LE QUATORZIEME
vilain paresseux. . . que vous ne vouliez pas penser au lendemain. . .
— C'est vrai... et ça ne m'a pas réussi... Je n'avais que mon nom à mettre en banque... et quel nom déjà mangé aux vers... J'ai essayé de tout, à Paris et ailleurs... Et voilà où j'en suis... Quatorzième aujourd'hui à l'Impérial Palace, le vivre, le couvert et quinze louis par mois... Tandis que vous...
— Moi, j'ai épousé à Monte-Carlo un Américain, un drôle de type, qui m'avait manqué de respect et que j'avais souffleté... pan, pan... à la française... Six semaines après, j'étais veuve... Un accident de chemin de fer... Depuis, je cherche, j'hésite, je m'ennuie, je cours le monde, je m'efforce de faire rapporter de la joie à mes milHons... Et ce n'est pas facile, va...
— Crois-tu? »
Ils se tutoyaient à nouveau, ils se frôlaient, confiants, radieux.
La sonnerie du téléphone les interrompit.
« Ah 1 Que me veut-on encore .►^ gémit Mrs Henderson Gloves. Allô! Allôl... Vrai-
LEQUATORZIKME Il3
ment... vous aussi... la grippe, l'affreuse grippe... soignez-vous bien, chère belle... J'irai vous voir bientôt ! »
Elle se tourna vers son ami, moqueuse.
(( Plus besoin de vous, m'sieur, on n'est plus que douze... M"" d'Autheuilles se dérobe... »
Et elle ajouta en lui oflrant son front et ses yeux :
(( Mais je t'invite pour demain... pour aprèsdemain... pour toujours, Géorgie... oii tu voudras I ))
L'Éclat de Rire
Pour Raoul Fabvier.
L'Éclat de Rire
... Vous auriez parié n'importe quoi qu'Hubert de Lansade terminerait ses jours dans la peau d'un vieux garçon. Il n'avait pas d'entrave. Il ne recherchait les femmes que pour s'en amuser. Il éludait de son mieux les fortes secousses, les aventures compliquées qui peuvent vous mener plus loin qu'on ne le souhaiterait, les essais dangereux où le cœur risque de se laisser émouvoir et de se donner. Il semblait incapable de supporter que quelqu'un lui fît la loi, même avec de jolis gestes légers, pénétrât dans le jardin tranquille et charmant qu'était sa vie. Sain de corps et d'esprit, venu au monde avec une centaine de mille francs de rentes et ayant su les défendre, entraîné autant
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qu'averti, il se serait gardé de demander au Destin un supplément de bonheur.
Malheureusement, sybarite excessif qui s'attarde trop volontiers à table et ne dépense pas ses forces, il commença, aux approches de la cinquantaine, à s'empâter et à prendre du ventre.
Cela le rendit soucieux.
Un médecin notoire acheva de l'angoisser.
(( Marchez, mon ami, vaticina-t-il, marchez des heures et des heures, chaque jour, jusqu'à ce que vous soyez rendu... Brûlez cette graisse malsaine, dérouillez ces muscles qui fonctionnent d'une façon déplorable... Sinon vous serez, à brève échéance, le monsieur poussif et infirme qui a l'air d'un tonneau mal cerclé, le goutteux obèse qu'attend la petite voiture ! »
Qui n'aurait été apeuré par ce glas lugubre.^ Qui ne se serait empressé de se soumettre à ce conseil brutal de docteur Tant-Pis. ►^
Quoiqu'il lui en coûtât de bouleverser son trantran accoutumé, de déambuler, droit devant soi, par la ville, l'inactif entreprit bientôt le traitement salutaire, se transforma progressivement en champion de « footing ».