‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 55 sur 72 · DLXIV · texte numérisé non relu

DLXIV

L'amour est la passion des grandes âmes, et leur fait mériter la gloire, quand il ne leur tom'ne pas la tête-

(Madame de Pompadour.)

DLXV

Heureuses les femmes qui peuvent maîtriser assez leurs sens pour soutenir la vie de vénales I Mais plus heureuse est sur la terre la rose cueillie que celle qui, se flétrissant sur son épine vierge, vit et meurt isolée dans un triste et froid cercueil.

(Shakspeare.)

DLXVI

L'auour n'est pas un feu qu'on renferme en son âme ;

Tout vous trahit, la voix, le silence, les yeux;

Et les feux, mal couverts, n'en éclatent que mieux.

(Racine.)

DLXVII

Hélas! aimer ce que nous n'estimons pas, de toutes les chaînes c'est là la plus pesante. (Byron.)

DLXVIII

En AMOUR, les larmes valent les discours les plus éloquents. Par les larmes, vous toucherez un cœur de roche. Tâchez donc que votre maîtresse vous voie en larmes. Si vous n'en pouvez répandre, mouillez vos yeux. (Ovide.)

DLXIX

L'amour sied à la jeunesse comme les roses au printemps. , (Jules Sandeau.)

DLXX

La pudeur d'une jeune fille doit aller jusqu'à ignorer tout ce qui regarde I'amour. (Fontenelle.)

DLXXl

Dans l'éducaiion des filles, en même temps qu'on leur dit que rtionneur consiste à n'avoir pas d'amants, d'autre part, ,en leur imposant des études, des gênes, des contrariétés, on ne leur propos:^ d'autre but et d'autres récompenses que l'augmentation de leui'S moyens de plaire. (Alphonse Karr.)

DLXXll

Les femmes ont des fantaisies, des engouements, quelquefois des goûts ; elles peuvent même s'élever jusqu'aux passions; ce dont elles sont le moins susceptibles, c'est l'attachement. Elles sont faites pour commercer avec nos faiblesses, avec notre folie, mais non avec notre raison. Il existe, entre elles et les hommes, des sympathies d'épiderme, et très-peu de sympathies d'âme, d'esprit et de caractère. C'est ce qui est prouvé par le peu de cas qu'elles fut d'un homme de quarante ans; je dis même celles qui sont à peu près de cet âge. Observez que, quand elles lui accordent une préférence, c'est toujours d'après quelques vues malhonnêtes, d'après un calcul d'mtérêt ou de vanité, et alors l'exception prouve la règle, et même plus que la règle. Ajoutons que ce n'est pas ici le cas de l'axiome : Qui prouve trop, ne prouve rien. (Chamfort.)

DLXXin

En AMOUR, l'occasion est semblable à une bouteille qui échappe des mains,.,si on ne la saisit par le col; mais d'autres fois elle est comme l'anguille : souvent, à force d'être pressée, elle glisse et disparaît, (Bacon.)

DLXXIV

Vous tous qui aimez ei qui êtes aimés, soyez sobres dans le bonheur, conservez la pudeur dans le plaisir; c'est k pre-

mière des grâces: son voile éveille la curiosité, ses demi-refus aiguillonnent le désir; on cherche ce qui se cache, on aime à deviner ce qu'on ne voit pas : celui qui inventa le premier vêtement a peut-être inventé I'amouu. (Ségur.)

DLXXV

La liberté de la campagne est une chose si charmante et si commode ! Les arbres même un peu efïeuillés de l'automne olVrent de si délicieux ombrages aux rêveries du naissant amour! 11 est si difficile de résister au milieu de la belle nature! Les oiseaux ont des chansons si langoureuses, les fleurs dos parfums si enivrants, les revers de^ collines des gazons si dorés et si soyeux! La solitude vous inspire mille voluptueuses pensées,que le tourbillon du monde a dispersées ou fait envoler çà et là; et le mouvement instinctif de deux êtres qui entendent battre leurs cœurs dans le silence d'une campagne déserte est d'enlacer leurs bras plus étroitement et de se replier l'un sur l'autre, comme si effectivement il n'y avait plus qu'eux de vivants au monde. (Théophile Gautier.)

DLXXVI

Un peu d'esprit, beaucoup de bonne mine, Et plus encor de libéralité, C'est en AMOCR une triple macbine Par qui maint fort est bientôt emporté, Iioclier fût-il; rochers aussi se prennent. Qu'on soit bien fait, qu'on ait quelque talent. Que les cordons de la bourse ne tiennent, Je vous le dis, la place est au galant."*

(La Fontaine.)

DLXXVII

L'amour est de toutes les passions la plus furie, parce qu'elle attaque à la fois la tête, le cœur et le corps. (VoltairL'.)

DLXXVIII

Dans l'ignorance où vous êtes du monde et de la vie, vous avez dû naturellement supposer que le mariage est une conséquence nécessaire et forcée de I'amolr. C'est ainsi qu'on raisonne à vingt ans. Parce qu'on croit aimer et qu'on se croit aimé, on parle de disposer de sa destinée comme s'il ne s'agissait que d'un jour. Age heureux qu'envie et que regrette, tout en le gourmandant, la raison, triste fille des années et ' de l'expérience. (Jules Sandeau.)

DLXXIX

Pour la femme à qui l'éducation n'a pas enseigné le bien. Dieu ouvre presque toujours deux sentiers qui l'y ramènent ; ces sentiers sont la douleur et I'amour. Ils sont difficiks : celles qui s'y engagent' s'y ensanglantent les pieds, s'y déchirent les mains, mais elles laissent en même temps aux ronces de la route les paiures du vice et arrivent au but avec cette nudité dont on ne rougit pas devant le Seigneur.

(Alexandre Dumas fils.)

DLXXX

^ L'amour allume souvent des feux plus brûlants que ceux de Vulcain. Par ses fureurs insensées, il fait abandonner à une jeune Glle la maison paternelle et le lit nuptial à l'épouse.

(Théocrite.) DLXXX 1

Les femmes aiment la témérité. Quand on les étonne, on les intéresse, et quand on les intéresse on est bien près de leur plaire. (Charles Nodier.)

DLXXXII ,

Les femmes sont fécondes en arlifices; elles obtiennent sou-

vent par la dissimulation ce qu'il serait raisonnable qu'elles dussent à la force de leur tendresse. Elles ont une ressource infaillible, quand nous croyons être libres de leurs fers, c'est de nous engager encore à les aimer à force de feindre de ne nous aimer ^lus. (Saint-Évremont.)

DLXXXUl

Il faut être très-riche pour aimer, car I'amouh annule un homme. (Balzac.)

DLXXXIV

Les injures des amants n'offensent jamais; il est des AMOURS emportés aussi bien que des doucereux, et, en de pareilles occasions, les paroles les plus étranges et quelque chose de pis encore, se prennent bien souvent pour des marques d'affection par celles mêmes qui les reçoivent. (Molière.)

DLXXXV.

La grâce de la nouveauté est à .1' amour ce que la fleur est sur les fruits; elle donne un lustre qui s'efface aisément et qui ne revient jamais. (La Rochefoucauld.)

DLXXXVl '

Quand on aime, on s'imagine volontiers qu'en dehors de l'être aimé il n'esVrien de beau sous le ciel. Qui a pu croire, quand I'amour le tenait au cœur, qu'il était ici bas, après sa maîtresse, d'autres femmes jeunes et belles, celui-là n'a jamais aimé. (Jules Sandeau.)

DLXXXVU

Quand on n'aime pas trop, on n'aime pas'asscz.

(Bussy-Rabutin.)

DLXXXVIII

Il n'y a rien de plus redoutable que la douceur et les tendresses d'une femme coquette. Craignez sa voix, ses yeux et ses mains; elle n'a rien de doux et d'aimable qui ne vous soit mortel. Ce qui n'est rien ailleurs, est dans elle une puissance dangereuse; il ne faut qu'un clin d'oeil pour vous abattre, qu'un cheveu pour vous enl^;aînerj La fuite même ne. vous sert pas de beaucoup; si vous l'avez vue avant que de fuir, vous ne fuirez pas loin. (Saloraon.)

DLXXXIX

Ce n'est point par effort qu'on aime; L'Amour est jaloux de ses droits ; Il ne dépend que de lui-même; On ne l'obtient que de son choix.

Tout reconnaît sa loi suprême; - ' "-' Lui seul ne connaît point de lois.

Dans les champs que l'hiver désole

Flore vient rétablir sa cour ;

L'alcyon fuit devant Éole,

Éole le fuit à son tour ;

Mais sitôt que I'Amodr s'envole,

Il ne connaît plus de retour.

(Jean-Baptiste Rousseau.)

DXC

On a bientôt pris sa suffisance d'une belle femme, on ne se lasse point d'une bonne. (Montaigne.)

DXCI

Honorez les femmes I Elles sèment des roses célestes sur le cours de notre vie; elles forment les noeuds fortunés de

Tamour, et, sous le voile pudique des grâces, elle nourrissent d'une main sacrée la fleur immortelle des nobles sentiments.

(Schiller.) DXCIl

N'épousez jamais une femme de qui vous savez ne pas être aimé, quand même elle vous apporterait une mine d'or.

(Lope de Vega.) DLXlll

L'amour ne peut offrir que lui-même, et qui en veut tirer autre chose n'est pas digne d'être aimé. (Théophile Gautier.)

Page 1