X PRÉFACE
et se développer un jour le talent naissant d'un écrivain et sa personnalité réelle. Il y a là un mystère d'incubation étrange^ un phénomène de cette lente digestion de la pensée qui abêtit Balzac au sortir du collège^ une période « de mue » difficile à franchir dont le danger faisait dire, je crois, à Montesquieu^ que l'esprit producteur n'atteignait guère sa puissance quaux environs de la trentième année; que jusqu'à cet âge un auteur devait se fortifier et ne rien écrire ou du moins publier.
Léon Cladel n* eut pas cette sapience recommandée par le rédacteur de /^Esprit des Lois ; la sève littéraire montait en lui comme une sève d'amour, car^ ainsi que le disaient malicieusement nos grand' mères: ii il faut que jeunesse jette sa gourme » et nul ne résiste à ce besoin d'épanchement aux effluves « printanniers des premiers baisers de la Muse. — Dans ce cerveau où tour à tour avaient défilé comme en une grande et bruyante cavalcade les héros empanachés de Dumas père^ les Lions de Frédéric Soulié, les Grisettes de Paul de Kock, les Personnages de l'hutnaine Comédie de Bal^oCy les grands Révoltés de Musset et tous les demi-dieux de la Légende des siècles, dans cette imagination enluminée et illuminée par tant de curieuses ou mer^