‹ L'amour médecinChapitre 3 sur 19 · SGANARELLE, AMINTE, LV · texte numérisé non relu

SGANARELLE, AMINTE, LV

CREGE, M. GVILLAVME,

M. IOSSE.

SGANARELLE

H, Testrange chose que la vie! et que ie puis bien dire auec ce grand Philosophe de l'Antiquité , que qui terre a guerre a,

et qu'vn malheur ne vient iamais sans l'autre. Je n'auois qu'une seule femme qui est morte.

M. GVILLAVME.

Et combien donc en voulez-vous auoir?

SGANARELLE

Elle est morte, Monsieur mon amy, cette perte m'est très- sensible, et ie ne puis m'en ressouuenir sans pleurer, le n'estois pas fort satisfait de sa conduite, et nous auions le plus souuent dispute ensemble; mais enfin, la mort r'ajuste toutes choses. Elle est morte : ie la pleure. Si elle estoit en vie nous nous querellerions. De tous les enfans que le Ciel m'auoit donnés, il ne m'a laissé qu'vne fille, et cette fille est toute ma peine. Car

enfin ie la voy dans vne mélancolie la plus sombre du monde, dans vne tristesse épouuantable, dont il n'y a pas moyen de la retirer, et dont ie ne sçaurois mesme apprendre la cause.

Pour moy i'en perds l'esprit, et Taurois besoin dVn bon conseil sur cette matière. Vous estes ma nièce : vous, ma voisine, et vous, mes compères et mes amis : ie vous prie de me conseiller tous ce que ie dois faire.

M. IOSSE.

Pour moy, ie tiens que la brauerie et rajustement est la chose qui resiouït le plus les filles; et si Testais que de vous, ie luy acheterois dés aujourd'huy vne belle garniture de Diamans, ou de Rubis, ou d'Esmeraudes.

M. GVILLAVME.

Et moy; si Testais en vostre place, i'achetterois vne belle tenture de tapisserie de verdure ou à personnages, que ie ferois mettre à sa chambre, pour lui resiouïr l'esprit et la veuë.

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