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On peut appliquer aux deux genoux d'une femme cette belle maxime de politique : «L'union fait la force.» En effet, tant que deux genoux seront unis, ils seront invincibles,
(Leraontey.)
DCLI
Être aimé d'une jeune fille chaste, lui révéler le premier cet étrange mystère de I'amour, certes, c'est une grande félicité; mais c'est la chose du monde la plus simple. S'emparer d'un cœur qui n'a pas l'habitude des attaques, c'est entrer dans une ville ouverte et sans garnison. L'éducation, le sentiment des devoirs et la famille sont de très-fortes sentinelles, mais il n'y a sentinelles si vigilantes que ne trompe une ûUe de seize ans, à qui, par la voix de l'homme qu'elle aime, la nature donne ces premiers conseils d' amour, qui sont d'autant plus ardents qu'ils paraissent plus purs.
Plus la jeune fille croit au bien, plus elle s'abandonne facilement, sinon à Tamanl, du moins à I'amour, car étant sans défiance elle est sans force, et se faire aimer d'elle est un triomphe que tout homme de vingt-cinq ans pourra se donner quand il voudrn. Et cela est si vrai que, voyez comme on entoure les jeunes filles de surveillance et de remparts! Les cou- \enls n'ont pas de murs assez hauts, les mères de serrures assez fortes, la religion de devoirs assez continus pour renfermer tous ces chaj^mants oiseaux dans leur cage, sur laquelle on ne se donne même pas la peine de jeter des fleiu's. Aussi, comme elles doivent désirer ce monde qu'on leur cache, comme elles doivent croire qu'il est tentant, comme el'es doivent écouter la première voix qui, à travers les barreaux, vient leur en raconter les secrets, et bénir la main qui lève, la première, un coin du voile mystérieux !
Mais être réellement aimé d'une courtisane, c'est. une victoire bien autrement difficile. Chez elles, le corps a usé l'àme, les sens ont brûlé le cœur, la débauche a cuirassé les sentiments. Les mots qu'on leur dit, elles les savent depuis longtemps, les moyens que l'on emploie, elles les connaissent, I'amour même qu'elles inspirent, elles l'ont vendu. Elles aiment par métier et non par entraînement. Elles sont mieux gardées par leurs calculs qu'une vierge par sa mère et son couvent; aussi ont-elles inventé le mot caprice pour ces amours sans trafic qu'elles se donnent de temps en temps comme repos, comme excuse ou comme consolation ; semblables à ces usuriers qui rançonnent mille individus, et qui croient tout racbcler en prêtant un jour vingt francs à quelque pauvre diable qui meurt de faim, sans exiger d'intérêts et sans lui demander de reçu.
Puis, quand Dieu permet I'amour aune courtisane, cet AMOUR, qui semble d'abord un pardon, devient presque toujours pour elle un châtiment. 11 n'y a pas d'absolution sans pénitence. Quand une créature, qui a tout son pa.-sé à se reprocher, se seul tout a coup prise d'un amour i>rofond, sincère,
PAR LES (/raNDS ÉCRIVAINS 169
irrésistible, dont elle ne se fût jamais crue capable ; quand elle a avoué cet amour, comme l'homme aimé ainsi la domine! Comme il se sent fort avec ce droit cruel de lui dire : « Vous ne faites pas plus pour I'amour que vous n'avez fait pour de l'argent. »
Alors elles ne savent quelles preuves donner. Un enfant, raconte la fable, après s'être longtemps amusé dans un champ à crier : Au secours! pour déranger des travailleurs, fut dévoré un beau jour par un ours, sans que ceux qu'il avait trompés si souvent crussent cette fois aux cris réels qu'il poussait. Il en est de même de ces malheureuses filles, quand elles aiment sérieusement. Elles ont menti tant de fois qu'on ne veut plus les croire, et elles sont, au milieu de leurs remords, dévorées par leur amour.
De là ces grands dévouements, ces austères retraites dont quelques-unes ont donné l'exemple.
Mais quand l'homme qui inspire cet amour rédempteur a l'àme assez généreuse pour l'accepter sans se souvenir du passé, quand il s'y abandonne, quand il aime, enfin, comme il est aimé, cet homme épuise d'un coup toutes les émotions terrestres, et après cet amour son cœur sera fermé à tout autre.
(Alexandre Dumas fils.)
DCLII
Une femme excuse jusqu'aux mauvaises actions que sa beauté fait commettre. (Lesage.)
DCLIII
C'est un précieux trésor pour l'homme qu'une femme qui l'aime. Il n'y a point de cœur d'où I'amour tombe de plus haut, et à flots plus larges et plus pressés, que du cœur de la femme. Li tendresse n'a point de source plus profonde, le dévouement n'a point d'abandons plus sublimes, le sacrifice n'a point d'actes plus saints et plus complets que chez elle.
(Saint-Foix.)