‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 1 sur 72 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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les auteurs h qui j'ai pu dérober une ou plusieurs phrases remarquables, soit par la valeur de la pensée, soit par le tour inj^énieux ou l'originalité de l'expression.

Ce qui constitue l'écrivain, je ne l'ignore point, ce n'est pas la bonne fortune d'un mot heureux, d'une métaphore séduisante, d'une antithèse saisissante ; wv.c'estla profondeur habituelle de la pensée, c'est la vi- ]^ rgùeur, l'éclat, l'éloquence, la personnalité du style. Mais si l'on est autorisé à qualifier de ((brave» celui qui ne fit preuve de courage que tel ou tel jour, dans telle ' on telle circonstance donnée, peul-(5lre conscntira-t-on à laisser classer au nombre des grands écrivains spéciaux sur le sujet fécond qui forme la matière de ce volume, les esprits plus heureux que puissants, si l'on veut, à qui il a inspiré une pensée, une phrase, un mot digne d'être recueilli, ne fût-ce même qu'une boutade.

D'ailleurs, parmi ces poètes ou ces prosateurs de l'amour combien en est-il qui ne furent nullement écrivains dans l'acception usitée du mot, qui ont dû leur notoriété, leur célébrité môme à tout autre chose que leur valeur littéraire. Ninon de l'Enclos, par exemple, put se faire une réputation d'honnête homme, ainsi qu'on l'a dit, mais elle n'est point connue comme homme de lettres. Pourtant on ne saurait refuser de la compter au nombre des grands écrivains de l'amour. Que de belles pensées, que de magnifiques phrases, de superbes échappées de style ne trouverait-on pas dans les lettres d'amour des femmes les moins letlré'îs, de ces femmes que leur cœur improvise grands écrivains sans études, sans qu'elles le sachent, sans qu'elles

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le veuillent ! car la puissance de l'initiation poétique et littéraire est une des puissances les plus incontestables de l'amour.

Enfin, s'il fallait encore un autre argument pour justifier mon titre, j'ajouterais qu'invitant tous les écrivains dont les œuvres me sont familières à donner leur note dans ce concert de phrases tour à tour concordantes ou contrastées, la politesse m'a fait un devoir de traiter tous rncs conviés avec les mêmes honneurs. C'est ainsi qu'on qualifie également de grands artistes tous les membres de l'admirable orchestre du Conservatoire, sans distinction de célébrité ni d'instrument, aussi bien ceux qui manient les cimbales , le triangle et le chapeau chinois, que les chefs de pupitre des premiers violons et des violoncelles.

A Dieu ne plaise qu'après ce luxe d'explications données pour répondre aux scrupules d'un ami peutêtre plus exigeant que le public, j'entreprenne encore de justifier le désordre apparent des matières quicomposent ce livre, de dire pourquoi et comment les pensées les plus divergentes, les plus contradictoires s'y rencontrent et s'y heurtent, pour ainsi dire, comme dans un dialogue à propos interrompus. C'est au lecteur qu'il appartient de déduire lui-même la moralité de ces rencontres bizarres dépensées diverses, de conclure l'accord de ces harmonies contrastées.

Qu'il me suffise de dire que chacun y trouvera son compte, aussi bien le matérialiste de l'école de Buffon que l'idéaliste à la façon de Lamartine et que l'éclectique, comme Stendhal et Balzac.

Ces trois écoles ne représentent-elles pas l'ensemble des idées que fait naître l'amour? Et combien n'est-il

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pas d'êtres pensants et sentants qui se sont attachés tour à tour à chacune d'elles, et ont peut-être admiré et adopté les principes de toutes les trois à la fois !

Combien de mortels n'ont point passé par une ou plusieurs de ces phases diverses ?

'"' L'amour pur, l'amour sans désirs, la chaste idéalisation de la quinzième année, mystérieuse attraction de l'âme, qui se produit presque toujours avant que se , fassent sentir les premiers aiguillons de la chair; iji, L'am.our ardent, insatiable de la vingtième année, Ij^turiosité des sens qui fait rêver et qui brûle à la fois, Jl^^ui passionne et bouleverse le matériel et l'idéal, l'es- ; prit et le corps, la sensation et la pensée, les aspirations de l'âme et les appétits nerveux;

La passion fougueuse de l'âge mûr, qui met en mouvement et fait vibrer à la fois toutes les cordes de l'organisme humain, s'attaque à toutes les facultés de l'être, s'insurge contre la raison, le sens moral, le devoir, l'intérêt même, livre tour à tour des assauts terribles à chacun des sentiments nobles ou vulgaires de l'humanité, et s'ils résistent à la puissance de la force, emploie contre eux mille séductions perfides pour en faire des traîtres et les embaucher dans son parti ;

/'tr'amour sénilc qui, pour ainsi dire, honteux de luimême, comprime ses chaleureuses expansions, ou, dominé par la craiiile du ridicule, travestit ses tendresses d'arrière-saison , ses coups de soleil de la Saint-Martin sous le masque de l'amitié, de la protection semi-paternelle, bornant souvent ses plaisirs au chaste baiser sur le front, sauf à rêver le reste, comme Héloïse ;

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— Ce qui fait dire aux vieillards que le cœur ne vieillit pas ; c'est l'imagination qu'ils veulent dire. —

Enfin les amours, ces épiiémères caprices des sens, ces attractions d'épiderme, ces péchés de la chair, que les femmes honnêtes ne doivent point connaître, et auxquels la plupart des hommes sont exposés à succomber, soit par action, soit par pensée, soit par tentation; amours si différents de l'amour, qu'on ne les comprend qu'au pluriel, amours qui sont à l'amour, ce que les friandises sont aux aliments substantiels, ce que les liqueurs excitantes sont au vin fortifiant.

Il y a des hommes qui n'ont connu de l'amour que les amours; il y a aussi des gens qui se nourrissent de friandises et de liqueurs; mais les premiers ont le cœur vide, et les autres ont un détestable estomac.

Tout ce qui a rapport aux amours est du domaine de la galanterie; si je n'ai pas cru devoir refuser une place à la littérature galante dans ces pages, plus spécialement consacrées à l'amour, au moins ai-je tâché de ne point la faire trop large et de laisser le plus souvent la parole, dans ce dialogue des morts et des vivants, aux philosophes qui ont été les penseurs de l'amour, comme les grands maîtres de la poésie en ont été les poêles.

A ceux surtout pour qui l'amour est une ardente admiration du beau et du bon, cherchant et trouvant son objet par un travail puissant et spontané d'idéalisation , qui se commence dans le cœur et s'achève dans le cerveau, à ceux-là j'aurais volontiers réservé toutes mes préférences, si l'éclectisme impartial n'était pas le devoir d'un modeste compilateur tel que moi.

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