CCXCVIII
Lorsque notre situation avec une femme est telle que nous l'avons souhaitée, rien n'est plus mal à propos que de parler des circonstances qui la rendent ainsi. (Sterne.)
Les rêves ne se réafisent jamais. Lorsqu'on à obtenu I'amour qu'on a désiré comme le comble du bonheur, on est heureux sans doute, mais non pas du bonheur qu'on a rêvé ; car l'ange qu'on voyait au ciel est tombé, et quoique tombé dans nos bras, il est maintenant de la terre et marche à côté de nous. (Frédéric Soulié.)
CGC
La moitié, la plus belle moitié de la vie est cachée à l'homme qui n'a pas aimé avec passion. (Stendhal.)
ceci
Les femmes n'aiment pas qu'un amant soit trop languu-
reux. La langueur a ses usages; mais, quand elle est perpétuelle, elle assoupit. (Fontenelle.)
ceci!
L'amour, comme Rousseau le conçoit, condme Héloïse l'a ressenti, est un concert de l'esprit, du cœur et des sens, qui exalte jusqu'au délire toutes les facultés humaines. (De Jouy.)
CGCIII
L'amour est la poésie des sens; il a la destinée de tout ce qui est grand chez l'homme et de tout ce qui procède de sa pensée. Ou il est sublime, ou il n'est pas. Quand il existe, il existe à jamais et va toujours croissant. (Balzac.)
""^ L'amour des parents pour leurs enfants, I'amour filial, le dévouement de l'amilié, l'ardeur du courage, se ressemblent dans tous les temps; mais les relations de l'homme avec la femme varient complètement selon les mœurs, et l'on pourrait dire même qu'elles caractérisent les mœurs. (Do Barante.)
Quand on aime bien, on sent deux âmes ensemble, on goûte également la volupté qu'on donne et celle qu'on reçoit... L'amour qui vient du cœur s'enflamme par le plaisir, s'accroît par le bonheur; il perfectionne ce qu'il admire, il éternise ce qu'il éprouve, et divinise ce qu'il aime. (De Ségur.)
L'amour le plus chaste est celui qui, de degré en degré, s'élève le moins vite du sentiment à la sensation, celui pour qui la possession n'est point un but, mais une conséquence inévitable. (Emile Deschamps.)
Le véritable amour, toujours modeste, n'arrache pas ses fa-
vcurs avec audace, il les dérobe avec timidité. La décence et rhonnèlelc l'acconipagiienl au sein de la volupté mêmcj et lui seul sait tout accorder au désir sans rien ôter à la pudeur. C'est une en eu*- cruelle de croire que I'amour heureux n'a plus de ménagements à garder avec la pudeur, et qu'on ne doit {(lus de respect à celle dont on n'a plus de rigueurs à craindre. (J. J. Rousseau.)
Le bonheur d'être aimé consiste moins dans la possession d'un cœur qui se donne que dans la surprise douteuse, inquiète et graduée des secrets d'un cœur qui se défend. Les renconU-es que l'on se ménage, les regards tristes et doux que l'on dérobe, le frémissement d'une main palpitante qu'on a souvent effleurée d'une main timide avant d'oser la saisir; voilà ses suprêmes voluptés. (Charles Nodier.)
La jalousie dure bien plus longtemps que I'amour; on est déjà bien détaché l'un de l'autre, on est attaché ailleurs, on s'imagine encore avoir des droits. C'est que l'amour-propre est le dernier qui s'en va. (Le prince de Ligne.)
Le beau est l'objet de I'amour, l'harmonie est son principe et son but. L'amour n'existe pas, à la vérité, sans le prestige de la beauté corporelle; mais il semble tenir plus encore à l'harmonie intellectuelle, à la grâce des pensées, à la profondeur des sentiments. (Sénancour.)
La passion ne va que par soubresauts; elle a des actes, des mouvements. La tendresse a des soins; elle aide et console. (Mademoiselle de Lespinasse.^
Lorsque, enveloppée de sa chaste ignorance, la vierge a conçu la grande pensée d'aimer, elle ne peut plus se se'parer de cette pensée, devenue la seule, devenue cel'e qui absorbe toutes les autres, (Ballanciie.)
L'amour n'est qu'un épisode dans la vie de l'homme ; il est toute l'existence de la femme. Les dignités de la cour et de l'Église, les lauriers de la guerre, les dons de la fortune sont le partage de l'homme ; Torgueil, la gloire et l'ambition lui offrent de quoi remplir le vide de son cœur; ils sont en bien petit nombre ceux qui ne s'y laissent pas séduire; telles sont les ressources de l'homme; la femme n'en a qu'une : aimer, aimer encore, et se perdre encore une fois. (Byron.)
On lit dans Homère que les dieux inspirent de l'audace à certains guerriers. C'est ce qu'on peut dire de I'amour plus justement que d'aucun des dieux. Il n'y a que parmi les amants que l'on sait mourir l'un pour l'autre. Et non-seulement des hommes, mais des femmes même ont donné leur vie pour sauver ce qu'elles aimaient. La Grèce nous offre un assez bel exemple de dévouement dans Alceste, fille de Pélias : il ne se trouva qu'elle qui voulût mourir pour «on époux, quoiqu'il eût son père et sa mère. L'amour de l'amante surpassa de si loin leur amitié qu'elle les déclara, pour ainsi dire, des étrangers à l'égard de leur fils ; il semblait qulls ne fussent ses proches que de nom. Aussi, quoiqu'il se soit fait dans le monde beaucoup de belles actions, il n'en est qu'un très-petit nombre qui aient racheté des enfers ceux qui y étaient descendus; mais celle d'Alceste a paru si belle aux hommes et aux dieux, que. ceux-ci, charmés de son courage, la rappelèrent à la vie. Tant il est vrai qu'un amour noble et généreux se fait estimer des dieux mêmes! (Platon.)
S'il y a quelque chose de religieux dans le sentiment de I'amour, c'est parce qu'il fait disparaître tous les autres intérêts et se complaît, comme la dévotion, dans le sacrifice entier de soi-même. (Madame de Staël.)
Les écoliers sont secrètement occupés de ce qui préoccupe aussi les demoiselles dans les pensionnats ; quoi qu'on fasse, celles-ci parleront toujours de l'amant, ceux-là de la femme.
'(Balzac)
L'amour, comme on l'entend dans le monde, n'est pas de I'amour ; c'est un égoïsme exalté ; l'on s'aime dans un autre.
(Alphonse Esquiros.)
CCCXVIll
Les femmes s'attachent aux hommes par les faveurs qu'elles leur accordent; les hommes guérissent par ces mêmes faveurs.
(La Bruyère.)
Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme , n'a qu'à considérer les causes et les effets de I'amour. La cause en est « un je ne sais quoi » (Corneille) ; et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de chose qu'on ne peut le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. (Pascal.)
Il est un AMOUR à l'usage des âmes blasées et amollies, vain, agréable, mêlé de grâce et do malice, qui s'accommode et aspire à tous les raffinements de la société, et n'est qu'un prétexte plus ingénieux pour en parcourir toutes les jouis-
sances, un fil de soie tremblant et souvent rompu à travers le dédale du monde. Cet AMoua-là préfère se montrer à être, et faire illusion et envie aux autres, à se posséder en effet.
(Sainte-Beuve.)
Un roi, qui peut s'assurer de cent mille bras, ne peut guère s'assurer d'un cœur; il ne sait si on ne fait pas pour son rang tout ce qu'on aurait fait pour la personne d'un autre. La royauté lui coûte tous les plasirs les plus simples et les plus doux. (Fontenelle.)
Chez les femmes, l'orgueil est souvent le mobile de I'amour. Ah! nous sommes des êtres sans force et sans vertu, ou plutôt notre faiblesse et notre énergie sont également inexplicables. Quand je songe à la puérilité des moyens qu'on emploie pour nous séduire, à la légèreté avec laquelle nous laissons la domination de l'homme s'établir sur nous, je ne comprends pas l'opiniâtreté de cet attachement si prompt à naître, si impossible à détruire... Ne ferais-je pas mieux d'avouer qu'il y a dans le cœur de la femme un mélange de vanité qui s'enorgueillit de régner en apparence sur un homme furf , et de lâcheté qui va au-devant de sa domination.
(George Sand.)