DCCC! IV
L'amour décroît quand il cesse de croître. (Chateaubriand.)
DCCCLV
Une femme est perdue lorsqu'elle autorise par son silence les premières hardiesses de son amant; car I'amour est un usurpateur qui aspire toujours à de nouveaux progrès, et qui n'est satisfait que par les conquêtes qui éteignent ses désirs.
(Ninon de l'Enclos.)
DCCCLV I
Le cruel amour, pour tourmenter les mortels, fait souvent qu'on n'aime guère les personnes dont on est aimé. (Fénelon.)
DCCCLVII
La plupart des femmes se persuadent qu'elles sont aimaWes sans qu'on le leur disej elles se l'imaginent parce qu'elles le veulent; et c'est un seul homme avec de mauvais yeux et quelques fades douceurs, qui fait donner dans cette vanité celles que la nature a le plus mal partagées.
(Saint-Évremont.)
DCCCLVIII
L'amour peut produire quelquefois le même effet que le défaut d'humanité, par la violence avec laquelle il nous concentre dans un ( hjet et nous détache de tous les autres; il n'éteint pasl'amilii dans les âmes ATrtueuses, mais souvent il l'assoupit. S'il adoucit quelquefois les âmes féroces, il dégrade encore plus sûrement les âmes faibles. (D'Alembert.)
DCCCLIX
L'amour d'une jeune û'ie est le moins flatteur de tous les amours; la jeune fille aime toujours à côté d'elle; elle ne choisit pas un amant, elle j-rend le plus près. La femme mariée sait beaucoup mieux quel homme elle préfère, mais miUo
circonstances la forcent presque toujours do se donner à un autre. La courtisane seule choisit vcrilahlcment l'homme qu'elle aime, et aime véritablement celui qu'elle choi-it. S')n amour est d'autant plus flatteur que c'est entre tous qu'on est trié. (Alphonse Karr.)
DCCCLX
Lorsqu'on veut donner de I'amour, on risque d'en recevoir.
(Molière.)
DCCCLXI
Il y a des femmes qui regardent les amants du même œil que les caries ; elles s'en servent pour jouer qucL^uc lemp«, elcs les rejettent ensuite, en demandent de nouvelles, et iirissent par perdre avec les neuves tout ce qu'elles ont gagné avec les vieilles. (Sophie Arnould.)
DCCCLXII
Parvenue au dernier degré de grandeur, Rome commençait à avoir des fantaisies aussi d('réglc'es et des humeurs aussi cirangcs que celles qu'on attribue à la plupart des femmes. Elle ne pouvait plusse passer de maîlre, mais elle ne se plaisait pas pourtant à en avoir un. Les femmes sont justement du même caractère. On doit convenir aussi que les hommes sont trop jaloux de leur domination. Ils l'exercent dans le mariage, c'est déjà un grand article; mais ils voudraient l'exercer encore en AMOiR. Quand ils demandent qu'une maîtresse leur soit fidèle, fidèle veut dire soumise; l'empire devrait être partagé entre l'amant et la maîtresse; cependant il passe toujours de l'un ou de l'autre côté, et presque toujours du côté de l'amant. (Funtenelle.)
DCCCLXIII Un véritable amolu inspire plus de le^pcct pour une b^r-
gère aimée que la noblesse du sang pour la première princesse du monde. (L'abbé Prévost.)
DCCCLXIV
Amour, suprême puissance du cœur, mystérieux entliousia-me qui renferme en lui la poésie, l'héroïsme et la religion! Qu'arrive-t-il quand la destinée nous sépare de celui qui avait le secret de notre âme, et nous avait donné la vie du cœur, la vie céleste? Qu'arrive-l-il quand l'absence ou la mort isolent une femme sur la terre? Elle languit, elle tombe! (Madame de Staël.)
DCCCLXV
Qu'est I'amour? — Ah ! prèl à le nommer,
Ma bouclie, en le niant, craindrait de blasphémer. Lui seul est au-dessus de tout mot qui l'exprime; Eclair brillant et pur du feu qui nous anime!
Inextinguible flamme,
Il est... il serait tout, s'il ne devait finir. Si le cœur d'un mortel pouvait le contenir ; Ou si, semblable au feu dont Dieu fît son emblème, Sa flamme en s'exhalaat ne l'étouffait lui-même.
(Lamartine.)
DCCCLXV!
Les hommes sont gouvernés par leurs sens avant de connaître leur cœur; mais la plupart des fummos ont besoin d'aimer, et seraient rarement séduites par les plaisirs si elles n'étaient entraînées par l'exemple. (Duclos.)
DCCCLXVIl
Puur conserver longtemps le cœur de notre amant, il faut toujours que l'espérance et la crainte agissent sur lui.
(Madame duChâtelet.)
226 L'AMOUU
DCCCLXVIII
L'amoiiu est un vrai caprice, involontaire dans celui même qui l'éprouve j pourquoi voulez-vous donc que l'objet aimé soit obligé à la moindre reconnaissance pour un sentiment aveugle et pris sans son aveu? Vous êtes bien singuliers, vous autres hommes ! Vous vous tenez pour offensés dès qu'une femme ne répond pas avec empressement aux regards que vous daignez jeter sur elle. Votre orgueil révolté l'accuse surle-champ d'injustice. Comme si c'était sa faute si la tête vous tourne, comme si elle était obligée de se trouver, à point nommé, saisie du même mal que vous! (Ninon de l'Enclos.)
DCCCLXIX
Il y a à aimer sans être aimé un charme mélancolique et profond, et il est bien do se ressouvenir de ceux qui nous oublient. (Théophile Gautier.)
DCCCLXX
La charité est toute la loi divine; et comment séparer I'amolr de la charité. (Shakspeare.)
• DCCCLXXl
Ce qu'on a le plus ardemment désiré diminue de prix dès qu'on l'obtient, et les,choscs ne passent^point de notre imagination à la réalité qu'il n'y ait perte. (Fontenelle.)
DCCDLXXII
Ce n'est qu'an feu de l'imagination que les passions s'allument. Il n'y a point de vêtement si modeste au travers duquel un regard enflammé par l'imagination n'aille porter les désirs. Une jeune Chinoise, avançant un bout de pied couvert et
chaussé, fora plus de ravage à IVkin que n'eût fait la plus balle nile du monde dansant toute nue au bas du Taygèto.
(J. J. Rousseau.)
DCCCLXXIII
L'amoup. d'un homme qui aime bien jouit ou frémit de tout ce qu'il imagine, et il n'y a rien dans !a nature qui ne lui parle de ce qu'il aime. (Slhendal.)
DCCCLXXIV
Une femme d'esprit m'a dit un mot qui pourrait bien être le secret de son sexe; c'est que toute femme, en prenant nn amant, tient plus de compte de la manière dont les autres femmes voient cet homme, que de la manièi'e dont elle le voit elle-même. (Chamforl.)
DCCCLXXV
Les femmes ne gardent point de mesure en amour. Celles que l'on méprise abandonnent toutes les règles de la bienséance et de la pudeur pour se venger avec éclat; et celles qui sont aimées ne se croient point véritablement préférées, à moins qu'on ne le sache; l'ostentation accompagne toujours leurs triomphes, et elles aiment mieux risquer leur réputation que de manquer à satisfaire leur vanité. (Saint-Evremont.)
DCCCLXXVII
S'abandonner à I'amour, c'est renoncer à la sage?se et à la fortune, (lîacon.)
DCCCLXXVI
Aimer éternellement est une expres?ion poétique à l'usage des amoureux ; mais elle est vraie à l'égard de beaucoup/'c femmes. Près d'elles un amant remplace l'autre, et l'éternilé subsiste, puisqu'il n'y a de changement que dans l'objet.
(Marivaux.)
DCCCLXXVm
L'amour aime, de sa nature, tellement le secret et le mystère, qu'on en peut dire que tout ce qui n'est ni secret ni mysiéricux n'est point amour. (Mademoiselle de Scudéry.)
DCCCLXXIX
11 n'y a vraiment que le bonheur que donne I'amour pou mettre au cœur une honlc universelle et faire désirer aux endurcis la félicité du genre humain. Otez du monde tous les amoureux, toutes les passions déjà nouées ou qui se forment, et la grande majorité des travaux est arrêtée, et le monde croise les bras. L'amour, tout contraint et tout défiguré que le font nos maximes et nos lois, I'amour est encore la cause première de ce qui se fait de bon et de solide.
(Charles Duveyrier.)
DCCCLXXX
En amour, la femme qui s'homasse n'a pas plus d'empire sur les hommes que l'homme qui s'ellémine n'en a sur les femmes. En perdant leur physique, l'un et l'autre perdent leur influence. (Bernardin de Saint-Pierre.)
DCCCLXXXl
En AMOun, l'économie dos sentiments et des plaisirs est la seule mélhaphysiquc raisonnable. (Ninon de Tlinclos.)
DCCCLXXXII
D'où vient celle flamme qui rayonne autour d'inie femme amoureuse et qui la signale enîrc toutes? D'tù vient cette légèreté de sylphiJe (jui semble clianger les lois de lapesir.teur? Est-ce l'àme qui s'échappe? Le bonheur a-l-il des vertus 1 liysiques? (Balzac.)
DCCCLXXXIII
Quelle que soit l'idée qu'on a de la vertu d'une femme, ce n'est certainement que l'espoir qui fait qu'on lui déclare I'amour qu'on a pour elle, et l'on n'est jamais malheureux quand on espère. (Daclos.)
DCCCLXXXIV
La nature a si bien établi le commerce de I'amour. qu'elle n'a pas laissé beaucoup de choses à faire au mérite. Il n'y a point de cœur à qui elle n'ait destiné quelque autre cœur, mais elle n'a pas pris soin d'assortir cnseml)le toutes les personnes dignes d'estime. Cela d'ordinaire est fort mêlé, et l'expérience ne fait que trop voir que le choix d'une femme aimable ne prouve rien en faveur de celui sur qui il tombe. 11 me semble que ces raisons-là doivent faire des amants discrets. (Fontenelle.)
DCCCLXXXV
11 est peu de femmes dont la vanité ne soit plus blessée d'un AMOLR ridicule que d'un amouu insultant. (Laténa.)
DCCCLXXXVI
L'amoup. aime surtout les secrètes faveurs ; Dans l'obstac'e qu'on force il trouve des douceurs, F.t le moindre entretien de la beauté qu'on aime, Lorsqu'il est défendu, devient grâce suprême.
(Molière.)
DCCCLXXXVIll
En AMoLii, les cœui s justes sont les premiers vaincus.
(Sénancour.)
DCCCLXXXVI I
Le concours des sexes en vue de la génération a lieu sous
Tinfluence d'un sentiment particulier, qui est I'amour. C'est cet atlrait puissant qui, dans toutes les espèces où les sexes sont séparés, pou>se le mâle et la femelle à s'unir et à transmettre leur vie dans un orgasme mortel. De là ce mot si connu, si profond : L'amour est plus fort que la mort; ce qui signifie que l'être qui a goûté l'AMOuri n'a plus rien à redouter de la mort, parce que I'amour est la mort même, la mort en joie, eiithanasia.
Les anciens firent de celte incUnation irrésistible des deux sexes à reproduire leur vie en la sacrifiant à I'amour le premier né et le puissant de leurs dieux.. C'est I'amour qui débrouille le chaos et anime la nature... Le Christ rédempteur, donnant sa vie pour le salut des hommes, est encore, à un antre point de vue, un symbole de la génération universelle; et ce n'est pas sans raison que Dupuis, Origine des cultes, a vu dans la légende du Christ une reproduction de celle d'Adonis.
L'amour est donc l'apogée et la consommation de la vie, l'acte suprême de l'être organisé: à tous ces titres, on peut le définir : la matière du mariage. (P. J. Proudlion.)
DCCCLXXXIX
L'amour a sur nous cette divine influence, que tout ce qu'il y a de beau au monde étant devenu partie de la femme que nous aimons, nous nous trouvons disposé à faire tout ce qu'il y a de beau au monde. (Stendhil.)
DCCCXG
Un homme «^clate contre une femme qui ne l'aime plu?, et se console; une femme fait moins de bruit quand elle est quittée, et demeure longtemps inconsolable. (La Bruyère.)
Dcccxcr
L'amour fait aimer Dieu et croire en sa bonté.
(Bernardin de Saint-Pierre.)
DCCCXCTI
En AMOUR , un jeune liomme très-beau n'est pas toujours séduisant, mais il est toujours compromettant.
(Delphine de Girardin.)
DCCCXCIIl .
Les femmes, que leur condition fait esclaves, et leur nature avides de liberté, sont d'insatiables rêveuses; car la rêverie, c'est la prison qui s'ouvre et l'àme qui s'envole; et, plus la prison est étroite, plus l'âme, dans sa délivrance imaginaire, prend un essor désordonné. Telle, que le monde juge froide, effrayerait par l'audace de ses secrètes pensées l'imagination la plus virile; telle autre, qui, en réalité, n'a jamais failli, se donne sans réserve, à certaines heures solitaires, à celui qui ne sait rien obtenir quand il est là. (Charles de Bernard.)
DCCCXCIV
L'amour trouble tout , et écarte les hommes du but où ils tendent. (Bacon.)
Dcccxcy
Le respect contraint I'amour; il peut le cacher, mais il ne l'éteint jamais; souvent il le rend plus vif; I'amouu est comme les liqueurs spiritueuses, moins elles s'exhalent, plus elles acquièrent de force. (Duclos.)
DCCCXCVI
Le peintre qui, premier, fît d'AMOCR le tableau, Et premier le peignit pluraeux comme un oiseau,
Connut bien sa nature en lui baillant des ailes; Non pour être inconstant, léger ni vicieux, Mais comme né du ciel pour retourner aux cieux, Et monter au séjour des clioses les plus belles.
(Ronsard.)
DCCCXCYII
On ne dit bien que I'amour qu'on n'a pas. Il vient un moment où Ton tire un grand parti, près des femmes qu'on n'aime point, de ce qu'on disait si mal ou de ce qu'on ne disait pas du tout à la femme que l'on a aimée.
(Alphonse Karr.)
DCCCXCVIII
L'amour fait toujours croire ce dont on devrait douter le plus. (Marivaux.)
DCCCXCIX
Lorsque les hommes attaquent les femmes, ils suivent le penchant qu'ils ont à les attaquer; mais quand les femmes se défendent, elles n'ont pas trop de penchant à se défendre. D'où je conclus qu'en amour, ce qui est une victoire pour les hommes, est une espèce de défaite pour les femmes.
(Fontenelle.)
DCCCC
0 amour! que les lâches te craignent et que les méchants te proscrivent! Tu es le grand prêtre de ce monde, le révélateur de l'immortalité, le feu de l'anlol ! Sans ta lueur, l'homme ne soupçonnerait pas l'infini!... (Lamartine.)
DCCCGI
On ne saurait bien juger de soi quand on suit un dépit amoureux; on dépend de tant de sentimeuts qui se détruisent
et qui fc reproduisent tour à tour, que l'on ne gagne rien à céder à l'un plutôt qu'à l'autre. Si vous êtes curieux de savoir ce que l'on fait en votre absence, si vous aimez à entretenir les autres et à vous entretenir vous-même du sujet de votie rupture; si vous êtes attentif à la manière dont on prend votre changement, vous aimez encore plus que vous ne pensez. H faut découdre l'amitié et déchirer I'amour.
(Saint-Évreniont.)
DCCCCIl
On aime bien plus l'image qu'on se fait, que l'objet auquel on l'applique. Si "l'on voyait ce qu'on aime exactement t( 1 qu'il est, il n'y aurait plus d'AMOuR sur la terre. Quand ou cesse d'aimer, la personne qu'on aimait reste la même qu'auparavant, mais on ne la voit plus la même. Le voile du prestige tombe, et I'amour s'évanouit. (Jean -Jacques Rousseau.)
DCCCCIII
Le point de départ de l'institution du mariage ePde la famille est la génération.
Exallé, transformé par l'idéalisme, cet instinct devient I'amoir, le plus puissant des mouvements de l'âme après la Justice, engendré par la combinaison de deux fatalités, l'une organiijue, l'autre intellectuelle.
Dans cet état, I'amour est lui-même le plus lyrannique des fatalismes, remarquable surtout par son évolution tour à tour croissante et décroissante, irrésistible quand il vient, impossible à retenir quand il s'en va.
Là cependant ne Gnit pas pour l'humanité le rapport engagé entre les deux sexes par la génération et I'amour.
L'homme sent sa dignité en autrui : de là, en général, sa Justice.
D'un sexe à l'autre, cette dignité se sent d'une façon particulière, qui ajoute à I'amour un caraclère auparavant inconnu
de sérénité et de tendresse, éteint la passion, tt crée un attachement qlie tous ceux qui l'ont éprouvé jugent unanimement de nature à pouvoir durer, malgré la dégradation extérieure de l'objet aimé, autant que la vie. ■ Ainsi, l'homme aime tout à la fois par ses sens, par son esprit el par sa conscience; il ne peut pas ne pas aimer ainsi, parce qu'il est homme.
Selon la puissance d'idéalisation et de Justice de i'amani, et la qualité de l'objet aimé, l'union de l'homme el de k femme inclinera plus ou rrioins vers l'un ou l'autre de ces termes : les sens, l'idéal, la conscience. (P. J. Proudhon.)
DCCCCIV
L'amolu sans désirs est une chimère; il n'existe pas dans la nature. (Ninon de l'Enclos.)
DCCCCV
Un homme vain se plaît à faire couler les pleurs de la femme qui l'aime; un homme délicat en souflre plus que s'il les versait; et, pourtant, un amour passionné paye souvent la dureté de l'un, et le dédain et la tyrannie la bonté de l'autre. (Laténa.)
DCCCCVI
Les amants sont bien fons de songer à se bien mettre; on a hien autre chose à faire, en voyant ce qu'on aim^, que de songer à sa toilette : « On regarde son amant et on ne l'examine pas, » a dit Rousseau. Si cet examen a lieu, on a aflairo à l'amour-goùl et non plus à l'amour-passion. L'air brillant de la beauté déplaît presque dans ce qu'on aime; on n"a que faire de la voir belle, on la voudrait tendre et languissante.
La parure n'a d'elVet, en amour, que pour les jeunes filles qui, sévèrement gardées dans la maison paternelle, prennent souvent une passion parles yeux. (Stendhal.)
DCCCCVII
L'amour est un tyran qi)i n'épargne personnp.
(Pierre Corneine.) ^
DCCCCVllI
L'amour dos sens ne veuf qi;e plaire et jouir; il ne àôAvc plus ce qu'il possède. Son feu meurt, si vous ne lui donnez toujours un aliment rouveau; vous lui reprocheriez vainement son inconstance; c'est l'agitation seule de ses ailes qui conserve et rallume son flambeau. (Ségur.)
DCCCCIX
11 n'y a point de passion où I'amour de soi-même règne si puissamment que, dans I'amour; et on est toujours plus disposé à sacrifier le lepos de ce qu'on airae, qu'à perdre le sien. (La Rochefoucauld.)
DCCCCX
L'amour est la vertu de la fcTime; c'est pour lui qu'elle se fait une gloire de ses fautes, c'est de lui qu'elle reçoit l'hcroïsme de braver ses remords. Plus le crime lui coûte à commettre, plus elle aura mérité de celui qu'elle aime.
(George Sand.)
DCCCCXI
Quoi qu'on en puisse dire, les galants n'obsèdent jamais que quand on le veut bien ; il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait des mouches, et les honnêtes femmes ont des manières qui les savent chasser d'abord.
(Molière.)
DCCCCXII
L'amour conjugal perpétue le genre humain, I'amour social
23(; L'AMOLR
le priTcjlionno, I'amolu sensuel le corrompt et le dénaliirc.
(Bacon.)
DCCCCXIll
Vous èlcs bien folles, vous autres femmes, de vouloir donner de la consistance à un sentiment aussi frivole et aussi passager que J'amour. Tout change dans la nature, tout est dans un flux continuel^ et vous voulez inspirer des feux constants ! Et de quel droit prétendez-vous être aimées aujourd'liui parce que vous l'étiez hier? Gardez donc le même visige, le même âge, la même humeur; soyez toujours la mcme^ et l'on vous aimera toujours si l'on peut. Mais changer sans cesse et vouloir toujours qu'on vous aime, c'est vouloir qu'à chaque instant on cesse de vous aimer; ce n'est pas chercher des cœurs constants, c'est en chercher d'aussi changeants que vous. (Jean-Jacques Rousseau.)
DCCCCXIV
L'attachement des hommes dépend de la vivacité de leurs désirs; (juand la jouissance et quand la confiance d'une femme qui n'est crédule (jue parce qu'elle aime, les a éteints, ce n'est pas l'eslime, ce n'est pas même I'amour qui les rallume, c'est la nouveauté d'un autre objet. D'ailleurs le préjugé encourage les hommes à l'infidélité; leur honneur n'en est point offensé, leur vanité en est flattée, et l'usage les autorise. (Duclos.)
DCCCCXV
Aimez de bonne heure si vous voulez aimer tard. Il n'y a d'AMouRS survivant à la tombe que celles qui sont nées au liiMceau. (Bernardin de Saint-Pierre.)
DCCCCXVl Le premier sentiment que l'homme éprouve à la vue de la
PA R LES r. R A N 1) S K C R 1 VA I N S -237
iVmme e=l fout d'AMOun, il no s'y anèlera pas longtemps; de l'ivresse des sens il passe lapideiruMit à l'adoialion de l'àme, et quand il s'imagine èli'e encore amanf, il est devenu luimême un juste et un saint.
Tout ce que l'homme voit eu la femme, comme en un miroir où sa conscience se regarde, la femme tend à le devenir, et mallieur à elle, mallieur à tous deux, si elle trompe la révélation de I'amour, si elle manque à l'attente seciète de l'homme. (P. J. Proudhon.)
DCCCCXVII
L'amour est un sentiment indépendant que la prudence peut faire éviter, mais qu'elle ne saurait vaincre. (Laclos.)
DCCCCXVIll
11 est moins triste de ne pas être aimé de ce qu'on aime, que de n'en plus être aimé. (Mademoiselle de l'Espinasse.)
DCCCCXIX
L'amour veut tout obtenir, et après il désire encore. Vous ne sauriez lui accorder si peu de chose, que bientôt il ne faille lui en accorder davantage; et d'ordinaire, les amarits prennent toujours plus qu'on ne leur donne. (Fontcnelle.j
DCCCCXX
Les renouvellements d "amour sont charmants. On se croit rajeuni de tout le temps de la séparation ; on ne peut pas croire qu'il y en ait eu. Et surtout quand on attrape! son successeur, cela est encore vingt fois plus agréable; car il l'est bien plus de tromper un amant qu'un mari. C'est là que l'esprit des femmes se déploie. (Le" prince de Ligne.)
DCCCCXXI
Depuis le premier roman qu'une femme a ouvert en ca-
tlieHc à quinze ans, elle attend en secret la venue de I'amour, passion qui pour elle est la preuve de son mérite. Cette attente
redouble vers vingt ans, lorsqu'elle ctt revenue dos premières élourderies de la vie; tandis .qu'à peine arrivés à trente, les hommes croient I'amour impossil/ie ou ridicule. (Stendhal.)
DCCCCXXII
Nulle créature humaine ne peut commander I'amour; et nul n'est coupable pour le ressentir ou pour le perdre.
■ (George Sand.)
DCCCCXXIII
L'amour flatte pour perdre; et, sous une apparence de douceur, cache les plus afl'reuses amertumes. (Fénelon.)
DCCCCXXIV
Le mal que les prudes disent de I'amour, la résistance qu'elles lui opposent, le peu de goût qu'elles alTectent pour ses plaisirs, la peur même qu'elles en ont, tout cela est de I'amour. Le craindre, c'est s'en occuper, c'est lui rendre hommage. Cette passion sait prendre chez elles mille formes différentes, et comme l'orgueil, elle vit de sa propre défaite.
(Ninon de l'Enclos.)
DCCCCXXV
L'amour, qui corrompt souvent les corps purs, puriûe quelquefois les cœurs corrompus. (Latéua.)
DCCCCXXVI
On répète depuis bien longtemps, comme une vérité incontestable, que la jalousie prouve I'amour. ('e n'est pourtant là qu'un mensonge grossier mis en avant par l'égoïsme des passions, et accueilli par le béolisme de l'opinion publique. 11 y a de la jalousie sans amour, comme il y a de I'amour sans
jalousie. La vanité, par exemple, est plus jalouse «lue l'aftecliun. Elle est jalouse de tout, à propos de tout. La jalousie ne liait pas de I'amour; elle ne fait que s'y superposer, excroissance monstrueuse et maladive. C'est la mousse qui ronge l'aibro. Amour, comble d'abnégation et source de dévouement! Jalousie, fièvre de personnalité, combinaison de défiance et d'envie! comment l'un produirait-ill'autre? Cependant, accrédité [>ar la sagesse si souvent absurde des nations, le préjugé fait loi, doublement fatal dans ses conséquences! cause d'erreur pour l'ignorance, prétexte spécieux qui déguise le vice. On s'y laisse prendre dans la naïveté du premier âge; 0.1 s'en sort plus t.ird à bon escient. (Félicien Mallefiile.)
DCCCCXXVII
Le cœur est comme ces sortes d'arbres qui ne donnent leur baume pour les blessures des hommes que lorsque le fer les a blessés eux-mêmes. (Chateaubriand.)
DCCCCXXVill
Dans les faveurs de la fortune comme dans celles de I'amour, on ne passe guère de l'imagination à la réalité sans y perdre. (Fontenelie.)
DCCCCXXIX
La peur de la damnation, l'image de l'enfer n'ôteront pas à une âme pénitente l'idée d'un amant; car ce n'est pas à la crainte, c'est au seul amour qu'il est permis de bien effacer I'amour. (Saint-Évreraont.)
DCCCCXXX
Au moral comme au physicpie, I'amour débute par une crise dont la fin est tout autre que ne le disent le cœur et les sens, et qu'il est slupide de présenter à la jeunesse comme le dernier mot de ia félicité. Pourquoi ne pas plutôt saisir celte
occasion (le lui inculquer avec force, de par l.i jusliiC et le sens commun, qtu% la (in de I'amour, chez relie raistiuiiablo, étant autre que la possession, et celle fin scrc'alisanl le plus souvent sans allendre la possession, I'amour ne lient pas nécessairement à la possession; qu'au contraire, il est prudent de se garder de ses premières émotions, attendu que toute inclmation contient plus ou moins d'illusion, toute préférence du cœur plus ou moins d'injustice, tout amoureux régal plus ou moins de honte; attendu surlou' que, le beau moral, en tant qu'il dépend de notre volonté, devant être pour nous le plus précieux bien, si dans un mariage toutes les convenances sont respectées, si le devoir et la vertu y figurent comme élément principal, alors même que le penchant amoureux serait nul, l'union est accomplie dans les uieilleures conditions possibles? (P. J. Proudhon.)
DCCCCXXXl
Aimer est un besoin du cœur; faire I'amoir est une occupation de l'esprit. (Chamfovl.)
DCCGCXXXII
Avant la naissance de I'amour, la beauté est nécessaire comme enseigne; elle prédispose à cette passion par les louanges qu'on entend donner à ce qu'on aimera. Une admiration très-vive rend la plus petite espérance décisive.
(Stendhal.) LCCCCXXXlll
L'amour ne se borne pas à embellir les berceaux de roses, les bosquets de myrtes et les pâles rayons de la lune, il étend son heureuse fascination sur tout ce que ses ailes ont touché.
(Goethe.)
DCCCCXXXIV Les femmes ne tiennent à la vie que par les liens un ctur,
PAR LES (JRANDS ÉGIU VAINS 241
et lorsqu'elles s'égarent, c'e^t encore par un sentiment qu'elles sont entraîiiôe?. (Madame de Staël.)
DCCCCXXXV
Le travail est un don du Ciel; il est le vrai li'n de l'iiarmonic conjugale, il bannit rolsivelc, il pourvoit à nos besoins et à nos plaisirs. En nous piéseiitanlde nouvelles jouissances, il empêche les passions de s'égarer; quand il se combine avec le désir de plaire à un objet aimé, il remplit l'àxe d'un sentiment délicieux. L'amour alors prête ses ailes au génie, et lui fait faire des prodiges. Je suis persuadé que tous ceux qui ont excellé dans quelque art que ce soit, ont été amoureux; je ne connais point de chef-d'œuvre qui n'ait eu I'amour potusujet ou pour objet. (Bernardin de Saint-Pierre.)
DCCCCXXXVI
Dans I'amour, la tromperie va presque toujours p'us loin que la méfiance. (La Bruyère.)
DCCCCXXXVll
Ah ! I'amour est trop ingénieux à se tourmenter. Mais ceux qui sont incapables de le sentir et nois croient malheureux d'en éprouver les inquiétudes, sont des gens à qui il manque un sens, et qui en veulent juger pir le rapport des autres sens. Ce sont des aveugles qui nioni l'éclat des roses, parce qu'ils en sentent à tâtons les épines, ou des hommes privés d'odorat qui di.^iulent qu'elles répandent une odeur suave.
(Mirabeau.)
DCCCCXXXVIII
L'amour procède par des élans de l'espérance, et plus ils sont insensés, plus il y ajoute foi. (Balzac.)
DCCCCXXXIX
Il n'est homme ici-lias
Qui soit exempt d'AJioiR, non plus que du trcps. Ce n'est donc chose étranfçe, étant si naturelle, Que celte passion me trouble la cervelle, M'empoisonne l'esprit et me charme si fort Que j'aimerai, je crois, encore après ma mort.
(Régnier.)
DCCCCXL
Quel qu'il soit^l'AMOuR est toujours un duo; il faut être deux pour le chanler. (Henry Mihger.)
DCCCCXLI
On n'est pomlrsans plaisirs quand on aime encore. L'image de l'AiMouK éteint efl'raye plus un cœur tendre que celle de I'amouk malheureux; cl le dtîgoût de ce qu'on possède est lui état cent fois pire que le regret de ce qu'on a perdu.
(Jean-Jacques Rousseau.).
DCCCCXLIl
Se promettre de ne plus aimer ceux qui ne nous aiment plus, lorsque soi-même on les aime encore, c'est ressembler à ces gourmands qui jurent, au sortir d'une bonne table, de pratiquer la sobriété, et qui violent leur promesse dès que l'appétit leur est revenu. (Rétif de la Bretonne.)
DCÇCCXLllI
Jouir de I'amour dans l'intini de son aspiration, posséder l'idéil, est, comme -la pénétration de l'absolu par la pensée, chose impossible. D'un autre côté, combaltre I'amoi n, de même que se dérobet à la conception de l'absolu, n'est pas moins impossible, puisque nous ne pouvons pas nous empè-
cher de trouver beau ce qui est beau, et de l'aimer; je dirai même que c'est chose immorale. Sur ce point, la religion e^l d'ac:ord avec laiaison, la théologie ascétique avec la philosophie épicurienne. Le christianisme n'a l'ait que déplacer I'a- MOCR en le rapportant à Dieu; il s'est bien gardé de le vouloir détruire. (P. J. Proudhon.)
DCCCCXLIV
L'amour ne devrait être le plaisir que dos âmes délicates. Quand je vois des hommes grossiers sa mêler d'AMOUR, je suis tenlé de dire : De quoi vous mêlez-vous? Du jeu, de la table, de l'ambition à cette canaille! (Chamforl.)
DCCCCXLV
La résistance d'une femme n'est pas toujours une preuve de sa vertu, elle l'est plus souvent de son expérience. Quiconque, parmi nous, voudra parler avec sincéi ilé, vous avouera que le premier mouvement est^ de se rendre; on ne résiste que par réflexion. La nature nous porte à I'amour, l'éducation nous en éluigne, et notre gloire consiste à combattre notre penchant. Il en est de la profession de femme vertueuse comme de toutes les autres : on ne s'y perfectionne que par riiabilude ù l'exercer. (Ninon de l'Enclos.)
DCCCCXLVl
La vraie pudeur doit seule contenir la volupté. La pudeur est une perception exquise, une partie de la sensibilité parfaite; c'est la glace des sens et le charme de I'amour.
(Sénancour.)
DCCCCXLVH
Devenir l'ami d'une femme que l'on a aimée, c'est une manière honnête de l'oublier, L'amolr qui fait place à l'amitié n'est plus de l'amour. (Mademoiselle de l'Espinasse.)
244 L'AMOUI\
DCCCCXLVIH
L'amolk ne dépend pas de rcslimc, mais, dans bien dos occaMons, Icslime dépend de I'amour. (Duc'os.)
DCCCCXLIX
Qiiiconque a aimé, siil qu'on n'aime pas pour une iicuro. Les AMOURS faciles sont pour les âmes sans \igueur. Qu'elles se vantent de leur débilité! Une âme forte, et qui se sent elle-même, îc sent immortelle, et met l'immortalité dans ses sentiments. Voilà la grandeur de I'amou», de tenir plus que t/)ute cboseà la s[)iritualité et à l'immorlalilé, de faire partie de notre destinée immortelle, non pas seulement de noire voyagea travers le monde! Un sentiment qui touclie à I'a- MOUR, qui contiibuc à le faire naître, et que l'AMOim exalte, c'est la pudeur : autre preuve de la prédominance de l'ùme dans I'amouk. La pudeur n'est pas un sentiment factice : qui oserait le croire? qui le pourrait parmi ceux qui ont aimé? La pudeur fjst une des causes de Tindissolubilité du lion conjugal; ce n'est pas la rospccler assez que de voir en elle le cbaime et la gardienne du foyer domestique. (Jules Simon.)
DCCCCL
Les cœurs qui ont le plus aimé sont ceux qui ont été peu ou mal aimés. Ce n'est pas au confident de la loi que sont réservées les délices do la Icire pi omise. (Charles Nodier.)
ncCCCLÏ
Il est aisé diniler I'amouh quand on ne le satisfait pas, et fort malaisé de ne pas l'éteindre quand on le satisfait.
(Fontenelle) DCCCCLll
Heureuse jeuncvso, heureux temps dos premiers rêves d'A-
mour! Alors l'homme ressemble à l'enfant qui, pendant ses heures de récréation, joue avec Técho, fait seul les frais de l'entrelien, et se trouve satisfait même quand la nymphe invisible ne répète que les dernières syllabes dos belles phrases qu'il lui adresse. (Goethe.)
DCCCCLIII
Personne n'a plus d'esprit que les jolies femmes, quand elles en ont un peu. Les hommes ne savent plus alors la valeur de ce qu'elles disent; en les écoutant parler, ils les regardent, et ce qu'elles disent profite de ce qu'ils voient.
(Marivaux.) DCCCCLIV
Passer de I'amour à l'amitié est chose fort rare entre les hommes et les fenmios qui se sont aimés; ce retour n'est pourtant pas absolument impossible; il ne s'agit que d'avoir un bon esprit et un bon cœur. (Sainl-Evrcmont.)
DCCCCLV
L'avenir réserve encoie à l'honrrie la plus belle des conquêtes morales : I'amolu. Quand la femme ne sera plus seulement par manière de dire, mais véritablement et selon l'esprit, la moitié de l'homme, le sentiment de I'amour, qui n'a encore été que volupté plus ou moins raffinée, ou passion plus ou moius chimérique, devicnilra, dans sa constance et sa plénitude, l'harmonie suprême di- la vie humaine.
(Oaniel Stern.) DCCCCLVl
Oui, I'amour laisse une place au devoir dans les âmes honnêtes, c'est-à-dire dans les seules qui soient capables de le sentir, car les méchants ont dus complices, mais ils n'ont 1 oint d'amis; ils ont des désirs, mais ils n'ont point d'amour.
(Mirabeau.)
DCCCCLVIl
Rien n'est plus dangereux pour une femme que les faiblesses de son amie; I'amour, déjà trop séduisant par luimême, le devient encore plus, si je l'ose dire, par contagion,
(Ninon de l'Enclos.)
DCCCCLVni
L'amour est privé de son plus grand charme quand l'honncfeté l'abandonne; ponr en sentir tout le prix, il faut que le cœur s'y complaise, et qu'il nous élève en élevant l'objet aimé. Oloz l'idée de la perfcclion, vous ôtez l'enthousiasme ; ôtez l'abîme, et I'ajiouu n'est plus rien.
(Jean-Jacques Rousseau.)
DCCCCLIX
'Celui qu'une passion idéale a saisi de bonne heure et conduit fort avant dans la virilité est devenu, par son idéalisme même, gauche et maladroit avec le sexe, dédaigneux de la galanterie où il ne réussit pa=, brusque et sarcastique avec les jol'os personnes, intraitable à l'endroit des positions mitoyennes, qu'il (lualifie, non sans raison, d'immorales. Bref, il regimbe, malgré son appétit et ses dents, contre I'amour qui le pique, l'irrite, le fait rugir comme un lion. Si parfois, l'occasion et le diable aidant, il se laisse aller, il ne rencontre que dégoût, déplaisance, remords; il se sont extravagant, ridicule; il reconnaît avec dépit la justesse de ce mot si joli ; « Laisse les fciiunes, Jean-Jacques, et étudie les mathématiques. » (P. J. Proudhon.)
DCCCCLX
Le véritable AMOLR est toujours respectueux, et plus 'm amant désire, moins il ose entreprendre. La maxime est délicate, mais je ne la crois pas absolument sûre. (Duclos.)
DCCCCLXl
L'a.mour est le plus matinal de nos sentiments. (Fontenelle.)
DCCCCXLII
--■«=Dans l'ordre élevé, la vie de l'homme est la gloire, la vie de la femme est I'amour. (Balzac.)
DCCCCLXIII
L'amour commence par l'amour, et l'on ne saurait passer de l'amitié la plus forte qu'à un amour faible. (La Bruyère.)
DCCCCLXIV
L'amour est la chaleur inépuisable qui rajeunit les êtres, 1rs fait fleurir et les revêt d'espérance; c'est l'attrait inséparable de tout signe de perfection. L'amour bien senti suppose le goût de ce qui est beau, de ce qui est honnête, sincère et généreux. (Sénancour.)
DCCCCLXV
A mesure que les sens avancent et se déchaînent dans un endroit, I'amour vrai tarit et s'en relire. Plus les sens deviennent prodigues et faciles, plus l'amour se contient, s'appauvrit ou fait l'avare. Quelquefois il s'en dédouble nettement, et, rompant tout lien avec eux, il se réfugie, se platonise et s'exalte sur un sommet inaccessible, tandis que les sens s'abandonnent dans la vallée aux courants épais des vapeurs grossières. Plus les sens alors s'acharnent à leur pâture, plus lui, par une sorte de représailles, se subtilise dans son essence. Mais cette contradiction d'activité est désastreuse. Si les sens agissent trop à l'inverse de l'amour, tout différents qu'ils sont de lui, ils le tuent d'ordinaire; en s'usant euxmêmes, ils raréfient en nous la faculté d'aimer ; car si les
sens ne sont pas du tout dans l'homme la même chose que l'amour, il y a en ce monde une alUance passagère, mais réelle, entre l'amour et les sens, pour la fin secondaire de la reproduction naturelle et l'harmonie légitime du mariage. De là, l'apparente confusion où ils s'offrent d'abord; de là au ei, dans l'excès do3 diversions sensuelles, et passé un certain terme, la ruine en nous de la puissance d'amour ; autrement, d'alliance absolue, d'identité entre eux, il n'y en a pas. (Sainte-Beuve.)
DCCCCLXVI
Tout l'art d'aimer se réduit, ce me semble, à dire exactement ce que le degré d'ivresse du moment comporte, c'està-dire, en d'autres terme?, à écouter son âme. 11 ne faut pas croire que cela soit facile; un homme qui aime vraiment, quand son amie lui dit des choses qui le rendent heureux, n'a plus la force de parler.
11 perd ainsi les actions qu'auraient fait naître ses paroles; et il vaut mieux se taire que de dire hors de temps des choses trop tendres : ce qui était bien place il y a dix secondes, ne l'est plus du tout, et fait tache en ce moment. (Stendhal).
DCCCCLXVll
Il y a des hommes que les femmes n'aiment pas, mais il y en a peu dont elles n'aiment I'amouu. (Alphonse Karr.)
DCCCCLXVllI
11 faut à l'AMorn, même idéalisi', comme à la proprit'lé et au pouvoir, comme aux idées et à la philosupliio, une loi d'équilibre, sans laquelle il dégénère fatalement ou débauche, et, au lieu de perpétuer la vie sociale, conduit la civilisation à sa perte. (P. J. Proudhon.)
DCCCCLXIX L'amour se compose d'orgueil et de tendresse. Dans la pas-
sion de l'hommo, la dose de l'un surpassant celle de l'autre, il en résulte une tendance naturelle pour les moyens violents. Le cœur de la femme, au contraire^ se nourrissant plutôt de tendresse que d'orgueil, est plus disposé à se dissoudie par les moyens de hngueur. L'amant se jette dans la tombe, l'amante y descend. Plus d'hommes se tuent par amou'*, mais beaucoup do femmîs en meurent. (Lemontey.)
DCCCCLXX
11 est si beau d'aimer et d'être aimé, que cet hymne de la \ie peut se moduler à l'infini, sins que le cœur en éprouve de lasMtude. (Madame de Stacl.)
DCCCCLXXI
L'amour a des peines cruelles sans doute, mais le cœ;ir qui ose s'en plaindre n'est pas fait pour le sentir. Non, les regrets ne sauraient germer dans celui qui a éprouvé ses délices; et lors même qu'il ne vit plus que de souvenirs, il est encore heureux. (Mirabeau.)
DCCCCLXXII
L'amoir ne me semble proprement et naturellement en sa saison qu'en l'àgc voisin à l'enfance, et la beauté non plus.
(Montaigne.)
DCCCCLXXIII
De tuut temps, les rigueurs furent l'aiguillon de I'amour. L'amant intelligent en tire de nouvelles armes; ses progrès ne sont jamais plus rapides que lorsque des obstacles ont redo'.iblé la vivacité de ses attaques. Ne dites donc jamais à une femme qti'clic a tort de vous maltraiter; ne vous plaignez point de ses rigueurs, m.ais paraissez-lui si aimable qu'elle se reproche son injustice, et qu'en voulant vous la faire oublier, elle s'en punisse elle-même. (Ninon de l'Enclos.)
no L'AMOUR
DCCCCLXXIV
En Occident, l'AMOuuest une harmonie délicale; il soutient habiluellement râmc; il est dans le. cœur comme une ccciipatiou douce^ et qui répand de la grâce sur les sensations, sur les affections, sur les rapports actifs et passifs de la vie.
Dans le Midi, I'amour est un appétit absolu, une l'ermcnlation comme la fièvre de la colère; il irrite, il excite les affections despotiques ot haineuses.
Dans le Nord, c'est une agitation modérée qui entretient la vie, qui soutient les affections aimantes.
Les peuples actifs qui luttent sans cesse contre les besoins direct'-, les hordes demi-sauvages, les peuples chasseurs, ne voient presque dans I'amour qu'une diversion, qu'un amusement; il n'a chez eux que des saisons. On s'en occupe quand on n'est occupé ni de chasser ou de se venger, ni de boire, de danser ou de fumer.
Dans les hommes, I'amour atteint la pensée, mais il est surtout dans IcsalTcctions; il lient au besoin d'éprouver de la joie et des plaisirs; c'est l'objet qu'on envisage comme propre à donner au cœur un but actuel au milieu des soucis qui reculent toujours le but de la pensée.
Dans les femmes, c'est la grande affaire de la vie. L'iiomme est en pc ssession de tou'es les autres, il n'a point laissé de but aux femmes ordinaires; elles n'ont rien à espérer que par les hommes, et rien à faire que d'espérer d'eux. (Sénancour.)
DCCCCLXXV
En AMOu%les caresses offertes réussissent rarement; et il est encore plus rare qu'on les offre quand elles méritent d'être lecherchées. (Duclos.)
DCCCCLXXVl Celui qui n'a pas goùié les plaisirs d'un chaste amour est
encore à savoirjout le bonheur que peut donner une femme.
(Voung.)
DCCCCLXXVll
Ce qui fait l'immense supe'riorité de I'amour sur tous les autres sentiments, ce qui prouve son essence divine, c'est qu'il ne naît point de l'homme même ; c'est que l'homme n'en peut disposer; c'est qu'il ne l'accorde pas plus qu'il ne l'ôte par un acte de la volonté; c'est que le cœur humain le reçoit d'en haut sans doute pour le reporter sur la créature choisie entre toutes dans les desseins du Ciel ;et quand une àme énergique l'a reçu, c'est en vain que toutes les considérations humaines élèveraient la voix pour la détruire : il subsiste seul et par sa propre puissance. (George Sand.)
DCCCCLXXYlll
Tous ces contemplatifs qui ont passé leur vie à l'étude du cœur humain en savent moins sur I'amour que la plus bornée des femmes sensibles. (Jean-Jacques Rousseau.)
DCCCCLXXIX
La constance en amour est une inconstance perpétuelle qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les q\iililés de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet. (La Rochcfuucauld.)
DCCCCLXXX
Avant tout, pensaient les anciens, l'homme^c peut vivre sans amour; sans amour, la vie est une anticipation delà mort. L'antiijiiilé est pleine de cette idée; elle a chanté et préconisé I'amouç; elle a disputé à perte de vue de sa nature comme elle a disputé du souverain bien, et plus d'une fois il lui est
2d-2 L'AMOUR
arrivé de les confondre. Avec la même puissance que ses artistes idéalisaient la forme humaine, ses philosophes et ses p( é[es idéalisèrent I'amol'k, âme de la nature, souverain des dieux et des hommes; et comme ils s'ifforçaient, par diverses méthodes d'arriver, les uns à la sagesse, les autres au honheur, ce fut encore, parmi eux, à qui découvrirait et réaliserait le parfait amour.
La recherche de l'absolu est le caractère du génie humain; c'est à cela qu'il doit ses observations et ses chefs-d'œuvre.
(i\ J. Proudhon.)
DCCCCLXXXI
Tout le monde est apprécié et payé par l'argent; la considération, le bonheur, l'amitié, la vertu même, tout cela est acheté, pa^é, jugé au poids de l'or; il n'y a qu'une seule chose qui soit au-dessus de l'opinion, qui soit restée sans lâche comme le soleil et qui en ait la chaleur, qui vivifie l'âme, qui l'éclairé, qui la soutient, qui la rend plus foile, plus grande, et cette chose, ce présent de la nature, c'est l'AMOun. (Mademoiselle de l'Espinasse.)
DCCCCLXXXI!
L'expression de I'amoup. est tellement diverse, que, si chaque couple d'amants n'a pas son semblable dans la succession des temps, il obéit néanmoins au même mode dans ses expansions. Ainsi, les jeunes tilles, même les plus ic!iL;ieuse?, emploient le même langage et r.e diffèrent que par la grâce des idées. (Balzac.)
DCCCCLXXXIII
Les femmes sont fausses, nous dit-on; non, elles le deviennent. Le don qui leur est propre est l'adresse, et non pas la fausseté. Dans les vrais penchants de leur sexe, même en mentant, elles ne sont point fausses. Pourquoi consultez-voiis
leur boucho, quand ce n'est pas elle qui doit parler? Consultez leurs yeux, leur teint, leur respiration, leur air ciuintif, leur noble résistance; voilà le langige que la nature leur donne pour vous répondre. La bouche dit toujours non, et doit le dire; mais l'accent qu'elle y joint n'est pas toujours le même, et cet accent ne sait pas mentir. La femme n'a-t-clle pas les mêmes besoins que l'iiomme, sans avoir le même droit de les témoigner? Son sort serait trop cruel, si, même dans les désirs légitimes, elle n'avait un langage équivalent à celui qu'elle n'ose tenir. JNe lui faut-il pas un art de communiquer ses penchants sans les découvrir? Combien ne lui importe-t-il pas d'apprendre à toucher le cœur de l'homme sans paraître songor à lui? Quel discours charmant, n'est-ce pas, que la personne de Galalée et sa fuite maladroite? Que faudrat-il qu'elle ajoute à cela? Ira-t-elle dire au berger qui la suit entre les saules qu'elle n'y fuit qu'à dessein de l'y attirer? Elle mentirait, pour ainsi dire; car alors elle ne l'attirerait plu?. Plus une femme a de réserve, plus elle doit avoir d'art, même avec son maii. (Jean-Jacques Rousseau.)
DCCCCLXXXIV
L'amour est une passion qui ne se soumet à rien, et à qui, au contraire, toutes choses se soumettent.
(Mademoiselle do Scndéry.)
DCCCCLXXXV
Tout le monde parle de I'amour. Chacun suppose l'avoir éprouvé, une fois au moins, en quelque rencontre de jeunesse, et se croit le droit d'affirmer dans l'âge mûr, suivant que ses souvenirs lui en ont laissé une imageriante ou fâcheuse, que I'amour est une charmante faiblesse excusnble dans les années d'inexpérience; ou bien que I'amour est une ardeur de sims aussitôt éteinte que satisfaite; ou bien encore que c'est la chimère des imaginations romanesques, et qu'on s'égare et se
perd à la poursuivre Mais la passion, la passion de I'amour, qui l'a connue? Un homme peut-être dans un siècle; et celui-là, voudra-t-il, sauia-t-il dire ce qu'il a ressenti? et s'il le dit, qui le comprendra? (Daniel Stem.)
DCCCCLXXXVl
En fait d'AMOUR, toute l'importance est dans le commencement. Le monde sait bien que celui qui fait un pas en fera davantage; il ne s'agit que de bien faire le premier.
(Fontenelle.)
DCCCCLXXXVll
Tandis que l'AMOUR-passion nous emporte au travers de tous nos intérêts, l'AMOim-goût doit toujours s'y enfermer. 11 est vrai de dire que si l'on ôte la vanité à ce pauvre amour, il en reste bien peu de chose; une fois privé de vanilé, c'est un convalescent affaibli qui peut à peine se traîner.
(Stendhal.)
DCCCCLXXXVIII
L'honneur prescrit à une femme de n'avoir qu'un amant, de se respecter en lui, d'être fidèle à ses serments, incapable de légèreté, et même, en un sens, d'inconstance. L'honneur proscrit tout plaisir auquel I'amour ne préside pas. Mais lorsque la sensiinlité aiguise les sens, pourquoi réprouverions nous tous les mouvements impétueux de la nature? Les sensations sont-elles moins son ouvrage que les sentiments ? Et ne serait-ce que pour nous livrer ces pénibles combats qu'elle aurait si inséparablement uni ces deux ressorts de l'humanité? Quand une femme honnête s'est livrée tout entière à son amant, sans doute elle a bien connu celui que I'amour lui offrait. Le don de son estime et de sa confiance a précédé celui de son cœnr. Eh bien, le jour qu'il en est possesseur, aussi bien que de tout ce qu'il prodigue, tout intérêt doit ce-
PAR LES GRANDS ECRIVAINS ibS
dor devant lui, ou plutôt se confondre avec lui. Pour deux amants, tout sacrifice est une jouissance, tout sentiment un devoir. (Mirabeau.)
DCCCGLXXXIX
Le malheur des cœurs qui ont aimé est de ne rien trouver qui remplace Tamour. (Duclos.)
DCCCCXC
Rien n'est plus contagieux que le je ne sais quoi; avant qu'on ait eu le temps de s'en défendre, il se fait sentir, et la tèle bientôt n'est plus maîtresse du cœur. (Wieland.)
DCCCCXGI
L'amour vrai commence chez la femme par expliquer tout à l'avantage de l'homme aimé. (Balzac.)
DCCCCXCIl
L'amour vil de sacrifices ! Sacrifice à la patrie, par l'accomplissement des devoirs; sacrifice à la famille, par le travail; sacrifice à la femme, par la continence. Anacréon feint dans une ode que I'amour, voulant l'éprouver, l'a sommé de le suivre ; qu'il l'a fait courir à travers les forêts, les torrents, les montagnes, et que le dieu, le voyant épuisé et hors d'haleine, l'a frappé de son aile en lui laissant pour adieu ce reproche : Tu ne peux pas aimer! Qui ne sait endurer, en elVel, ne sait pas aimer! Telle est la pensée qui ne fait que traverser le cerveau du poëte. Comment pourrait exister le sacrifice dans ceite société (la société grecque) basée sur l'esclavage, où toute liberté dégénère en tyrannie, où le travail est en horreur, où la volupté se donne pour si peu de chose?
Une autre idée, un éclair brille aux yeux d'Anacréon. 11 volait à travers l'espace porté sur des ailes, quand I'amour, avec des bottines de plomb, se met à sa poursuite et l'arrête à trois pas. Que veut dire ce songe? Les jeunes filles le fuient, les
r6i: L'A M OU K
femmes se moquent de son front dénudé, les jeunes hommes lui reprochent qu'il ne sait plus boire. S'il terminait sa carrière par un amour conslanl?... Mais ce n'est qu'un songe! Comment serait-il constant, lui, pour qui I'amour multiplie et pullule comme les têtes de l'hydre?
Sans chasteté, sans sacri!leé, sans constance, point d'AMOuu entre l'homme et la femme; l'Hyménée, ce gardien de la vie, n'est plus qu'un dieu pénible, le frère chagrin et détesté de I'amour.
Alors le cœur, de plus en plus vide, demande à la fantaisie ce que la nature lui refuse. De là, l'amour céleste des anciens philosophes. M^is, eu amour comme en toute chose, l'idéalisme c'est l'absolu tt l'absolu n'a pas de limite,
(P. J. Proudhon.)
DCCCCXCIU
L'amour, dans le mariage, serait l'accomplissement d'un beau rêve, s'il n'en était trop souvent la fin. (Alphonse Karr.)
DCCCCXCIV
L'amour aime, à première vue, une physionomie qui indique à la fois dans un homme quelque chose à respecter et à plaindre. (Sttndhal.)
DCCCCXCV
Les hommes aiment mieux les femmes qu'il faut plaindre que celles qu'il faut admirer. (Delphine de Girardin.)
DCCCCXCVI
11 le faut avouer, I'amol'h est un grand maître : Ce qu'on ne fut jamais , il nous enseigne à l'être ; Et souvent de nos mœurs l'absolu changement Devient, par ses leçons, l'ouvrage d'un moment. De la nature en nous il force les obstacles , Et ses effets soudains ont de l'air des miracles. D'un avare à l'instant il fait un libéral. Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal ;
Il rend agile à tiut l'àmc la plus posante, El donne de l'esprit à la plus innocente 1
(Molière.)
DCCCCXCVIl
L'homme el la femme qui s'aiment d'une passion vérilalile ont en eux le fo^er de la vie idéale. De l'union de leurs inslmcls, de leurs pensées, naît ce qu'on peut appeler le sens divin des choses, et c'est ce qui les tient si fortement unis; car chacun d'eux sait Lien que, séparé de l'être qui le complète, il perdrait aussitôt ce don suprême, cette ^ràce surnaturelle sans laquelle il ne samait pas vivre. N'attendez de tels a:nants ni lassitude ni dégoût. Ils ne connaissent point la satiété qui met sitôt Un aux plaisirs des amants vulgaires. Pour eux la défaillance des sens est une volupté supérieure, .parce qu'alors, affranchies des liens de la chair, leurs âmes se cherchent et se confondent dans une incfiable paix. Naïfs comme des enfants, car la passion ramène aux énergiques simplicités de la nature, ils se complaisent dins leur mutud'e bjauté; leur sourire est un grand enchanteur qui transforme le monde. Tout en eux el autour d'eux suit un rhythme si facile cl s'ordonne en une si douce harmonie, qu'ils se demandont surpris l'un à l'autre, pourquoi donc tous les hommes ne goûlent-ils point des félicités pareilles. Et comme ils sont compat.ssants! comme ils plaignent les maux, les erreurs, et SIM fout les plaisirs de ceux qui n'aiment point! Ils sentent eu leur cœur une source de joies inépuisables qu'ils voudraient répandre sur l'humanité tout entière. (Daniel Sîern.)
DCCCCXCVJii
En AMOUR, le goût des meilleurs choses change a-anl qu'elles aient changé. (Saiul-Évremonl.)
DCCCCXCIX Lorsque les araanls se demandent une sincérité réciproque
pour savoir l'un de l'autre quand ils cessent de s'aimer, c'est bien moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus que pour être assurés qu'on les aime lorsqu'on ne dit point le contraire. (Fontenelle.)
On évite avec un^soin infini d'avertir les femmes, de leur laisser même pressentir qu'elles seront attaquées par les sens, et que ce seront là les attaques les plus dangereuses pour elles. On leur parle toujours dans la supposition qu'elles sont de purs esprits, et le malheur est qu'on ne peut guère faire au- Iremeni. Qu'arrivc-t-il de là? Comme elles ne se sont jamais défiées que leur ennemi le plus redoutable ét.ut celui dont on ne leur avait point parlé, elles se trouvent sans défense... Ce n'est pas des hommes qu'il faudrait faire peur aux femmes,mais d'elles-mêmes. Que pourrait un amant si la belle qu'il attaque n'était pas séduite d'abord par ses propres désirs?
(Ninon de l'Enclos.)
MI
Le don de leurs faveurs coûte peut-être moins aux femmes que l'aveu de leur passion. (L'abbé Prévost.)
Mil
Il n'y a rien de si ditlérent que l'homme du monde et l'homme de I'amour. (Balzac.)
MIII
Le plus beau privilège de I'amolu est de nous transformer tout à fait... Je veux dire que I'amouk nous change, nous moditie [dus que nous ne saurions l'imaginei'; j'entends surtout qu'il développe grandement en nous ce (jui est bon et enlève ce qui est mauvais. (Jules Noriac.)
MIV
Tous les hommes ïont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées. Le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a au monde une chose sainte et sublime : c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime. Et, quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit: «J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois; mais j'ai aimé. C'ejt moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
(Alfred de Musset.)
MV
Quand on aime, I'amour ferme notre cœur à tous les plaisirs qu'il ne donne pas. (Madame Riccoboni.)
MVI
Le sentiment le plus passionné ne saurait lutter contre l'ordre des choses. La société est Irop puissante, elle se reproduit sous trop de formes, elle mêle tt'op d'amertume à I'amour qu'elle n'a pas sanctionné. (Benjamin Constant.)
MVII
Comment y a-t-il dans le monde des hommes assez vils pour acheter de la misère un prix que le cœur seul doit payer, et recevoir d'une bouche affamée les tendres baisers de I'amour? Loin que I'amour soit à vendre, l'argent le tue infailliblement. Quiconque paye, fùt-il le plus aimable des hommes, par cela seul qu'il paye, ne peut être longtemps
aimé. Bientôt il payera pour un autre, ou plutôt cet autre sera payé de son argent ; et dans ce double lien formé par l'intérêt, par la débauche, sans amour, sans iionneur, sans vrai plaisir, la femme avide, infidèle et misérable, traitée par le vil qui reçoit comme elle traite le sot qui donne, reste ainsi quitte envers tous deux. Périsse l'homme indigne qui marchande un cœur et rend l'amour mercenaire ! (l'est lui qui couvre la terre des crimes que la débauche y fait commettre. Commoiit ne serait-elle pas toujouis à vendre celle qui se laisse acheter une fois? Et dans l'opprobre où bienlôt elle tombe, lequel est l'auteur de sa misère, du brûlai (jui la maltraite en un mauvais lieu, ou du séducteur qui l'y traîne, en mettant le premier ses laveurs à prix?
(Jean-Jacques Rousseau.)
MVIII
Les belles du sérail ont un amant qui n'a qu'à d'rj : « Je le veux! » et aussitôt elles lui obéissent; mais elles ne goûtent point le plaisir de la résistance, et elles ne lui fournissent jamais le plaisir de la victoire. C'est-à-Jire que tous les agréments de I'amour, que mon jardinier goûte avec sa maîtresse, sont perdus pour le Grand-Seigneur et ses sultanes.
(Fontenelle.)