CCXXXVII
L'amour est comme les maladies épidémiques : plus on les craint, plus on y est exposé. (Champfort.)
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On nomme toujours Tamour, comme s'il n'y en avait qu'un. 11 y en a une centaine de milliards, car chacun a le sien. C'est encore comme le visage, qui ne ressemble pas à un autre visage.
A n'aime pas, s'il n'a pas espérance de réussir.
B n'aime que lorsqu'il a réussi.
C si on l'aime sans le faire réussir.
D n'aime plus quand il a réussi.
E aime davantage.
F est furieux contre celle auprès de qui il a réussi.
G n'est amoureux que le premier moment, semblable à l'eunuque du sérail; mais, une heure après, il se remet encore à aimer.
H veut aimer sans être aimé.
I veut être aimé sans aimer.
J est plus jaloux qu'aimant.
K est celui-ci sans être celui-là.
L est enthousiaste.
M est froid.
N est soupçonneux.
0 est confiant.
P est despote.
Q a de l'humeur.
R prend tout au tragique.
S est prudent, toujours occupé de sa réputation et de, celle de la femme qu'il aime.
T est gai et insouciant sur tout cela.
U fait un métier de ce personnage d'amant.
V craint la constance et l'air de ménage.
X a besoin de la variété, et, non content d'aimer et d'être aimé dans une société, la recherche dans une autre, sans réussir.
Y cherche l'égalité dans I'amodr, c'est-à-dire à aimer dans la classe où le sort l'a fait naître.
Z, etc..
Je pourrais compter depuis un jusqu'au centième milliard de milliards d'AMouRS, si je voulais encore nuancer tout cela. Occupé, épris, aimant, amoureux, amant passionné, fanatique... voyez ce que chacun de ces mots peut produire encore de différences imperceptibles^ voyez ce que les coutumes, les préjugés, les climats produisent encore dans ces divers genres d'AMouR; cela ne Gnit pas.
On entend dire : « Ces deux personnes sont faites l'une pour l'autre, tant elles se ressemblent! » On dit : « Il ne faut pas que deux caractères soient de même, pour se convenir. »
11 y en a qui écrivent trois fois par jour, d'autres qui n'écrivent jamais ; il y a des assidus, il y a des négligents.
Les gens de guerre, les politiques, les artistes, ont tous la même marche, à peu près ; il y a une école, et la différence de manière tient à un peu plus ou moins de conception; mais, dans ce métier d'A-MocR, les cent milliards de milliards d'individus ont chacun leur manière; c'est comme leur nez, plus ou moins grand, aquilin, camus, etc.
U y al'AMouR poète, I'amour journaliste ou journalier, c'està-dire qui rend compte de tout, tant il est minutieux. U y a I'amour financier, qui est le plus mauvais genre ; I'amour théâ' tral, qui est le plus dangereux; I'amour de galerie, qui est h plus fat ; I'amour de maintien, de circonstance ou d'oisiveté. Voilà pour les hommes.
Que l'on compte à présent I'amodr de la part des femmes.
Avec leur mobilité, leur imagination, leur constitution, le
plus ou moins de principes, préjugés, pudeur, honneur, coquetterie, dissimulation, et, par-ci, par-là, naïveté, de combien de couleurs doit être cet amour? Entendez leurs confidences entre elles, voyez la fin de toutes les lettres; on aime à la folie, à la raison, à tort et à travers, etc. La partie du roman est encore mieux traitée par ces dames que par ces messieurs. (Le prince de Ligne.)
Les confidences d'AMOUR-passion ne sont bien reçues qu'entre écoliers amoureux de I'amour et entre jeunes filles dévorées par la curiosité, par la tendresse à employer, et peutêtre entraînées déjà par l'instinct qui leur dit que c'est là la grande alîaire de leur vie, et qu'elles ne sauraient trop tôt s'en occuper. (Stendhal.)
Dès que j'ai un grain d'AMOUR, je ne manque pas d'y mêler tout ce qu'il y a d'encens dans mon magasin, cela fait le meilleur effet du monde : je dis des sottises en vers et en proçe, et serais fâché d'en avoir dit une qui ne fût pas solennelle; enfin, je loue de toutes mes forces. (La Fontaine.)
Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser. L'amour a cela de commun avec les scrupules, qu'il s'aigrit par les réflexions et les retours que l'on fait pour s'en délivrer. Il faut, s'il se peut, ne point songer à sa passion, pour l'affaiblir.
(La Bruyère.)
Quelle misère que cet amour prétendu platonique dont votre orgueil se targue! Songez donc, ô B...., qu'en donnant voire âme à un amant auquel vous refusez votre corps, vous témoignez ainsi faire infiniment moins de cas de l'une que
de l'autre. Si je ne me trompe, cette subtilité de spiritua- i lisrae a pour principe un matérialisme grossier. ]
(Daniel Stern») |
CCXLUI ]
L'amocr est la participation du fini à l'infini qui crée...
(Alphonse Toussenel.) '
Ne vous arrachez pas les cheveux, et ne parlez pas de vous . poignarder parce que vous avez un rival. Vous dites que votre maîtresse vous trompe pour un autre ; c'est votre orgueil qui en souffre ; mais changez seulement les mots, dites-vous que c'est lui qu'elle trompe pour vous, et vous voilà glorieux.
(Alfred de Musset.)
Le grand lien de l'humanité, c'est la bienveillance, ce sont les bienfaits, c'est I'amour. (Mirabeau.)
L'amour donne de l'esprit; il se soutient par l'esprit. Il faut de l'adresse pour aimer. L'on épuise tous les jours les manières de plaire; cependant il faut plaire et l'on plaît. (Pascal.) i
L'amour complet est patient, puisqu'il est absolu et qu'il ^e sent éternel. (Lamartine.) ,
CCXLVlll i
La jalousie peut plaire comme une manière nouvelle de ■ prouver I'amodr. *
La jalousie peut choquer la pudeur d'une femme ultra-délicate. (Stendhal.)