‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 54 sur 228 · L'AGRAFE · texte numérisé non relu

L'AGRAFE

Méchante agrafe, toi qui serres la poitrine de ma maîtresse, toi qui retiens dans une prison obscure ce sein de neige, cet deux globes éclatants qui me brûlent de mille feux, cruelle agrafe, de grâce, cesse de voiler à mes yeux désolés ces trésors enchanteurs. Dis, quelle faute a-t-elle commise cette poi-

trine plas blanche que la neige? De quel crime est il donccou- ^ble, ce sein d*albàtre, pour mériter une prison? Regarde » vois quels eCTorts il fait pour en sortir; vois, comme en s'élevant vers toi. ces deux glot>es charmants implorent leur liberté. Allous, petite agrafe, aie pitié d'eux, je t*en supplie: rendsmoi ma vie, mes richesses, tout ce que j'aime Tu ne me

réponds pas, méchante; tu t'obstines à retenir prisonniers les tppas de ma maîtresse; eh bien ! Vénus elle-même va briser leurs fers. Oui , Cythérée, la déesse protectrice des amants, Cythérée va te forcer de livrer à mes mains caressantes, aux baisers de mes lèvres lascives ces trésors charmants de Tarnoor. En vain ta méchanceté jalouse me les dérobe, bientôt ils seront à moi. Vénus est toute-puissante, et Vénus est ton-

joors avec ceux qui Timplorent Gardienne orgueilleuse du

teio de ma maîtresse, méchante agrafe, ce que je t'ai prédit ttt arrivé : tu n'es plus; et maintenant, en punition de te» crimes, je te condamne à rester oubliée dans la fange.

Théodore de Bèze.

— Dans 1e84>oi8 de Paphos je cherchais un bouquet

De fleurs nouvellement écloses.

L'Amour m'appelle et me dit en secret :

— Pourquoi chercher si loin et des lis et des roses? Dis à Zulmé de t'ouvrir son corset.

— Le Jeune marquis de P qui n'a que treize ans, vitat

me voir hier matin Quoique je fusse encore à ma toilette , je le fis entrer. Nous causâmes tout d'abord, mais bientôt, voyant qu'il me regardait avec beaucoup d'attention, Je lui dis : — A. qaoi pensez-vous donc, mon petit ami? vous ne me dites plos^ rien. — C'est, madame, me répondit- il, que je faisais une remarque. — Et laquelle , monsieur ? — Je crois, madame, reprit-il avec beaucoup d'assurance , que si vous aviez moins de forge, elle serait admirable. — Ah! monsieur le marquis, fui dis je en souriant de sa naïveté, c'est que vous avez les mains encore trop petites et les yeux trop grands. M"* de Rikux.

— Il y a des femmes qui lassent plus vite leurs amants queleort corsets Ck)MiiKRsoN.

— Les femmes qui n'ont point de gorge, trouvent toujours^ comme le renard de la fable, que celles envers qui la nature^ l'est montrée plus généreuse, en ont de trop. Mais celles-ci tt consolent aisément de ces envieuses critiques, en songeant que les hommes, juges suprêmes en cette matière, admirent et- Frisent beaucoup le superflu qu'on leur reproche.

Adolphe Ricard»

COUPABUB.

<— Une f^mme peut être coupable pour toat le monde, ei ^^epté poar son amant. Adrien Ddput.

' — L'amonr devient coupable dn moment qu'il cesse d'éti malheureux ; il se purifie par les souffrances et les larmes : mai VnJUour!» cruel, il ne donne le bonheur qu^eo portant atteinte la vertu. M"^ de Sartort.

— En amour, on n*est coupable que lorsque le crime ei jdécouvert :

L* amour est innocent quand Tamour est discret.

Et ce qu*on ne sait pas n*a jamais été fait. Destouchki

-^ Une femme coupable peut encore aimer la vertu, mais il ne lui est plus permis de la prêcher. M"* de Staël.

— Nulle créature humaine ne peut commander Tamour ; et nul n^est coupabla pour le ressentir ou pour le perdre.

Gborge-Sano.

COURAGZ.

— Il n'y a point de passion qui nous escite plus à quelque ^ose de noble et de généreux qu'un honnête amouf . L'amour M une chaleur qui sert de courage à ceux qui n'en ont point.

Samt-Eyrehond.

— En amour, le courage s'épuise à la longue. On cesse de -combattre, parce qu'on ne se sent plus la force de vaincre ; et Ton finit par céder dans des circonstances où deux mois aopa* «avant on aurait aisément remporté la victoire.

M"* D*ARGOinnLLE.

— Les femmes ont souvent assez de courage pour sacrifia leors amours, mais rarement assez de force pour y renoncer.

Bbadcbénb.

<— Une femme arrivée au terme de la jeunesse ne doit plu «opposer qu'elle puisse avoir commerce avec les passions , tal ce même pour les vaincre; on sent que sa force doit être dan le calme, et non dans le courage. M"' Guizot.

— La fermeté d'une femme qui résiste k son amour, est eer ^nement la chose la plus admirable qui puisse exister sur li <erre. Toutes lesautres marques possibles décourage sont deiba patelles auprès d'une chose si fort contre la nature et si pénible f^eot-être trouvent-elles des forces dans cette habitude des sa orifices que la pudeur fait contracter. Un malheur des femmes ^'cit que les preuves de ce courage restent toi^oars aecrètes e

ient presque indîTalgables. Un malheur ploi grand, c*en l'U soit toujours employé coutre leur bonheur. Stendhal.

COURTISAinB.

-' Les courtisanes ne sont jamais mises avec pins de décence ne lorsque les femmes honnêtes se mettent comme des prosti- B^- Xavier Etma.

— Panard fit cette épigramme sur une courtisane de son eops :

Philis a des prés, des moulins ; Iris des vergers, des Jardins ; Ghloris des arpents en grand nombre ; Laïs n'a point un bien pareil, Elle n'a rien sous le soleil :

Tous ses revenus sont à Tombre.

— Deux capitaines de cavalerie se disputaient, les armes à a main, la conquête d'une courtisane. — «A quoi bon, mesieors, vous escrimer de la sorte? leur dit-elle avec impudence ; e n'est point avec du fer mais avec de l'or qu'on se bat chex «Â ; à celui qui n'a rien, je n'acorde rien. » A. R.

— Le eceur des courtisanes est comme un miroir qui réfléchit OUI les objets qu'on lui présente, sans en garder jamais aucun oofenir. M. de Bièvib.

— Quand la virginité

Disparaîtra du ciel, j'aimerai des statues. Le marbre me va mieux que l'impure Phryné Chez qui les affamés vont chercher leur pAture, Qui fait passer la rue au travers de son lit, Et qui n'a pas le temps de nouer sa ceinture Entre l'amant du jour ou celui de la nuit.

ALFRED DE MuSSET.

— L'amour d'une jeune fille est le moins flatteur de tous les DMors; la Jeune fille aime toujours à cAté d'elle; elle ne choitpas un amant, elle prend le plus près. La femme mariée sait Btnooup mieux quel homme elle préfère, mais mille circonmees la forcent presque toujours à se donner à un autre. — I eoortisane seule choisit véritablement l'homme qu'elle aime, t aime véritablement celui qu'elle choisit. Son amour est d'aum plus flatteur que c'est entre tous qu'on est trié.

Alphonse Kàmr.

COUSIBT. .

— II est peu de cousins qui n'aiment point leurs jolies coi 5inps. Dans cotte parenté sans conséquence, il y a presque toi jours un danger sérieux ; Thabitude de se Yoir le fait naître, l'occasion de se rencontrer le rend menaçant Adolphe- Ricabi

— Votre femme n'aurait-elle qu'un seul petit cousin, c dormez plus, messieurs; veillez, veillez sans cesse, car un cou sin, c'est un amant donné par la nature. Lb même.

CRAZBrri:.

— L'amour dure longtemps encore, lorsqu'il est nourri pai la défiance : voulez -vous le bannir, bannissez la crainte. Ovide.

— l/amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel; et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre. La Rochefoucauld.

— La crainte et les alarmes mêlent chez les femmes l'inquiétude à l'amour, et en les occupant, le redoublent encore.

Thomas.

— Celles qui ont peur à tous moments de faillir, ne font presque autre chose. L'extrême appréhension dispose les esprits à l'erreur, aussi bien que les corps à la maladie.

Le p. Do Bosc.

— Eh ! qu'est-ce qu'un amour sans crainte et sans désir?

Je vous le demande à vous-même; Ce sont des feux bientôt passés.

Que ceux qui ne sont point dans leurs cours traversés; Il y faut un peu de contrainte. La FoifTAïKR.

— Pour conserver longtemps le cœur de notre amant, il tm\ toujours que l'espérance ou la crainte agisse sur lai.

M"* DU Chatelet.

— Un amant croit aisément ce qu'il redoute : Amans sempe\ q uod tmet esse putat, Oyu)r.

— Une femme ne saurait se craindre trop tôt, ni, quoi qo'i en paisse coûter à l'amour- propre, penser trop mal d'dle même. RocHSBimiE.

— Quand on est femme, il faut craindre plus ce qu'on wn que ce que l'on hait.

— La crainte, la raison, le devoir et l'honnear sont niael quand l'amour parle.

— L'homme qui tremble auprès de sa maîtresse ne s'emnii l'.ns. Les plaisirs de l'amour sont toi^ours en raison de la crainli

Stkmdiuu

— L*aiiioar est toujours crédule. Credula semper res amor g, Ovide.

— Qu'on est crédule quand on aime, Mais qu*on est heurcui de sa crédulité !

— L'amour fait toujours croire ce dont on devrait douter îe plus Marivaux.

— Quiconque aime est un aveugle; la prudence abandonne m esprit pour y faire régner la confiance et la crédnlilé. •

Le p. Joly.

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