‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 2 sur 72 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Je ne puis le dissimuler en effet, l'idéal me paraît tenir une si grande place dans la passion , je suis si parfaitement convaincu que l'être aimé est pour l'être aimant, non pas un composé d'os, de nerfs et de chair pétris et modelés dans telles et telles proportions, suivant telles et telles lois d'harmonie anatoraique, mais bien une physionomie pour ainsi dire imaginaire, composée pour une légère part seulement de réalité et pour les neuf dixièmes d'idéalisation poétique, dont le type se grave en traits ineffaçables dans l'àme et dans le cerveau de celui qui aime bien; cela me paraît sî com.plélement hors de doute, que j'ai peine à comprendre, je l'avoue, le rôle exagéré qu'on fait jouer dans l'amour au don réciproque de portraits.

Malheur à la femme dont l'amant veut avoir un portrait pour revoir à chaque instant, dit-il, des traits chéris ! Il n'aime pas bien, s'il ne sait pas à toute heure retrouver dans son imagination un portrait bien supérieur à l'œuvre du plus grand peintre, le portrait que son amour a peint lui-même.

Malheur surtout à l'amant dont la maîtresse a besoin, pour évoquer son souvenir, d'une image matérielle et froide !

Je crois que les poètes d'opéras comiques, de madrigaux et de vaudevilles, en raison de la facilité qu'ils trouvent à faire rimer image avec gage, — une rime bien médiocre pourtant, — ont beaucoup contribué à propager cette mode, qui témoigne des instincts et des penchants matérialistes de notre société, plus infectée que jamais de celte tradition d'idolâtrie païenne qui se manifeste par l'adoration dos images. Je connais un grand artiste qui passe, à juste titre.

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