DCXX
Conquérir un cœur libre et qui n'appartient à personne, peut paraître tout aussi glorieux que d'emporter d'assaut une place démantelée et sans garnison; mais s'emparer d'un cœur déjà pris et déjà occupé, c'est là de quoi tenter toutes les ambitions de toute âme haut située. (Jules Sandeau.)
DCXXl
Je me suis toujours bien trouvé des maximes suivantes sur les femmes : Parler toujours bien du sexe en général; louer celles qui sont aimables; se taire sur les autres: les voir peu;
ne s'y lier jamais; elne jamais laisser dcpondre son bonheur d'une femme quelle qu'elle soit. (Chamrort.)
DCXXII
Les amants seraient trop heureux que leurs désirs fussent entretenus par des obstacles continuels; il n'est pas moins essentiel pour le bonheur de conserver des désirs que de les satisfaire. (Duclos.)
DCXXIII
Une femme n'est pas plus sûre de son amant, quand sa beauté s'est évanouie, qu'un homme n'est sûr de son ami quand sa fortune s'est écroulée. (Pope.)
DCXXIV
Une jeune fille, qui est encore sans précaution parce qu'elle est sans expérience, d^nne quelquefois sur elle des avantages qu'elle ignore. L'ingénuité ne pense à rien, et l'amourpropre dans les hommes se figure tout ce qu'il désire,
(L'abbé Prévost.)
DCXXV
L'amocr est toujours funeste. Savez-vous ce que c'est que la femme heureuse? C'est la femme frivole, constamment en adoration devant son visage, qui n'a de soucis que de la fraîcheur de son teint, ne rêve que de toilette, ne voit qu'un banquier dans un mari, et qui, pourvu qu'il la laisse Ubre, ne
lui demande rien et le trouve toujours charmant Vous
pourriez objecter que le sérieux de la pensée, l'élévation de l'âme, la noblesse du cœur, sont des qualités précieuses à rencontrer chez un homme. Cela est faux. Ces qualités sont des vices. Le sérieux de la pensée rend amer; l'élévation de l'âme rend misanthrope; le cœur qui toujours parle est un tyran. A quoi bon se rendre esclave et souffrir des maux qui
flésolentun autre? On ne se prend pas (I'amour pour un malade, et l'homme de cœurest frappé de maladie. Au contraire, l'homme vain ne procure à la femme qu'il aime que des plaisirs. (Ernest Feydeau.)
DCXXVI
C'est la sottise des amants et des maîtresses qui cause la lenteur de I'amour. (De Berni^.)
DCXXMl
Abandonnez aux céladons les propos sublimes et les beaux sentiments : laissez- leur filer le parfait amocr. Je vous le dis de la part des femmes : il est des instants où elles aiment mieux être un peu brusquées que trop ménagées. Les hommes manquent plus de cœurs par leur maladresse que la vertu n'en sauve. (Ninon de l'Enclos.)
DCXXVIIl
On corrompt la fille innocente avec des propos libres , et I'amour- délicat séduit la femme galante: fruit nouveau pour l'une et pour l'autre. (Rivarol.)
DCXXIX
L'Amour était fils de Mars et de Vénus, disait Simonide! ce n'est pas là le nôtre, c'est celui des garnisons. Selon Alcméon, il naquit de Flore et de Zéphire : c'est bien joli; mais Flore se fane trop vite, et Zéphire a des ailes. Platon l'a dit fils de la Pauvreté : voilà le Dieu des filles de lOpéra. Hésiode, du Chaos; que les ambitieux l'adorent. iMais Sapho, la tendre Sapho, faisait I'Amocr fils du Ciel et de la Terre. Ah! voilà le nôtre! l'union des âmes, les déUces des sens; c'est là la volupté! double jouissance vraiment céleste, gage éternel de notre fidélité. (Mirabeau.)
162 L'AMOUB
DCXXX
Il n'y a qu'un premier dépit en amour, comme la première faute dans l'amilié, dont on puisse faire un bon usage.
(La Bruyère.) DCXXXI
Les faveurs qu'une femme accorde ont plus que leur réalité propre; elles ont encore celle que notre imagination leur donne. (Montesquieu.)
DCXXXIl
Hélas I dans une longue vie, Que reste-t-il après I'amour?
Dans notre paupière éblouie Ce qu'il reste après un beau jourl Ce qu'il reste à la voile vide, Quand le dernier vent qui la ride S'abat sur le flot assoupi!
Ce qu'il reste au chaume sauvage, Lorsque les ailes de l'orage Sur la terre ont couché l'épi !
(Lamartine. )
DCXXXIII
Les femmes captivent les cœurs par leurs regards; plus les cœurs sont innocents, plus longtemps ils restent enchaînés.
(Alexandre Dumas.)
DCXXXIV
Ces amoureux me plaisent qui n'écrivent le nom de leur maîtresse sur aucune écorce, qui ne le confient à aucun écho, et qui, en dormant, sont poursuivis de cette crainte qu'un rêve ne le leur fasse prononcer. (Théophile Qautier.)
DCXXXV Une femme dans la pureté de sa vertu, se dit : « Jamais
je n'accueillerai des propos d'AMOuR. C'est un crime de les accueillir, c'est le plus grand de tous. »
On lui parle d' amour, elle se laisse faire, et se réfugie dans cette résolution : « Jamais je n'y répondrai. »
Un chagrin lui vient, une jalousie la prend, une joie la saisit, et un aveu lui échappe. Alors elle bat en retraite derrière un nouveau rempart où elle se croit à l'abri de tout : « J'ai pu laisser voir que je l'aimais, se dit-elle, mais jamais il n'obtiendra de moi un encouragement; pas un regard, pas un mot, c'est alors que je deviendrais vraiment criminelle. Si l'on ne peut dominer» les sentiments de son cœur, on reste maître de ses actions ; c'est tout ce que le ciel, tout ce que les hommes peuvent demander à la vertu d'une femme. Non, pas im mot, pas un regard ! » Elle ne pense pas alors au rendez- vous, car le rendez-vous... c'est le crime complet.
Mais, hélas! le regard échappe, le mot se dit, le rendez-vous s'accorde ; on sent bien un remords, on comprend bien sa faute, mais on court à sa dernière ressouixe : a Je l'aime, je le sens; ma tête se perd; je ne puis vivre si je ne le vois, si je ne l'entends ; mais je mourrai avant d'être à lui... »
(Frédéric Soulié.) DCXXXVl
De toutes les indifférences que peut essuyer une femme, la plus humiliante c'est l'indifférence d'un homme qui l'aimait, et dont elle a fait cesser I'amour. (Marivaux.)
DCXXXVIl
En AMOUR, notre vanité dédaigne une victoire trop facile, et, dans tous les genres, l'homme n'est pas sujet à s'exagérer le prix de ce qu'on lui offre, (Stendhal.)
DCXXXVIII
Le plus puissant de tous les obstacles à la durée des feu\-
de Tamour, est de n'en avoir plus à vaincre et de n^ nnnrrir uniquement d'eux-nnême-'. L'univers n'a jamais vu de passion soutenir celte épreuve. (J. J. Rousseau;)
DCXXXIX
La beauté de l'esprit donne de l'admiration, celle de l'âme dunne de l'estime et celle du corps de I'amour. L'estime et l'admiration sont assez tranquilles, il n'y a que I'amour qui soit impétueux. Je ne sais si l'esprit cause des passions, mais je sais bien -iu'il met le corps en état d'en faire naître sans le secours de la lu auté. Il lui donne l'agrément qui lui manquait. Et ce qui en est une preuve, c'est qu'il faut que le corps soit de la partie et fournisse toujours quelque chose, c'esl-à-dire tciî. au moins de la jeunesse; car s'il ne s'aide point du tout, l'esprit lui est absolument inutile.
(Fontenelle.) DCXL
11 est dangereux de jouer à la femme, dans une belle nuit d'été, entre la voûte des arbres et le tapis des gazons; les sens ont bientôt des ardeurs inexorables; le désir donne le change et fait croire à I'amour, et fout ce qu'on avait apporté d'idées légères à ce tête-à-tête badin s'efface delà mémoire;* on croit être amoureux depuis cinq ans d'une femme à peine connue, et tous les ravissants souvenirs qu'on lui consacrera dans la vie semblent être déjà les longues émotions du passé. (Méry.)
DCXLl
On dit d'une femme : elle est très-aimable; mais si je ne veux pas l'aimer? 11 serait mieux de dire : elle est très-aimante, parce qu'il y a plus de gens qui veulent être aimés que de gens qui veulent aimer eux-mêmes. (Chamfort.)
DCXLIl •
Les AMOURS de la jeunesse ont besoin d'un peu de surprise.
comme celles qui viennent ensuite onl besoin d'un peu d'iiabilude. (Madame Guizot.)
DCXLIII
Pour plaire aux femmes désœuvrées, en tous les temps il n'a fallu que deux choses : premièrement, les amuser, p;irlager leur goût pour le pelit, le romanesque et le fans; secondement, les flatter, les gâter dans leurs faiblesses, en se faisant plus faible, plus mol, plus femme qu'elles.
(Michelel.)
DCXLIV
Le premier mouvement de I'amour est de fuir ce qu'il cherche, et le second de regretter ce qu'il a fui.
(Delphine de Girardin.)
DCXI.V
Le sentiment qui rapproche l'homme de la femme, et que l'on appelle amour, est un sentiment très-complexe. On donne quelquefois le nom d'AMor Race que les psychologues appellent assez brutalement l'appétit du sexe ; mais cet amour, comme tous les autres appétits, a pour fin la satisfaction d'un besoin purement physique; il a pour caractère de cesser momentanément après avoir été assouvi; enfin, il ne se borne pas à un objet unique, ou du moins, il n'y a rien en lui qui explique cette fixité; s'il en montre, elle lui vient d'ailleurs.
Le véritable amour est tout autre chose. Il est vrai qu'il est toujours accompagné de I'amour physique, car il ne faut chercher la dangereuse chimère de I'amour platonique que dans les Femmes savantes (il n'y a pas trace de cela dans Platon), mais il en diffère par les caractères les plus essentiels. D'abord, il ne s'attache pas à toutes les femmes, mais aune seule. — «L'égarement à aimer en plusieurs endroits, a dit Pascal, est aussi monstrueux que l'injustice dans respril.»
Il n'est pas périodique, mais constant et continu; il n'a pas pour unique fin la satisfaclioti d'un besoin physique, mais il aspire, au contraire, à l'union des âmes. Il est jaloux, et sa jalousie s'étend aux pensées et aux sentiments aussi bien qu'au corps. 11 s'insinue le plus souvent par les yeux ; et pourtant, quelquefois le désir ne commence à naître qu'après un commerce assez prolongé, et quand le cœur est déjà pris. Même chez les âmes les moins pures, les plus dominées par le corps, il est le plus souvent produit par l'attrait de la beauté. Or, ie sentiment de la beauté ne peut être confondu avec le désir des sens. 11 y est joint, il en diffère; il appartient à l'ordre moral. Le corps peut être amant de la femme, mais c'est l'âme qui est amante de la beauté. C'est un sentiment naturel et vrai, un sentiment généreux, qui élève l'âme, la rend capable.des plus grandes pensées et la dispose aux nobles actions.
Pascal dit que I'ajiour est un attachement de pensée. Il est certain que le climat, ni le tempérament, qui font tout pour les sens, ne font rien pour la violence de I'amour. L'amour ne dépend même pas de son objet. Son foyer est interne. C'est une force de notre âme qui se développe à l'occasion d'une femme, mais dont l'intensité est déterminée par notre puissance aimante et non par les qualités de la femme aimée. C'est nous qui faisons notre amour. (Jules Simon.)