CCLXXIII
Une femme peut gouverner, toujours à sa fantaisie, l'homme du monde le plus impérieux, pourvu qu'elle ait beaucoup d'esprit, assez de beauté, et peu d'amour, (l'ontenelle.)
Quand un homme est délicat en quelque endroit de son esprit, il l'est en amour; car, comme il doit être ébranlé par quelquç objet qui est hors de lui, s'il y a quelque chose qui répugne à ses idées, il s'en aperçoit, et il le fuit. La règle de
cette délicatesse dépend d'une raison pure, noble et sublime. Ainsi, l'on peut se croire délicat sans qu'on le soit efPectivement, et les autres ont le droit de nous condamner. Au lieu que pour la beauté chacun a sa règle souveraine et indépendante de celle des autres. Néanmoins, entre être délicat et ne l'être point du tout, il faut demeurer d'accord que, quand on souhaite d'être délicat, l'on n'est pas loin de l'être absolument. Les femmes aiment à apercevoir une délicatesse dans les hommes, et c'est, il me semble, l'endroit le plus tendre pour les gagner. L'on est aise de voir que mille autres sont méprisables et qu'il n'y a que nous d'estimables. (Pascal.)
On garde longtemps son premier amant, quand on n'en prend point de second. {La Rochefoucauld.)
L'on n'aime bien qu'une seule fois, c'est la première. Les AMOURS qui suivent sont moins involontaires. (La Bruyère.)
CCLXXVIl
Souvent un homme d'esprit, en faisant la cour à une femme, ne fait que la faire penser à Tamour et attendrir son âme. Elle reçoit bien cet homme d'esprit qui lui donne ce plaisir. 11 prend des espérances. Un beau jour cette femme rencontre rhomme qui lui fait sentir ce que l'autre a décrit. (Balzac.)
CCLXXVlll
Le premier effet de I'amour, c'est d'inspirer un grand respect : l'on a de la vénération pour ce que l'on aime. 11 est bien juste : on ne reconnaît rien au monde de grand comme cela. (Pascal.)
L'amour a les charmes d'une sirène et les transports d'une furie. (Bacon.)
La femme qui n'a point vu son amant, de la journée, regarde cette jour ne'e comme perdue pour elle; l'homme le plus tendre la regarde seulement comme perdue pour I'amour.
(La princesse de Salm.)
L'on ne saurait se dissimuler l'inconstance de ses sentiments, on la connaît bientôt, mais il y a aussi des séductions dans notre faiblesse : on court d'un mensonge à un autre mensonge, et, n'étant sincère avec soi-même que sur le passé, l'on attend des moments plus heureux. (Sénancour.)
CCLXXXIl
A mesure que j'écris, je ne puis me refuser à reconnaître que les idées adoptées par la jeunesse, sur l'exclusive ardeur de I'amour, sur la possession absolue qu'il réclame, sur les droits éternels qu'il revendique, sont fausses, ou tout au moins funestes. Toutes les théories devraient être admises, et j'accorderais celle de la fidélité conjugale aux âmes d'exception. La majorité a d'autres besoins, d'autres puissances. A ceux-ci la liberté réciproque, la mutuelle tolérance, l'abjuration de tout égoïsme jaloux. A ceux-là de mystiques ardeurs, des feux longtemps couvés dans le silence, une longue et voluptueuse réserve. A d'autres, enfin, le calme des anges, la chasteté fraternelle, une éternelle virginité.
Rien n'est plus arbitraire que le sens du véritable amour. Tous les AMOURS sont vrais, qu'ils soient fougueux ou paisibles, sensuels ou ascétiques, durables ou passagers, qu'ils mènent les hommes au suicide ou au plaisir. Les amours de tête conduisent à d'aussi grandes actions que les amours de cœur.
(George Sand.)