ACTE PREMIER
MADAME LAVERTON, à son mari.
Ne la brusque pas trop! Tu sais comme elle est impressionnable I
MADEMOISELLE PEKSÉRIAUX.
Vous avez à causer? Je me retire!... A tout à l'heure. (Embrassant jeannine.) Du courage, ma chérie I
Elle rentrô dans la maison.
JEANNINE
Mademoiselle Pensériaux m'embrasse?,.. Oh! il y a un malheur.
LAVERTON, violent.
Jeannine! On vient de m'apprendre une nouvelle qui m'a beaucoup fâché î... Tu flirtes avec M. Liancourt ?...
Je ne flirte pas, je t'assure !...
LAVERTON.
Inutile de nier !... Tu l'affiches avec ce monsieur!...
MAINGAUD, à part.
Là... Ça y est !...
JEANNINE, vexée.
Où vois-tu que je m'affiche?
MADAME LAVERTON.
Mon enfant, Ion père vent dire que l'on jase beaucoup dans le pays, sur ton compte!...
JEANNINE
Ah I cette chère mademoiselle Pensériaux vous a rapporté des potins : je scan<lalise Nesle ? Je n'y peux rien.
LAVERTON.
Enfin, on ne voit que toi avec co Liancourt.
34 I/AMOl'RETTE
JEANNINE
Bien entendu : lu as invité M. Fenouil et M. Liancourt, ce n'est pas pour que ma sœur et moi nous leur fassions grise mine. Tu nous as ordonné de nous promener avec eux !... Tu nous as permis de jouer au tennis avec M. Fenouil et M. Liancourt, nous jouons I Bref, tu as supplié M. Fenouil et M. Liancourt de passer ici tous leurs dimanches, et tu t'en prends à moi parce que ça semble étonnant I
Ça, c'est vrai !...
LAVERTON.
Toi, tais-toi ! (a Jeannine.) En effet, tu as raison!... Ce qui arrive est de ma faute, aussi je vais prendre mes mesures en conséquence !...
JEANNINE, inquiète.
Quelles mesures ?
LAVERTON.
Je prierai ce monsieur de ne plus remettre les pieds chez moi.
.lEANNINE, émue.
Oh ! papa !... je ne veux pas !...
LAVERTON.
Quoi?
JEANNINE
Je le prie de ne pas chasser M. Liancourt!
LAVERTON.
Par exemple ! Et qui m'en empêchera ?...
JEANNINE
Je te prie de ne pas chasser M, Liancourt... Je l'aime !
ACTh: PKE.MIEK 35
MADAME LAVERTON
Jeanniae! Qu'est-ce que tu dis là?
JEANNIXE.
Je l'aime, et je veux me marier avec lui î...
MADAME LAVERTON.
Mon enfant !
LAVERTON, après un geste de colère.
Ma petite, tu emploies des mots dont tu ne connais pas la portée! .. A ton âge, on ne « veut » pas; on a un père qui veut pour vous !...
MAINGAUD, à part.
Et qui aime pour vous !...
LAVERTON.
Et qui voit uiieux que vous ce qui-vous convient î...
MAINGAUD, à part.
Là donc... Il n'en rate pas une !
LAVERTON.
Pour des raisons que tu devines, j'ai décidé que tu n'épouserais pas ce coco-là...
JEANNINE, désolée.
Oh !... Papa !... je t'en supplie...
LAVERTON.
Oh ! pas de drame, pas de scène, n'est-ce pas ? Tout cela n'est pas sérieux, et je ne me mettrai pas en colère; ça n'en vaut pas la peine!
JEANNINE, vexée.
Ah! Vraiment?... iya n'en vaut pas la peine?... C'est tout mon bonheur (lui est en Jeu : j'aime Claude et il m'aime! Nous ne pouvons pas vivre l'un sans l'autre 1... Et tu trouves que ce n'est pas sérieux !...
30 l/A.MuL HK TTE
MADAME LAVERTON.
Jeannine ! Ne monte pas ton père !
LAVERTON.
Tranqujllise-toi!... je ne lui donnerai pas le fouet 1 Elle est trop grande.
JEANNINE
Ah ! C'est trop fort ! On me traite en gamine I
LAVERTON.
Certainement !... Tu vas me faire le plaisir de rentrer dans ta chambre et de n'en plus bouger jusqu'au dîner.
JEANNINE
Mais t...
LAVERTON.
J'ai dit I Tu m'as entendu?
JEANNINE, froissée.
Eh bien 1 Puisque c'est ça...
LAVERTON, menaçant.
Plaît-il?
Rien!...
Elle entre dans la maison.
MADAME LAVERTON.
Pauvre petite !... Après tout, si elle l'aime !
LAVERTON, à sa femme.
Quoi? Qu'est-ce qui te prend? de la révolte, aussi?... Allons, accompagne-la, et fais-lui servir à déjeuner dans sa chambre.
MADAME LAVERTON.
Bon !... Enfin tu es le maître !
Elle entre dant» la maison.