PARIS LA RENAISSANCE DU LIVRE
lEAN CILLEQUIN ET O; ÉDITEURS 78, BOULEVARD ST.MICHEL 78
Ce volume de notre collection In Extenso entre ses mains, l'acheteur voudra bien ne pas le considérer comme un spécimen de l'édition des Œuvres Complètes et Définitives de Balzac, en souscription, pour le moîuent, à un prix absolument privilégié et que nous devrons très prochainement augtnenter.
Bien qu'ln Extenso — le roman de 3 fr. 50 potir 45 centimes ! suivant la formule trouvée par le public lui-même, — bie^t qu'ln Extenso reste, par son prix, un véritable tour de force de librairie, la Renaissance du Livre distingtce cette édition populaire de ses éditions de luxe qui firent sa réputation, aujoitrd'hui mondiale. Et les Œuvres Complètes de Balzac, qui seront livrées reliées, malgré lair prix invraisemblable de bon marché, se classent parmi les éditions de luxe de la Renaissance du Livre, irréprochables, on le sait, à tous points de vue, tant à celui de la présentation qu'à ceux de l'impression et du choix du papier.
Cette déclaration faite, parlons de /'œuvre inédite de Balzac, que nous avons l'incroyable fortune de présenter au public.
Nous disons bien de l'œuvre inédite de Balzac, d'une œuvre tenue jusqu'à ce jour secrète, mais dont l'authenticité ne peut être révoquée en doute ni par l'historien des lettres {puisqu'on en sait exactement l'origine), ni par le critique {puisqu'on y retrouve la marque essentielle, la manière et, pour tout dire d'un mot, « le génie)) du maître); d'une œuvre inconnue, mais qui, loin de déparer la collection des œuvres connues, s'y intercale logiquement et en belle place ; d'une œuvre cachée jalousement comme un joyau dans un trésor de fa^nille ci qui va soudain briller aux yeux de tous; de l'œuvre enfin dont nous sommes aujourd'hui en mesure d'offrir la primeur extraordinaire aux lecteurs d'in Extenso.
Pourquoi d'in Extenso?
Pourquoi de la plus humble de nos publications, alors que twus poîtvions présenter aux acheteurs fidèles de notre collection de 100 volumes de luxe, bibliophiles avertis, l'œuvre inédite qu'ils eussent accueillie avec enthousiasme ; alors
que ce trésor littéraire pouvait devenir, pour l'édition définitive des œuvres complètes de Balzac dont nous assutnons les charges, le plus merveilleux appât de vente ; alors qu'en un mot nous pouvions facilement, sous prétexte d'édition luxueuse, vendre cher une prose unique ?
Eh bien/ parce qu'en offrant cette primeur extraordinaire aux lecteurs d'ivi Extenso, nous atteignons, aussitôt, le plus grand nombre ; parce qu'il nous a paru qu'une œuvre de Balzac, quelle quelle fût, ne doit plus, ne peut plus n'être réservée qu'aux privilégiés de la fortune, qu'elle appartient à tous et qu'il était de notre devoir, ayant eu la rare faveur d'en disposer les premiers pour sa publication, de la publier, d'abord, dans notre édition populaire.
Régal pour la masse des liseurs, aubaine pour les chasseurs de curiosités littéraires, coîmnent cette bonne fortune exceptionnelle est-elle échue à la Renaissance du Livre?
Nous la devons d'abord à M. Lucien Aubanel, l'érudit lettré, détenteur de l'inestimable manuscrit dont il a bien voulu se dessaisir en notre faveur. Nous la devons encore à M. Maurice de Talleyrand-Périgord, duc de Dino, qui a fait présent de ce înanuscrit à M. Aubanel et qui a voulu, avec l'autorité qui s'attache à sa culture et à son nom, donner à notre maison le plus précieux et le plus efficace encouragement.
« Je profite de cette occasion, nous écrit le duc de Dino dans la lettre où il nous certifie f origine et nous précise la genèse du roman, je profite de cette occasion pour vous féliciter de votre œuvre d'éditeurs et de votre culte pour Balzac. »
Nous ne croyons pas, en effet, affaiblir la religion que l'élite et le public vouent de concert à l'immortel écrivain, en publiant ce roman qui fait bonne figure, à sa date, dans la célèbre galerie de la Comédie humaine.
Mais quelques éclaircissements sont indispensables pour préciser les particularités si curieuses de la composition de l'Amour Masqué, que l'auteur avait primitivement intitulé Imprudence et Bonheur.
Reçu comme un intime chez la duchesse de Dino, née de Sainte- Aldegonde , mère du duc actuel, Honoré de Balzac tint à lui offrir un cadeau absolument unique. A cette intention, il écrivit le roman qu'on va lire et en fit hommage à son illustre amie. Exécutée sur l'ordre de l'écrivain par V artiste L. Lesort, à Paris, la reliure de l'ouvrage, d'une richesse et d'un goût merveilleux, porte /'ex libris de la famille princier e de Dino.
C'est en effet dans la bibliothèque de celle-ci que séjourna durant plus d'un demi-siècle cette œuvre originale dont très peu d'intimes eurent connaissance et
qui voisinait avec des manuscrits inédits d'Alfred de Musset et d'Eugène Sue, offerts à la duchesse par leurs auteurs dans la même pensée d'hommage délicat et de déférente amitié. Mainte fois la bénéficiaire d'un présent si rare rappela à son fils, en lui désignant la fameuse reliure, les circonstances particulières d'une si particulière donation.
Ceux qui, dès le principe, ont fait confiance à la Renaissance du Livre et l'ont suivie dans ses progrès rapides, ne s étonneront pas des flatteuses préférences dont elle fut l'objet. Ils comprendront que, pour cette révélation sensationnelle d'un Balzac ignoré, nulle maison n'était plus qualifiée que la nôtre qui prépare une nouvelle et l'on peut dire définitive édition de l'œuvre balzacienne.
Grâce donc à l'heureuse complicité du hasard et au goût de deux fins lettrés, nous aurons une fois de plus bien mérité du public en mettant à sa portée un trésor littéraire que d'autres se seraient ampressés d'enfermer dans une ruineuse édition accessible aux seuls bibliophiles. Une fois de plus nous avons conscience d'avoir accompli une œuvre utile. Une fois de plus nous aurons, pensons-nous, contribué, dans la mesure de nos forces, à l'éclat et au bon renom des lettres françaises.
Jean Gillequin et C*®.