L'amour pur offert à tous [microforme]
la communion de chaque jour, il faut rappeler souvent aux âmes que les voies de l’amour de Dieu sont ouvertes à tous et que la seule condition pour y entrer et y progresser est d’avoir une bonne volonté. Les âmes ferventes peuvent donc tendre vers la perfection du terme de leur voie, qui est le contemplation. Dieu n'exclut personne et les sommets de la perfection sont accessibles à tous ; ils constituent un jardin ouvert où chacun peut aspirer à y occuper une place.
Nous voudrions, dans les Pages qui suivent, faire comprendre à la masse des fidèles que la pratique de l’amour pur (ou de la contrition parfaite) ne requiert pas une piété excessive et n’est pas réservée à un petit nombre d’âmes privilégiées, mais qu’elle doit être regardée comme une chose relativement facile, offerte à tous les chrétiens, quelles que soient leurs conditions de vie. Aimer Dieu d’un amour parfait
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n’est guère plus diffcile que d’aller communier chaque matin. Ces deux pratiques vont très bien ensemble, car la communion de chaque Jour nous a été donnée par Notre-Seigneur comme le moyen le plus efficace pour vivre en état de grâce et croître sans cesse dans l’amour parfait.
De plus c’est la volonté de Dieu que l’homme vive continuellement en état de grâce. Pour ceux qui ont eu le malheur de perdre cet état et qui veulent le recouvrer il y a deux moyens à employer : le sacrement de Pénitence avec, au moins, l’attrition, et la contrition par-faite avec le désir de se confesser. S’approcher du tribunal de la Pénitence n’est pas tou- Jours facile, mais faire un acte de contrition parfaite est toujours relativement facile. D'où il suit qu® ceux qui vivent des jours et des semaines en état de péché mortel, n’ont pas d’excuse à présenter, comme serait, par exemple, la quasi impossibilité de se confesser. Ils peuvent toujours reconquérir l’amitié de Dieu en faisant un acte d’amour parfait ou de contrition parfaite.
Comme il importe beaucoup de bien instruire les fidèles sur cette question de l’acte d’amour parfait et sur l’usage qu'ils ne peuvent et doivent faire, nous avons cru que, sous ce rapport, les pages qui suivent ne seront pas inutiles. ÆEssayons d'exposer tout d’abord la nature de l’acte d’amour parfait.
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Amour parfait et Contrition parfaite
NATURE.—L’amour parfait consiste à appliquer son intelligence à considérer Dieu en luimême et à aimer Dieu pour lui-même et pardessus toute chose. L'amour imparfait consiste à aimer Diew à cause des châtiments ou des récompenses.
Aimer Dieu parfaitement c’est l’aimer de telle sorte que, dans l’appréciation qu'on fait de lui par l'intelligence est véritablement, le Bien Suprême volcnté on lui donn
dessus de tous les a
à à sacrifier tous ses biens.
Aimer Dieu par-dessus tout, c’est donc essentiellement faire un acte de volonté.
Peu importe qu’une impression intérieure accompagne ou n’accompagne pas cet acte. Le cœur restât-il sec, l’âme demeurât-elle absolument aride, si l’acte de volonté est fait, malgré cette sécheresse, malgré cette aridité, l’acte d’amour est indubitablement accompli.
Il en est de même pour la contrition.
D'après le
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Ces trois parties de la contrition consistent essentiellement, toutes les trois, en des actes de volonté, et rien de plus.
C’est par un acte de volonté en effet que l’âme aidée de la grâce regrette et s’afflige d’avoir commis le péché. C’est par un acte de volonté encore plus qu’elle le déteste, qu’elle le rétracte autant qu’elle le peut, qu’elle voudrait ne pas l'avoir commis. C’est par un acte de volonté enfin qu’elle prend la résolution de ne plus le commettre à l’avenir.
En faisant ces actes, elle ne sentira peutêtre pas la moindre douleur sensible, elle demeurera froide comme le marbre, dure comme l’acier. Il n’en sera pas moins vrai que son acte de contrition parfaite aura été fait, qu'il sera accepté de Dieu ; car, pas plus pour la contrition ou l’attrition que pour la charité parfaite ou imparfaite, la vivacité des sentiments, la violence sensible de la douleur ne font partie de la substance de l’acte, qui sans elles peut par conséquent très bien exister.
Le feuillage, les fleurs, les fruits, ne sont pas indispensables à la vie de l’arbre. Cette vie peut exister sans eux. Sous le ciel plombé de l'hiver, avec ses branches tordues complètement. dénudées, le chêne semble mort à tout jamais. Et cependant sous l’épaisseur de la rude écorce, la sève circule dans les vaisseaux. Il vit, sans qu’à l’extérieur, rien ne décèle cette vie à nos yeux.
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De même, insensible en apparence, desséchée, semble-t-il, jusqu’à la dernière fibre, l’âmeée n’en vit pas moins bien souvent. En vivant, elle peut produire des actes de volonté : cela suffit pour qu'avec la grâce elle puisse mériter devant son Dieu.
Comprenons-bien les réponses aux trois questions suivantes.
a) Pour aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et par-dessus toute chose, est-il nécessaire de l’aimer autant qu'il peut être aimé d’une manière absolue ? Est-il nécessaire, par conséquent, de l’aimer d’un amour qui rénonde entièrement à ses perfections infinies ?
Evidemment non : car il n'y a que Dieu qui puisse s’aimer d’un pareil amour, puisque cet amour est un amour sans mesure, comme sans mesure et sans fond est l’océan de ses divines perfections.
b) Faut-il encore aimer Dieu autant qu'il peut être aimé par une créature, c’est-à-dire d’une part l’aimer avec toute l’intensité, toute la ferveur dont nous sommes susceptibles, et de l’autre l’aimer toujours, à chaque minute, sans interruption aucune ?
Non encore, très certainement ; Car d’un tel amour, seuls, les Bienheureux sont capables.
Cet amour n’apportient pas à la terre : c’est l’amour du ciel. Ici-bas, nous ne pouvons pas y prétendre (S. Th. 2a 2æ, q, 44. a. 4. ad 2).
€) Aurons-nous du moins l'obligation d’aimer Dieu avec toute la ferveur, toute l'intensité
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dont nous rendront capables la grâce sanctifiante et les grâces actuelles reçues par nous ?
Pas davantage, car dit Saint Thomas, celui qui atteint en quelque manière que ce soit à la perfection de l’amour divin, évite la transgression du précepte. Or le degré infime de l’amour divin consiste en ce que rien ne soit aimé plus que Dieu, ou contre lui, ou autant que lui (2a 2æ, q. 184, a, 3 ad 2 um). Ailleurs, le saint Docteur dit que la douleur d’avoir offensé Dieu, quelque petite qu’elle soit, pourvu qu’elle atteigne la nature de la contrition, suffit pour détruire le péché (Sup., q. 5. a. 3).
Donc aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, par-dessus toute chose, ce n’est pas nécessairement l’aimer avec une ferveur plus ou moins intense, d’une manière plus ou moins sentie, par exemple en se rendant bien compte qu'on l’aime plus que sa famille ou que ses amis—car la ferveur, la vivacité de l’impression n’appartiennent pas à la substance de l’acte d’amour ni de l’acte de contrition. Elles n’en sont qu’une perfection accidentelle et, si désirables qu’elles puissent être, puisqu elles rendenr ces actes plus :.-solants et plus doux, cependant elles n’y sont ,s indispensables du tout.
Nous dirons encore qu’aimer Dieu de tout ” son cœur, de toute son âme, et par-dessus toute chose, où aimer Dieu parfaitement, c’est faire un acte d'amour, d’amitié par lequel nous détestons plus que tous les maux le péché mortel, en
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tant qu'offense grave de Dieu et incompatible comme tel avec l’amitié qui doit nous unir à Dieu.
Cet acte d’amour parfait de Dieu n’est pas une simple velléité, ne consiste pas en une bienveillance plus ou moins vague ; c’est un acte robuste opposant efficacement tant qu'il dure un obstacle absolu à toute infraction grave et délibérée à ses commandements, un acte donnant par là-même définitivement au Seigneur la seule place qui lui convienne en notre cœur, c’est-àdire la première.
Fausses Doctrines
Arrière done les doctrines outrées exigeant pour cet acte une intensité supérieure ou même égale à celle de nos actes d’amour pour les biens créés. L’intensité de nos actes d amour ne relève pas toujours de notre liberté et n’implique par elle-même aucune comparaison entre les objets aimés. Un homme altéré désire avec plus d’intensité un verre d’eau froide qu’un rouleau d’or et néanmoins si on lui imposait le choix, il opterait pour le rouleau d’or. L'intensité ;2 nos actes d’amour relève de nos disposition, organiques, du mode d’appréhension, par lequel nous saisissons l’objet aimé, de l'impression passive qu'il fait sur nous. Il nous serait souvent fort impossible d’aimer Dieu pour lui-même et pardessus tout s’il était nécessaire pour cela de l’aimer avec plus d’intensité, avec plus d’ar-
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deur que les biens créés. Or comme l’acte parfait d’amour de Dieu nous est imposé d’une manière absolue et indépendamment des circonstances diverses où nous nous trouvons, il faut en conclure qu’il n’est pas essentiel pour émettre cet acte, d’aimer Dieu avec plus d'intensité ou même avec autant d'intensité que les divers biens créés auxquels notre cœur peut être attaché.
Pour aimer Dieu par-dessus tout comme nous devons l’aimer, il faut et il suffit de puiser dans l’amour désintéressé des perfections divines,
l’énergie suffisante pour préférer réellement le bien de Dien à tous les biens créés, pour détester le péché mortel en tant qu'’offense de Dieu pardessus tous les maux.
Le ferme propos
Mais, il y a bien des manières de détester le péché mortel en tant qu’offense de Dieu pardessus tous les maux. La haine du péché mortel en tant qu'’offense de Dieu par-dessus tout les maux n'implique nullement, par exemple, dans notre volonté la force suffisante pour supporter actuellement tous les maux, les peines de l’enfer elles-mêmes, plutôt que de commettre le péché mortel. Ecoutez à cet égard ce que dit. Molina : ‘‘Il n’est pas nécessaire d’avoir un amour parfait de Dieu tellement énergique qu’il en résulterait la force suffisante pour repousser les tentations les plus redoutables si elles se présentaient en ce moment ; Car, le sentiment
des théologiens affirme le contraire, et, s’il en était autrement, si un tel ferme propos était nécessaire, il y en aurait bien peu ou même il n’y en aurait pas qui possèderaient une vraie coutrition ou attrition de leurs péchés. Celui qui affirmerait la nécessité d’un tel fermé propos rétrécirait par trop la porte de salut et troublerait l’Eglise de Dieu par de graves scrupules. Il suffit de dire : avec l’aide de Dieu, je suis résolu à ne plus offenser Dieu mortellement, et une telle résolution, en l'absence des objets de scandales et des occasions de péché, n’est certainement pas très difficile. Il est même facile de prendre la résolution de ne plus pécher mortellement et cette résolution suffit pour la contrition et l’attrition.
Nous n’avons done pas à nous préoccuper des luttes éventuelles et futures auxquelles nous pourrions être exposés pour demeurer dans l’amour de Dieu. Il nous suffit de dire, comme le conseille Molina : ‘‘ Je suis résolu avec l’aide de Dieu à ne plus l’offenser mortellement,” qu avec saint Paul : ‘Je puis tout en celui qui me fortifie (Philip. IV, 13)’ Dieu donne sa grâce dans les circonstances réelles et non dans les circonstances imaginaires.
De plus, il n’est même pas nécessaire de comparer le péché mortel en tant qu'offense de Dieu avec chacun des maux en particulier que nous devons lui préférer, le suppliee de feu, par exemple, ou la mort, ou l'enfer. Il faut même se garder de faire de semblables comparaisons
explicites et formelles, parce que ces comparaisons ne sont pas sans danger. Il est bien moins difficile en effet de détester le péché mortel en tant qu'offense de Dieu par-dessus tous les maux en général, sans le comparer à aucun en particulier, que de le détester comme il doit l’être en faisant de semblables comparaisons. Cela vient de ce que l'imagination et l’appétit sensitif n’interviennent pas dans le premier cas et interviennent dans le second, où le jugement de la raison et le libre choix de la volonté sont entravés par l'influence de ces puissances inférieures. C’est pour cela qu’un mal actuel et présent nous inspire plus de répugnance qu’un mal futur. C’est pour cela encore qu’un homme désintéressé dans une affaire Juge plus exactement que les intéressés eux-mêmes sur telle ou telle décision à prendre. La passion trouble le jugement et entrave le pur mouvement de la volonté vers le bien intelligible.
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Pour aimer Dieu pour lui-même et pardessus tout, il suffit donc de puiser dans l’amour désintéressé des perfections divines la haine du péché mortel en tant qu’offense de Dieu pardessus tous les maux d’une manière générale, mais sans avoir à faire pour cela aucune comparaison particulière, et la force suffisante pourobéir à tous les commandements divins qui nous obligent au moment de l’émission de cet acte. Ecoutez à ce sujet Eegidius de Coninck : EH suffit, d'émettre simplement le ferme propos de tout perdre plutôt que d’offenser Dieu mortel-
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lement sans comparer le péché mortel à aucun mal isolement, ou la résolution de plaire à Dieu en toutes choses, d'éviter tous les péchés mortels parce qu'ils déplaisent à Dieu ou plus simplement encore de faire un acte d’amour de Dieu en raison de ses perfections infinies d’où résulterait immédiatement la résolution précédente si on songeait à la prendre.
Les trois degrés de l’amour parfait et de la contrition parfaite
1ER DEGRÉ.—Par pur amour pour Dieu considéré dans ses perfections infinies, nous voulons, quoi qu’il en coûte, éviter le péché mortel.—Ou bien on se repent de ses fautes en considération de la bonté infinie de Dieu toute seule, et on ne veut plus jamais pécher. |
2E DEGRÉ.—Par amour de Dieu considéré en lui-même, nous voulons à tout prix éviter même le péché véniel.—Ou bien on déteste ses égarement par pur amour et, de plus, l’on veut rompre avec le péché véniel, opposé à la sainteté infinie de Dieu. |
3E DEGRÉ.—Par pur amour on veut sacrifier tous les biens de ce monde et accepter toutes les souffrances, plutôt que d’omettre ce qui est le plus agréable à Dieu. L'âme ne se. demande. pas s’il y aurait faute vénielle à agir ainsi, I! suffit de constater que cela plaît devantage à Jésus, pour qu’elle se conforme à lui immédiatement, quoi qu'il Ini en puisse coûter.—Oun bien
la, Contrition ést si ardente qu’on brûle d'en: brâässer pour ‘Dieu tous les sacrifices et toutes les souffrähces, ‘même lorsqu'il n‘y aurait pas la: plus petité imperfection à s’y dérober. 1 +. SE ue degré, qui n'implique pas absoluinent que noûs n’ayons plus aucune attache, aucune affection au péché véniel suffit pour constituer l’acte d’amour parfait et produire dans l’âme tous les fruits surnaturels dont nous parlons plus bas. Par la prière tous les chrétiens peuvent atteindre ce premier degré.
«« Le, second degré de la charité parfaite, qui nous fait fuir le péché véniel parce qu'il déplaît à Dieu, doit être l’objet de nos efforts, et il ne faut pas croire qu’il est bien difficile de l’atteindre. On dit souvent qu'il est difficile de gagner une indulgence plénière dans toute son amplitude.(1) C'est plutôt le contraire qu’il faut dire. En effet, pour gagner une telle indulgence il suffit d'accomplir les œuvres prescrites et de n'avoir aucune affection au péché véniel. Or il faut remarquer soigneusement qu'autre chose est de tomber dans le péché véniel, autre chose est d’y être attaché. Dans le premier cas, c’est ur acte, dans le second, c’est un état d’âme. On peut vouloir sincèrement ne pas commettre le péché véniel parce qu'il déplaît à Dieu, partant Sagnér une indulgence plénière, et cependant commettre le péché véniel dans l'instant qui suit.