LA TASSE DE CHINE
C'est une petite tasse en porcelaine de Chine, toute petite et si légère, ah ! si légère î Tulipe me baiserait si je la lui donnais, la petite tasse en porcelaine de Chine qui décore ma cheminée.
Des mandarins prennent le thé dans des kiosques multicolores; des papillons d'azur, à travers le ciel blanc^ s^envolent vers des floraisons prodigieuses ; c'est une petite tasse en porcelaine de Chine.
Il faut que j'y tienne beaucoup pour la refuser à Tulipe, car Tulipe, ma mie, a des secrets pour se faire obéir, et sa main caresse mes cheveux, toute petite et si légère, ah ! si légère !
Mais cette tasse m^a été léguée par une aimable et douce personne ; ah ! monsieur, par une personne bien aimable et bien douce. Aussi la garderai-je
toute ma vie, et je dois oublier que Tulipe me baiserait si je la lui donnais.
En effet! en effet! G^est toi qui me l'as leguée, goule maudite, nixe infâme I et tu as si bien aspiré le rouge sang de mes veines qu^à cette heure le peu qui m'en reste ne suffirait pas à remplir la petite tasse en porcelaine de Chine qui décore ma cheminée. ^
Ss^lS^
Elle se nommait Canegonde, Je vous le jure ! Elle était baladine et domptait les bêtes fauves. Quand elle pénétrait dans les cages, les tigres léchaient sa gorge tumultueuse.
C'est à la foire de Mayence que nous nous adorâmes ; je faisais la parade^ tandis qu'elle recevait l'argent à la porte; elle se nommait Gunégonde, je vous le jure!
Elle allait, sans pudeur j'ambes nues; ses cheveux sauvages, vierges de pommade, tombaient sur ses vastes épaules ; mais nul ne songeait à Taimer, parce qu'elle était baladine et domptait les bêtes fauves.
Moi, chétif, je l'aimais à cause de sa belle carnation; je buvais les sucs réconfortants de son
baiser, et je la suivais d^un long regard quand elle pénétrait dans les cages.
Et Je ne sais quels sentiments de luxure sanguinaire m'envahissaient, mêlés à des souvenirs lointains de solitude, tandis que les tigres Icchaient sa gorge tumultueuse !
MARTETTA
Marietta, cette femme aux belles formes^ que les statuaires n'ont pas oubliée et que les poètes n'oublieront point^ vidait une bouteille d^amontillado, dans un cabinet du café Anglais, au second étage.
Tandis qu'elle s'enivrait, des hommes divinement bossus et des filles merveilleusement bancales entouraient Marietta, cette femme aux belles formes^ que les statuaires n'ont pas oubliée,
Et chaque homme et chaque fille disait à Marietta : « Faites-moi l'amour, ô ange, de me donner un baiser! » Mais elle ne daignait point repondre à leurs galanteries banales, cette femme qui aimait les vers et que les poètes n'oublieront point.
Sans doute son âme était en proie à quelque douleur farouche^ car elle avait le front très pâle, et les
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yeux rougis. Impassible d'ailleurs^ elle vidait une bouteille d'amontillado.
A la dernière goutte^ Marietta mourut. On n^a jamais pu savoir au juste pourquoi elle s'était empoisonnée de la sorte, dans un cabinet du café Anglais, au second étage.