ACTE PREMIER
VOUS deviez m'entendre penser!... « Je l'aime!... Je l'aime de tout mon cœur!... Et elle ne m'aimera jamais !... »
JEANNINE
Moi, je pensais : « Est-ce qu'il m'aime autant que je l'aime? Est-ce qu'il osera se déclarer? »
CLAUDE
Ça durait depuis une heure... Ça aurait pu durer toute la vie ? Quand Emile tout à coup prend un mauvais revers, et envoie sa balle dans le fourré près de nous !..,
JEANNINE
Vous vous êtes levé pour la chercher... je me suis levée pour vous aider; vous cherchiez très mal...
CLAUDE
Tiens 1 J'avais la tête ailleurs!... Nous n'étiez pas plus habile que moi.
JEANNINE
Oh ! Je savais très bien où la balle était tombée ; seulement je ne voulais pas la trouver tout de suite. Il y avait de la déclaration dans l'air!... Vous vous êtes redressé, vous m'avez regardée I... comme ça!... longuement avec des yeux su})pliants!...
CLAUDE
Ah! certes!... et vous avez été bonne! Vous avez murmuré: « Allons!... dites-le. »
JEANNINE
Et vous l'avez dit ! si bas que je l'ai à peine enteuilu : « .Te vous aime! »
Et vous avez répondu : « Moi aussi, je vous aime! » Ma Jennnino ! ..
JEAN M NE
Mon Claude! (;Riant.) Ah! Il n'y a pas qu'à la guerre que ce soit dangereux, les balles perdues !
* CLAUDlS.
Vous êtes maintenant ma fiancée I Gomme ce sera bon d'être ainsi, tous les deux, pour toute la vie, dans l'ombre tiède du bonheur!
JEANNINE
Dans l'ombre tiède du bonheur! oui!
CLAUDE
Maintenant, je me sens courageux et fort contre les difficultés de l'existence I
JEANNINE
J'ai confiance en vous, mon ami !... mon mari.
CLAUDE
C'est vrai ! Vous serez bientôt ma femme !
JEANNINE
Le plus tôt possible! Je ne peux pas garder un pareil secret pour moi toute seule! je ne peux pas le confier à Marthe... Alor?, il vaut mieux le raconter à tout le inonde.
Y songez-vous ?
J'y songe depuis huit jours!... Ce matin, en f;«isanl ma prière, j'ai demandé à la Providence de m'envoyer un signe !...
CLAUDE
Comment? un cygne ? un oiseau?