‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 17 sur 72 · CCLXXXIX · texte numérisé non relu

CCLXXXIX

Les honnêtes gens aiment les femmes ; ceux qui les trompent les adorent. (Beaumarchais.)

La société, la providence même, peut-être, n'a permis qu'un seul bonheur aux femmes : I'amour dans le mariage.

(IVladame de Staël.)

Une femme parlait emphatiquement de sa vertu et ne voulait plus, disait-elle, entendre parler d'AMOUR. Un homme d'esprit dit là-dessus :

— A quoi bon cette forfanterie? ne peut-on pas trouver un amant sans dire tout cela? (Champfort.)

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Les premiers transports de I'amour sont si violents et si sublimes, que tout se range à leur puissance ; toutes les difficultés s'aplanissent, tous les germes de discussion se paralysent, tout marche au gré de ce sentiment qu'on appelle avec raison l'àme du monde, et dont on aurait dû faire le dieu de l'univers. Mais, quand il s'éteint, toute la nudité de la vie réelle reparaît ; les ornières se creusent comme des ravins, les aspérités grandissent comme des montagnes.

(George Sand.)

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Si l'on croit aimer sa maîtresse pour I'amour d'elle, on est bien trompé. (La Rochefoucauld.) ^

Quand l'homme au cœur honnête s'aperçoit d'abord qu'il aime un être chaste, défendu, inespérable, il ressent un grand trouble, mêlé d'un mystérieux bonheur, et il ne forme cer-

lainement alors d'autre désir que de continuer en secret d'aimer, que de servir à genoux dans l'ombre, et de se répandre en pur zèle par mille muets te'moignages. Mais cette première nuance, si l'on n'y prend garde, s'épuise dans une courte durée et se défleurit; une autre la remplace. Voici le désintéressement qui cesse. On ne se contente plus d'aimer, de se vouer et de servir sans rien vouloir; on veut être vu et distingué; on veut que l'œil adoré nous devine, et qu'en lisant le motif caché, il ne se courrouce pas. Et si cet œil indulgent n'est pas courroucé, ce nous semble, s'il nous sourit même avec encouragement et gratitude, on se dit qu'il n'a pas tout deviné sans doute; on veut éprouver jusqu'où sa tO" lérance ira, et se produire devant lui avec le sentiment à nu. Jusqu'à ce qu'on ait proféré sans détour ce mot : « Je vous aime, » on n'est donc pas en repos. Mais dans le premier moment où on le profère, on ne demande et l'on ne croit désirer autre chose que d'être écouté. Patience! le mot a échappé en tremblant; il est entendu sans trop de colère, il est pardonné et permis. Le cœur de l'amant commence à se creuser un vide encore. L'aveu, désormais répété à chaque heure, est-il bien saisi dans toute sa force? est-il simplement toléré, ou serait-il tout bas appuyé? Comment le savoir, si l'autre aveu n'y répond? Et voilà, à l'instant, qu'on solUcite cet autre aveu. Oh! qu'il descende seulement pour tout animer, et tout embellir! Il hésite, on l'attire, on l'arrache comme par l'aile, il arrive, plus timide et plus palpitant que le premier. On l'apprivoise; il s'accoutume et chante bientôt avec soupirs. Mais alors ce n'est déjà plus qu'un mot dont on se lasse. Que prouve un mot, si doux qu'il soit? se dit-on par ce côté murmurant de la nature qui s'obstine à douter, qui veut en toutes choses toucher et voir. Il faut des preuves. Mais les preuves elles-mêmes ont leur partie légère et réputée insignifiante; tant qu'elles ne sortent pas de certaines bornes, elles ne sont que complaisance peut-être, et un leurre par compassion; on en réclame de vraiment sérieuseg pour se

convaincre. Une fois à ce degré, n'attendez plus que confusion et délire. (Saint-Beuve.)

, L'amour est une admiration qui ne se lasse jamais. ( Balzac.)

L'on adore souvent ce qui ne croit pas être adoré, et l'on ne laisse pas de lui garder une fidélité inviolable, quoiqu'il n'en sache rien. Mais il faut que I'amour soit bien fin ou bien pur. (Pascal.)

Il faut beaucoup d'esprit pour avoir juste ce qu'il faut de pudeur. (Stendhal.)

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