CCXLIX I
L'amour nous enseigne toutes les vertus. (Plutarque.) ]
*fi L'AMOUR
La galanterie est un jeu où tout le monde triche : les hommes y jouent la sincérité; les femmes la pudeur. (J. B. Say.)
Quand deux personnes s'aiment assez pour que chaque jour soit pour elles le premier de leur passion, il existe dans ce fécond bonheur des phénomènes qui changent toutes les conditions de la vie. (Balzac.)
CGLII Or donc, laissant les livres à part et parlant plus matériellement et plus simplement, je trouve, après tout, quel'AMouR n'est autre chose que la soif de cette jouissance en un sujet desné, ni Vénus autre chose que le plaisir. (Montaigne.)
On est presque également difficile à contenter quand on a I)eaucoup d'AMouR et quand on n'en a plus guère.
(La Rochefoucauld.) Il semble que l'on ait foute une autre came quand on aime '.ne quand on n'aime pas; on s'élève par cette passion et on fiovient toute grandeur; il faut donc que le reste ait proportion; autrement cela ne convient pas, et partant cela est désagréable.
L'agréable et le beau n'est que la même chose, tout le monde en a l'idée. C'est d'une beauté morale que j'entends parler, qui consiste dans les paroles et dans les actions du dehors. L'on a bien une règle pour devenir agréable; cependant, la disposition du corps y est nécessaire, mais elle ne se peut acquérir.
Les hommes ont pris plaisir à se former une idée de l'agréable si élevée, que personne n'y peut atteindre. Jugeons-en
mieux, et disons que ce n'est que le naturel, avec une facilité et une vivacité d'esprit qui surprennent. Dans Tamour, ces deux qualités sont nécessaires : il ne faut rien de force, et cependant il ne faut rien de lenteur.
L'habitude donne le reste. (Pascal.)
L'amocr n'est jamais si fort que quand on le croit prêt à finir par l'emportement d'une querelle. Il vit dans les orages; chez lui tout est convulsif j veut-on le réduire à un régime, il languit, il expire. (Ninon de Lenclos.)
L'homme dont se sert le destin pour éveiller I'amour au cœur d'une jeune fille, ignore souvent son œuvre et la laisse inachevée, (Balzac.)
CCLVlf.
Croyez-en mon expérience : si l'homme, constant dans ses affections, pouvait sans cesse fournir à un sentiment renouvelé sans cesse, sans doute la solitude et I'amour l'égaleraient à Dieu même, car ce sont là deux éternels plaisirs du Grand- Etre. Mais l'âme de l'homme se fatigue, et jamais elle n'aime longtemps le même objet avec plénitude. Il y a toujours quelques points par où deux cœurs ne se touchent pas, et ces points suffisent à la longue pour rendre la vie insupportable.
(Chateaubriand.)
CCLYIII
La moins coquette des femmes sait qu'on est amoureuse d'elle un peu avant celui qui en devient amoureux.
(Florian.)
Dissimuler est un crime, en amour, presque aussi grand que feindre et déguiser.
Un arcien a dit :
On traite mieux un ennemi qu'on hait ouvertement, qu'un ami à qui on se cache, avec qui on dissimule.
Si tel est le devoir de l'amitié, combien doit-on plus à I'a- MOUR, à cette passion si supérieure à toutes les autres, et dont les engagements sont mille fois plus sacrés, par cela mèr-V qu'ils sont infiniment plus étroits. Mais pourquoi donner ce nom de passion à toute autre émotion de l'âme? Tous les mouvements de l'esprit et du cœur ne sont-ils pas subordonnés à I'amour ? On est gai, triste, colère, timide, ambitieux, et tout ce que sont les hommes, quand on est indifférent : les puissances subalternes forment «t varient les caractères: mais l'homme vraiment amoureux n'est rien de tout cela. Sa passion assujettit toutes ses faibles affections; son cœur ne s'y porte que selon qu'il plaît à la tendresse qui l'occupe tout entier. (Mirabeau.)
Le temps, qui fortifie les amitiés, affaiblit I'amour.
(La Bruyère.)
Plutarque dit, à propos de ceux qui s'affectionnent aux guenons et aux petits chiens, que la partie amoureuse qui est en nous, à faute de prise légitime, plutôt que de demeurer en vain, s'en forge ainsi une fausse et frivole. (Montaigne.)
L'amour a de singulières terreurs et de pénibles caprices. Qu'elle est étrange cette passion, dont le premier- mouvement est de fuir ce qu'elle cherche, et le second de regretter ce qu'elle a fui! (Madame Emile de Girardin.)
Il n'y a point de petits événements pour le cœur. II grandit tout; il met dans les mêmes balances la chute d'un empire
de quatorze ans et la chute du gant d'une femme, et presque toujours le gant y pèse plus que l'empire. (Balzac.)
M.... me disait : « J'ai vu des femmes de tous les pays ; l'Italienne ne croit être aimé de son amant que quand il est capable de commettre un crime pour elle; l'Anglaise, une folie; la Française, une sottise. » (Champfort.)
H n'y a qu'une sorte d'AMouR, mais il y en a mille différentes copies. (La Rochefoucauld.)
Un ancien amour est une prison. (Pétrone.)
Un sentiment passionné rend à la fois plus pénétrant et plus crédule. 11 semble que dans cet état on ne puisse rien voir que d'une manière surnaturelle. On découvre ce qui est caché, et l'on se fait illusion sur ce qui est clair.
(Madame de Staël.)