGUtt*
— Riea n'est si difflcile à contenter que ceux qui nous aiment trop, et ceux que nous n*aiinons plus. M"** d'Arconville.
— L'amour est comme l*amour-propre ; il se contente de peu, et cependant il aspire à tout. Adrien Doput.
— Quand Tamour est bien fort rien ne peut Tarrèter : Ses projets seulement vont à se contenter;
Et, pourvu qu'il arrive au but qu'il se propose. Il croit que tout le reste après est peu de chose.
MoLiÈaE.
— Une honnête femme doit être contente de son mari quand i ne la bat pas, ne la gronde pas, et ne la laisse manquer de rien. M"' de Brissac.
coNTimurcE.
— La continence est , chez beaucoup d'Européens, la verta par excellence ; en quoi Je ne les comprends pas, ne sachant ce que c'est qu'une vertu dont il ne résulte rien. Momtesquied.
— La continence est la vertu des eunuques. Cabanis.
— On a réduit les femmes à placer leur honneur dans une seule vertu; mais il s'ensuit qu'elles seront dépravées quand elles auront manqué de continence, parce que l'on n'a plus rien à éviter lorsqu'on n'a plus rien à perdre. Sénancourt.
COXBTTRADZCTZOBr.
— C'est réveiller la curiosité d'une femme que de lui défendre quelque chose. La défei^e excite et enflamme les désirs, qui sont pour l'ordinaire ardents pour les choses permises, mais insatiables pour les défendues. Blondel.
— a Voilà bien le caractère des femmes , s'écrie Térence , voalez-vous une chose, elles ne le veulent pas; ne la voulez
, elles la veulent : »
Novi ingenium muUerum
Nolunl uhi velis, ubi nolis cupiunt uUrà,
- Ce que mari défend femme le désire. Proyerbe.
— Tel est le cœur humain surtout celui des femmes : Un penchant décidé fait naître dans leurs Âmes, Pour ce qu'on leur permet un dédain triomphant. Et le goût le plus vif pour ce qu'on leur défend.
Là Cuaussbb
NU magis amant muliereSf quam quod non licet.
PuBLiusSrau».
, — La plupart des femmes, à ce que je crois, passent leur vie à dépouiller de ses fruits, mûrs ou verts, le vieil arbre dont Eve eut la primeur; et tel est l'attrait du fruit maudit, que les honnêtes femmes même oe peuvent se résigner à mourir sans r avoir donné un coup de dent. Octave Feuillet.
— Le lierre ne s'attache pas plus fortement à Tormeau ]u'une femme à Tamant sur lequel on la contrarie.
— Un amant heureux nous a laissé ce joli quatrain :
Iris s'est rendue à ma foi :
Qu'ei\t-elle fait pour sa défense?
Nous n'étions que nous trois; elle, TAmour et moi; Et l'Amour fut d'intelligence.