SCÈNE IX
LAVERTON, MAINGAUD.
MAINGAUD, railleur.
C'est beau, l'autorité !
LAVERTON.
Oh! Dans mon usine j'ai tenu tête à des grévisles. qui menaçaient de tout casser !... Ce n'est pas pour céder devant une petite fille !
MAINGAUD.
Tu sais, à choisir, moi, j'aimerais mieux avoir affaire aux grévistes.
LAVERTON.
Pourquoi ?
Parce que ce n'est que des hommes. Les femmes, on ne les réduit pas ! Tu crois que tu es venu à bout de celle-là.?...
LAVERTON.
J'en suis sûr !...
MAINGAUD.
Détrompe-toi, mon bon... Tu l'as seulement humiliée, blessée dans son amour-propre ; première maladresse, tu as corsé son petit roman en lui suscitant des obstacles; seconde maladresse; et ce qui n'était qu'une amourelle, est en passe de devenir, grâce ù toi, vm véritable amour.
LAVERTON.
Allons donc!... Tu connais ma fille mieux que je lu connais, moi qui l'ai élevée...
o8 . I/A.MUlHEl TE
MAINGAUD.
Tu l'as bien élevée, parlons-en!...
LAVERTON.
Ça! c'est incompréhensible!... Gomment l'idée de l'amour peut-elle venir à une petite fille qui ne nous quitte jamais; qui ne voit personne, qui ne va pas au bal, qui n'a pas d'amies, enfin, qui a reçu l'éducation la plus sévère qui soit I
MAINGAUD.
C'est justement par cette éducation que l'idée de l'amour s'est ^rlissée en elle... parce qu'elle ne s'en défiait pas; l'amour, ça se faufile en contrebande, par les livres d'abord.
LAVERTON.
Allons donc!... Elle ne lit que des livres de famille !
MAINGAUD.
Tiens! Qu'est-ce que c'est (^ue celui-là?... (Lisant.) <( L'Abbé Constantin. »
LAVERTON, riant.
Je crois qu'il est convenable !
MAINGAUD.
De quoi est-il question là-dedans?... de la difficulté qu'il y a à se former un caractère, à lutter pour la vie, à mener un ménage ?
LAVERTON.
Mais non! Tu es bôtel... 11 s'agit d'un officier pauvre qui épouse une riche héritière.
MAINGAUD.
Tiens!... C'est un mariage comme celui-là que ta fille veut faire !... Cache ce livre, il est empoisonné !