PRÉFACE XV
Cladel, pour tout dire, sous V égide de Baudelaire, comprit quil fallait savoir être artisan pour mieux mériter d'être artiste; il ne recula devant aucune fatigue : il forgea, martela les mots douteux, se fit un arsenal de termes brillants, empruntant au seizième siècle les damasquinures de somptueux adjectifs, au dix-septième ses ingénieuses métaphores et ses préciosités, au dix-huitième ses termes papillottants de grâces inoubliables ; sentant la gamme infinie des synonymes comme un coloriste qui voit les gradations innombrables d'un même ton. Tar ce jeu d'un labeur féroce, il conquit sa robustesse d'écrivain, sa mâleté de narrateur, sa maestria de styliste, si bien que le maître put promptement sacrer chevalier ès-lettres, son disciple de la veille et lui crier, le voyant éperonné, cuirassé pour la lutte : « En avant maintenant, mon garçon, bouter-moi en avant, et sus aux profanes ! »
Des trois nouvelles qui composent /'Amour romantique, je n'ai parlé que de la troisième (la première par ordre chronologique ou mieux encore V aînée des trois, et qui paraît avec cette dédicace dans la Revue fantaisiste) ;