‹ L'amour par les grands écrivainsChapitre 71 sur 72 · MIX · texte numérisé non relu

MIX

En présence du soleil et des sphères éloilée.^, on n'a besoin que de s'aimer et de se sentir dignes l'un de l'autre. Mais la société, la société! comme elle rend le cœur dur el l'esprit frivole! comme elle fait vivre pour ce que l'on dira de vous! Si les hommes se rencontraient un jour dégagés chacun de l'induence de tous, quel air pur mtrerait dansl'àine! que d'idées nouvelles, que de senlimenls viais la raliaîchiraient!

(Madame de Slaël.)

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Le premier amour a cet avantage sur les aiilrcs qu'il se suffit à lui-même. L'extase domine le désirj aussi est-il rare qu'un bonheur complet couronne l'œuvre.

Peu d'hommes pensent à leur premier amour sans regrets. — Si j'avais su!

Les femmes ont des regrets plus profonds encore; mais, soit amour-propre, soit vérité, elles ne s'en prennent jamais à elles, et disent : — S'il avait su ! (Jules Noriac.)

MXl

L'amour est la plus noble des passions du cœur humain; c'est elle qui, pour trouver le bonheur, a besoin de l'inspirer au même degré qu'elle le sent. (Stendhal.)

MX!I

Le vulgaire se plaint ou se vaulo d'être haï, calomnié, aimé, chéri. L'j sage ne s'occupe point des sentiments qu'il inspire, mais de ceux qu'il éprouve. Il sait que ce qui est triste, amor, djuluureux, ce n'est pas d'être haï, -mais de haïr; que ce qui est duux, noble, grand, ce n'est pas d'être aimé, mais daimcr.

(Daniel Stem.)

MXIII

Si I'amour donne de l'esprit aux bêtes, c'est sans doute celui qu'il ôtc aux gens d'esprit. (Alphonse Karr.)

MXIV

Il y a quelque chose d'amoureux au repentir d'une passion amoureuse; et celte passion est en nous si naturelle, qu'on ne se lepent pas sans amour d'avoir aimé.

-(Saint-Évremonl.) ly.

MXV

Le mut AMOUR a été appliqué à l'action universelle de la génération qui reproduit les êtres, parce que, par une fausse et ridicule délicatesse, lesexpres«ion<! propres à désigner cette opération de la nature sont de venues trop libres pour des femmes qui n'ont de chaste que les oreilles. Cette explication détournée a avili ce mot touchant, dont on s'est empressé de voiler les prostitutions les plus méprisables. Mais les vrais amants, seuls connaisseurs en volupté, et plus avides des délices des sens que les autres hommes, savent que c'est de la vivacité de la tendresse qu'elles reçoivent une plus précieuse saveur, et (juc celte réunion seule mérite le nom d'AMoua. Le cœur n'induit pas en erreur. Ce sont les inspirations, au contraire, qui préservent les femmes d'une avilissante galanterie, en donnant pour pâture à leur imagination un seul objet de détir. Quand on aime, les sens sont très-inflammables, mais ce n'est qu'au feu de la passion qu'ils peuvent s'allumer.

(Mirabeau.)

MXVl

On croit les hommes plus constants dans un âge avancé que dans la jeunesse, mais cette constance n'est qu'extérieure. Dans la vieillesse, on anticipe les besoins par la crainte, on les sent par la privation; on jouit avec inquiétude, et l'on craint de laisser échapper ce qu'on n'est pas sûr de retrouver. Dans la jeunesse, on . ne soupçonne guère les besoins par prévoyance, on ne sent que les désirs; ils s'éteignent par la jouissance et renaissent bientôt. La jeunesse désire ardemment, jouit avec confiance, se dégoûte promptement et quitte sans crainte, parce qu'elle remplace avec facilité. Voilà le secret de la légèreté d'im âge et de la constance, de l'autre. (Duclos.) -

MXVII

i.a pjdciir donne des plaisirs bien flatteurs à l'amant ; elle lui fait sentir quelles lois on transgresse pour lui; — et aux femmes, des plaisirs plus enivrants. Comme il faut vaincre une habitude puissante, ils jettent plus de trouble dans l'àme. Le comte de Valmont se trouve à minuit dans la chambre à coucher d'une jolie femme ; cela lui arrive toutes les semaines, et à elle peut-être une fois tous les deux ans; — la rareté et la pudeur doivent donc préparer aux femmes des plaisirs infiniment plus vifs. (Stendhal.)

MXVIII

La sagesse d'une femme consiste moins à triompher de I'amour d'un galant homme qu'elle voit tète à tète et qu'elle trouve aimable, qu'à ne point s'exposer à ce tête-à-tète. Quand on combat ce que l'on aime, on.succomLe tût ou tard.

(Marivaux.)

MXIX

L'homme qui plaît le plus aux femmes du monde est d'ordinaire celui qui les estime le moins. Il leur faut avant tout du plaisir, et le respect leur en assure peu. Amusez-les, elles vous rechercheront. (Laténa.)

MXX

S'il se trouve une femme pour qui l'on ail eu une grande passion, et qui ait été indifférente, quelque important Fcrvice qu'elle nous rende dans la suite de notre vie, l'on court un grand risque d'être ingrat. (La Bruyère.)

MXXI

L'attachement à une même pensée fatigue et ruine l'esprit de l'homme. C'est pourquoi, pour la solidité du plaisir de

I'amouRj il faut quelquefois ne pas savoir que l'on aime; et ce n'est pas commettre une infidélité, car l'on n'en aime paâ d'autre; c'est reprendre des foi ces pour mieux aimer. Cela se fait sans que l'on y pense; l'esprit s'y porte de soi-même; la nature le veut, elle le commande. Il faut pourtant avouer que c'est une misérable suite de la nature humaine, et (jue l'on serait plus heureux si l'on n'était point oblige de cliatiger de pensée; mais il n'y a point de renièJe. (Pascal.)

MXXII

En AMOUR, on ne persuade pas facilement aux hommes de mettre leur raison à la place de leurs yeux. (Foutcnelle.)

MXXIII

La prudence et I'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre; à mesure que I'ajiour croît, la prudence diminue.

(La Rochefoucauld.)

MXXIV

Si la jalousie annonce quelque force, c'est la force d'un AMOUR insensé. Lorsqu'on aime en conservant la raison, nécessairement on estime ce qu'on aime, et l'estime doit exclure toute idée de perfidie. (Sénancour.)

MXXV

Si les faiblesses de Tamour sont pardonnables, c'e^t principalement aux femmes qui régnent par lui. (Vauvenargues.)

MXXVI

Eu AMOUR, ceux qui feignent d'être amoureux réussissent beaucoup mieux que ceux qui le sont véritablement.

(Ninon de l'Enclos.)

MXXVII

Généralement les hommes sont moins constants que les femmes, et se rebutent plus tôt qu'elles de I'amour heureux. La femme pressent de loin Tinconstance de l'homme et s'en inquiète; c'est ce qui la rend aussi plus jalouse. Quand il commence à s'attiédir, forcée à lui rendre, pour le garder, tous les soins qu'il prit aulrefois pour lui plaire, elle pleure, clic s'humilie à son tour, et rarement avec le même succès. L'attachement et les soins gagnent les cœurs, mais ils ne les recouvrent guère. (Jean-Jacques Rousseau.)

MXXVIII

C'est la violence de nos idées, la précipitation de notre AMOUR qui nous rend slupides aux yeux des femmes. L'homme qui a usé un peu ses sensations est plus pressé de plaire que d'aimer. (George Sand.)

.MXXLX

De I'amour, et de tout ce qui touche à I'amour, on peut dire le pour et le contre, le oui et le non, sans avoir jamais tout à fait tort ou tout à fait raison. C'est le texte impossible et attrayant par excellence. C'est la chose subtile et indéfinissable par essence.

Il se dit tous les jours de I'amour mille choses vraies, plus contradictoires les unes que les autres, et tous les s irs il s'ajoute aux choses dites le matin mille choses fausses, les plus irréfutables du monde.

Un livre qui se proposerait de dire ce que c'est que I'amour, ne pourrait être qu'un livre sans fin. J'estimerais déjà quelqu'un (jui saurait au juste par o'i le bien commencer.

( P. J. Stahl.) MXXX

En AMOUR, comme en bien d'autres choses, les femmes se-

ront plus fortes que les hommes. Lorsqu'un homme n'aime plus sa maîtresse, celle-ci se jette à ses genoux et lui dit :

— Je t'en supplie, ne me chasse pas, garde-moi, je ne te gênerai pas, tu feras ce que tu voudras ; qu'est-ce que je te demande, moi? te voir, et voilà tout! garde-moi, je serai ton esclave, je te servirai, je cirerai tes souliers. Eh bien, si de temps en temps, touché de mon dévouement, tu me donnes un sourire, un regard même, je serai contente.

L'homme garde sa maîtresse, cette soumission flatte sa vanité; il croit que cette faiblesse lui donnera de la force.

Le jour où une femme n'aime plus, ou le jour où elle aime ailleurs, il n'y a ni supplications ni prières qui la puissent toucher; elle devient statue; son amant a beau pleurer, s'humilier, se rouler et se tordre à ses pieds, elle répète son inexorable ; «C'est Gni! »

— Je vais me tuer à tes pieds ! dit l'amant.

Si la maîtresse est une femme honnête, elle répond :

— Vous voyez bien que vous ne m'aimez pas, jusqu'au dernier moment vous ne songez qu'à me compromettre.

Si c'est une lorette, elle voit la chose à un autre point de vue ;

— Tuez-vous si vous voulez, dit-elle, mais pas ici, je vous prie, n'est-ce pas. Mon propriétaire déleste le suicide; il est maniaque comme tout.

Quand une femme dit : «Je ne vous aime plus, » il y a de l'espoir; si elle dit : «J'en aime un autre, » il n'y en a plus.

Un homme qui n'aime plus une femme, la plaint; la femme qui n'aime plus un homme, le méprise.

L'un et l'autre ont raison. (Jules Noriac.)

MXXXi

Il y a dans les premiers moments de l'aïuouR un tressaillement semblable aux émotions de la peur; qui meurtrit la

sensibilité pendant ces moments où l'on retient sa vie près de déborder, où l'on hésite à dévoiler son intérieur en obéissant à la pudeur qui agite les jeunes filles avant qu'elles se montrent à l'époux aimé.

N'y a-t-il pas de gracieuses similitudes entre les commencements de I'amol-r et ceux de la vie? Ne berce-t-on pas l'enfant par de doux chants et de gentils regards? Ne lui diton pas de merveilleuses histoires qui lui dorent l'avenir? Pour lui l'espérance ne déploie-t-olle pas ses ailes radieuses ? Ne verse-t-il pas tour à tour des larmes de joie et de douleur? Ne se quere!le-t-il pas pour des riens, pour des cailloux avec lesquels il essaye de se bâtir un palais, pour des bouquets aussitôt oubliés que coupés? N'est-il pas avide de saisir le temps, d'avancer la vie? L'amour est notre seconde transformation. (Balzac.)

MXXXII

... Quel est le vrai secret de la constance? C'est l'énergie de la passion qui nous unit autrefois à l'objet aimé. En vain les amants ordinaires éprouvent une langueur d'autant plus prompte qu'ils se sont crus plus épris; ceux qui se sont bien aimés trouvent dans leurs feux mêmes l'alimentde la flamme qui les embrase. Ce qu'ils sentent est si loin de tout ce que les distractions subalternes leur offriraient, qu'ils ne peuvent qu'aimer, parce qu'ils ne trouvent que dans I'amouk pâture pour leur sensibilité brûlante, inépuisable, et ils ne peuvent aimer que le même objtit, parce que tout leur paraît glacé auprès du cœur aujuel ils ont donné la vie. (Mirabeau.)

JIXXXHI

L'amour e^t l'attrait qu'éprouvent invinciblement l'un pour l'autre la Force et la Beauté. Sa nature, dans l'homme et

dans la femme n'est par conséquent pas la même. Du reste, c'est pour lui que leur conscience à tous deux s'ouvre à la Justice, chacun devenant pour l'autre tout à la fois un téiiioin, un juge et un second lui-même. (P. J. Proudlion.)

MXXXIV

La sensuelle jeunesse est moins ardente en ses excès que la gravité en révolte d'AMOua. (Shakspeare.)

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