CLXXXVII
Tout art, surtout dans ses hauteurs, se confond avec Ta- MOUR, — ou avec la religion, qui est de Tamour encore.
(Michelet).
CLxxxvin
Horreur de la destinée des femmes ! Privées de tous les moyens d'action que possèdent les hommes, elles doivent attendre quand elles aiment. Aller au-devant de son aimé est une faute que peu savent pardonner : la plupart d'entre eux voient une dégradation dans celte céleste flatterie; mais les âmes grandes, non! (Balzac.)
L'amour est un commerce orageux, qui tinit toujours par une banqueroute ; et c'est la personne à qui on fait banqueroute qui est déshonorée. (Champl'ort.)
CXG
Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu'éperdument j car il faut que ce soit ou par une étrange faiblesse de son amant, ou par de plus socrels et plus invincibles charmes que ceux de la beauté. (Alphonse Karr.)
L'amour est un état de guerre continuelle; c'est pour cela sans doute que les termes qui sont le plus en rapport avec lui sont tous militaires : amour vainqueur, amour vaincu, AMOUR invincible, conquête des cœars, cœurs indomptés, subjuguer un cœur, etc., etc. (Madame Necker.)
Pour la plupart des hommes, les premières émotions de I'amour ne sont qu'une rude e'preuve, qui, après quelques mesquines jouissances, les réduisent à renoncer à leurs plus louables désirs, et à regarder comme impossible la plus grande des félicités. (Goethe.)
L'amour est une fleur si délicate, que le moindre souffle étranger la détruit; et je ne croirai jamais qu'une femme capable de voir avec plaisir les hommes, et d'entendre sans répugnance leur jargon et leurs fadeurs, le soit d'aimer constamment et tendrement. (Mirabeau.)
L'homme est tellement créé pour I'amour qu'il ne se sent homme que du jour où il a la conscience d'aimer pleinement. Jusque-là, il cherche, il s'inquiète^ il s'agite, il erre dans ses pensées. De ce moment, il s'arrête, il se repose, U est au fond de sa destinée. (Lamartine.)
Si I'amour n'était l'état parfait de l'être, le point culminant de la sagesse, pourquoi le sage regretterait-il I'amour?
(Alphonse Toussenel.)
CXGVl
Il y a un plaisir délicieux à serrer dans ses bras une femme qui vous a fait beaucoup de mal, qui a été votre cruelle ennemie pendant longtemps et qui est prête à l'être encore, — Bonheur des ofûciers français en Espagne en 1812.
( Stendhal. )
L'amour en lui-même est-il un crime? N'est-il pas le plus pur ainsi que le plus doux penchant de la nature? N'a-t-il
pas une fin bonne et louable? Ne dédaigne-t-il pas les âmes basses et rampantes? N'aime-t-il pas les âmes grandes et fortes? N'ennoblit-il pas tous leurs sentiments? Ne double-t-il pas leur être? Ne les élève-t-il pas au-dessus d'elles-mêmes? Ah ! si pour être honnête et sage il faut être inaccessible à ses traits, que reste-t-il pour la vertu sur la terre? Le rebut de la nature et les plus vils des mortels. (J.-J. Rousseau,)
L'amour a si bien la conscience de son peu de durée, qu'on éprouve un invincible besoin de se demander : M'aimes-tu? m'aiineras-tu toujours? (Balzac.)
Rien n'est motivé dans I'amour ; il semble que ce soit une puissance divine qui pense et sent en nous, sans que nous puissions influer sur elle. (Madame de Staël.)
ce
L' AMOUR est spiritualiste, et dans tout ce que demande la vie de l'objet aimé, il ne voit rien que l'esprit. Lés nobles et hauts résultats que ces humbles soins obtiennent, les élèvent, les ennoblissent, et les rendent chers et doux. (Michelet.)
Nous naissons avec un caractère d'AMouR dans nos cœurs, qui se développe à mesure que l'esprit se perfectionne, et qui nous porte à aimer ce qui nous paraît beau, sans que l'on nous ait jamais dit ce que c'est. Qui doute après cela si nous sommes au monde pour autre chose que pour aimer?
En efTet, on a beau se cacher, l'on aime toujours. Dans les choses mêmes d'où il semble que l'on ait séparé I'amolr, il s'y trouve secrètement ot eu cachette, et il n'est pas possible que l'homme puisse vivre un mouicnl sans cela. (Pascal.)
S6 L'AMOUB
On peut aimer sans être heureuse; on peut être heureuse sans aimer; mais, aimer et avoir du bonheur, c'est un prodige.
( Balzac. )
Pourquoi tous les amours, mêm^les plus délicats, finissentils ? — C'est qu'on s'imagine y goûter des plaisirs qu'on n'y trouve pas ; c'est que, chez presque tous les mortels, l'imagination est plus active que le cœur n'est sensible.
( Mirabeau. )
Je ne comprends pas qu'on ose dire quel'AMOUR rend aveugle, quand il est prouvé au contraire par l'expérience universelle des siècles que I'amour fait découvrir à chaque instant chez l'être aimé une foule de perfections adorables, invisibles a l'œil nu pour tout autre que pour l'amouroux.
(Alphonse Toussenel.)
Une femme ne peut pas aimer d'AMOUR un homme qu'elle sent inférieur à elle ; I'amour sans vénération et sans enthousiasme n'est plus que de l'amitié. (George Sand.)
Les femmes croient souvent aimer, encore qu'elle n'aiment pas; l'occupation d'une intrigue, l'émotion d'esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d'être aimées et la peine de refuser, leur persuadent qu'elles ont de la passion lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie.
(La Rochefoucauld.)
L'amour ne peut vivre que par la souffrance ; il cesse avec le bonheur; car l'amour heureux, c'est la perfection des plus
beaux rêves, et toute chose pai faite, où près de l'être, touche à sa Gn. (Madame de Girardin.)
L'amour est, sans nul doute, une flamme, un désir, un pa radis qu'on peut trouver partout. Mais, c'est aussi une culture. Il veut un peu de temps, quelque recueillement, pour qu'on puisse se connaître, se comprendre, et doucemeii', jour par jour, entrer d'un degré de plus dans la pénétration de l'âme. (Michelet.)
En AMOUR, tout est vrai, tout est faux ; et c'est la seule chose sur laquelle on ne puisse pas dire une absurdité.
( Chamfort).
Je ne sais qui a pu mêler Pallas et les Muses avec Vénus et les refroidir envers I'Amour; mais je ne vois aucunes déilés qui s'adviennent mieux, ni qui s'entre-doivent plus. Qui ôtera aux Muses les imaginations amoureuses, leur dérobera le plus bel entretien qu'elles aient, et la plus noble matière de leur ouvrage ; et qui fera perdre à I'Amour la communication et service de la poésie, l'aflaiblira de ses meilleures armes.
(Montaigne).
Si le pinceau avait à mettre en opposition le puissant amoup. et le triste péché, celui-ci serait vêtu indécemment et le premier serait nu. ( Sénancour ).
Les âmes propres à l'AMoun demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette manière de vivre est un délicieux acheminement à la passion.
C'est de là que ceux de la cour sont mieux reçus dans Tamour que ceux de la ville, parce que les uns sont tout de feu, et que les autres aiment une vie dont l'uniformité n'a rien qui frappe. La vie de tempête surprend, frappe et pénètre. (Pascal.)
11 est triste d'aimer sans une grande fortune, et qui nous donne les moyens de combler ce que l'on aime, et de le rendre si heureux, qu'il n'ait plus de souhaits à faire. (La Bruyère.)
Il est un temps de délicieuse niaiserie pendant lequel toutes les femmes sont des Virginics que nous aimons vertueusement, comme aimait Paul. Nous apercevons plus tard une infinité de naufrages où, comme dans Tœuvje de Bernardin de Saint-Pierre, nos illusions se noient, et nous n'amenons qu'un cadavre sur la grève. ( Balzac.)
C'est une fièvre et une furieuse passion que I'amour charnel, et très-dangereuse à qui s'y laisse transporter; car où en est-il? 11 n'est plus à soij son corps aura mille peines à chercher le plaisir; son esprit mille gênes à servir son désir; le désir croissant deviendra fureur. Comme elle est naturelle, aussi est-elle violente et commune à tous en son action, et apparie les fous et les sages, les hommes et les bêtes; elle
'' abêtit et abrutit toute sagesse, résolution, prudence, contemplation et toute opération de 1 ame. De là Alexandre connais-
- sait qu'il était mortel, cormne aussi du dormir; car tous deux suppriment les qualités de l'âme. (Charron.)
Le véritable devoir de I'amour est d'inspirer de l'ardeur, du zèle, du courage. Animé par un mobile si puissant, on se surpasse soi-même. (Mirabeau.)
PAR LES GRANDS ÉCRIVAINS 3ii
Ce n'est pas l'argent, c'est I'amour qui fait et refait le monde, qui doue l'homme et qui l'ingénié. (Micheiet.)
Comme on n'est jamais en liberté d'aimer ou de cesser d'aimer, l'amant ne peut pas se plaindre avec justice de l'incon-" stance de sa maîtresse, ni elle de la légèreté. de son amant.
(La Rociiefoucauld.)
La netteté d'esprit cause aussi la netteté de la passion; c'est pourquoi un esprit grand et net aime avec ardeur, et il voit distinctement ce qu'il aime. (Pascal.)
Les froideurs et les relâcheraenls dans Tamour ont leurs causes; en amolt,, il n'y a guère d'autre raison de ne s'aimer plus que de s'être trop aimés. (La Bruyère.)
L'amour est régi par un code qui semble reposer, comme les codes sociaux, sur cette terrible formule : Nul n'est censé ignorer la loi! Tant pis pour ceux qui l'ignorent, en effet I Que l'enfant se jette dans les griffes de la panthère, croyant pouvoir la caresser; la pantlière ne tiendra compte de celle innocence : elle dévorera l'enfant, parce qu'il ne dépend pas d'elle de l'épargner. Ainsi des poisons, ainsi de la foudre, ainsi du vice, agents aveugles de la loi fatale que l'homme doit connaître ou svbir. (George Sand.)
L'amour a horreur de tout ce qui n'est pas lui-même.
(Balzac.)
40 L'AMOUU
ccxxm
La femme est plutôt faite pour être aimée que pour aimer, à l'exemple des (leurs, qui ne sentent rien de leur parfum, mais qui le donnent à sentir aux autres. Les femmes sont de vraies fleurs d'AMouR. (Alphonse Esquiros.)
L'amour pénètre dans les lieux mêmes où les loups n'oseraient aller chercher leur proie; et, lorsque celui qui aime sait oser, il serait bien difficile qu'il aimât sans succès.
(Lord Byron.)
L'amour, simple besoin des sens pour les êtres inférieurs, e -t pour les êtres supérieurs la création morale la plus immense et la plus attachante. (Balzac.)
Le? nouvelles amours sont comme les jeunes oiseaux, qui n' u t besoin que d'être couvés d'une chaleur douce; mais, plus tard, il leur faut de la nourriture. (Jean-Paul.)
Sans s'en douter, un homme vraiment touché dit des choses charmantes; il parle une langue qu'il ne sait pas. (Stendhal.)