PREMIER DÉSIR
Une femme! ! ! Jamais une bouche de femme
N'a soufflé sur mon front!.., ne m'a baisé d'amour!,.,
Jamais je n'ai senti, sous deux lèvres de flamme.
Mes deux yeux se fermer et s'ouvrir tour à tour!,..
Et jamais un bras nu, jamais deux mains croisées,
Comme un double lien autour de moi passées.
N'ont attiré mon corps vers un bien inconnu!...
Jamais un œil de femme au mien n'a répondu!.,.
Une femme!... une femme!,.. Oh! qui pourra me dire
Si jamais un'^ femme, avec son doux sourire.
Avec son sein qui bat, et qui fait palpiter,
Avec sa douce voix qu'il est doux d'écouterj
Si jamais une femme, aimable et prévenante.
Amie, aux mauvais jours; aux joure lieureuz, amante;
Si cet ange du ciel un jour me sourira!... Si sa main à ma main quelquefois répondra!,.. Je suis jeune, et pourtant la gaîié m'est ravie, Et pourtant sacs plaisir je dépense la vie; Et souvent, quand, pour moi, les heures de la nuit S'écoulent sans sommeil, sans songes et sans bruit, 11 passe dans mon cœur de brûlantes pensées, D'invincibles désirs, des fougues insensées... Je ne respire plus!... C'est alors que ma voix Murmure un nom, tout bas... C'est alors que je vois M'apparaître à demi, jeune, voluptueuse, Sur ma couclie penchée, une femme amoureuse, Une image de femme, une femme... Oh! pourquoi. Quand mes bras étendus vont l'attirer sur moi, Fuit-elle tout d'un coup, ainsi qu'une ombre vaine?... Sur sa trace parfois le délire m'entraîne : Je m'élance, j'appelle... Au silecce profond, A l'ombre où je m'égare, à l'air qui m'environne. Au sommeil qui me fuit, au lit que j'abandonne, Je demande une femme... Et rien ne me répond!... Rien!... rien autour de moi!... Comme arraché d'un songe, Je m'arrête soudain... Je m'étonne... je songe .Que je suis seul, tout seul... tout seul!... et j'ai vingt ans! Tout seul!,., et mon cœur brûle!... 0 toi que j'ai rêvée, Femme, à mes longs baisers si souvent enlevée, Ne viendras-tu jamais?,.. Viens... oh! viens... je t'attend's.
(Charles Dovalle.)