‹ L'amoureux transiChapitre 29 sur 29 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Quelque temps après cette journée, qui avait rendu un père I Louise, M. de Monfréville, qui l'avait publiquement reconnue pour sa fille, la mariait au marquis Chérubin du Grandvilain.

Et ce jour-là, NicoUe était venue à Paris, doublement heii'

reuse d'assister à celle union qui faisait le bonheur de celui qu'elle appelait encore son /leu, et de l'enfant à qui, pendant longtemps, elle avait tenu lieu de mère.

Et pour les noces de son maître, Jasmin, qui semblait avoir retrouvé toute la vigueur de sa jeunesse, voulait absolument tirer un feu d'artifice dans la cour de l'hôtel ; mais la grosse Turlurette s'y opposa, en lui rappelant les accidents arrivés à la naissance de Chérubin, et Jasmin se borna à tirer q.uelques pétards avec lesquels il brûla le peu de cheveux qui lui restaient.

Quant à M. Gérondif, Chérubin, après lui avoir fait compter une jolie somme, l'avait engagé à chercher d'autres élèves.

Le professeur, se voyant à la tête d'un capital assez rond, voulut faire parler de lui à Paris; il fonda un journal latin, fit une tragédie, tint un cours de sciences universelles, et voulut forcer les dames à s'habiller sans corset. Au bout de quelque temps, n'ayant réussi qu'à manger ses économies, il fut trèsheureux de retourner à Gagny, et d'y reprendre l'emploi de maître d'école.

Par suite de sa chui i au milieu des assiettes et des verres, Daréna, étant resté déjguré, n'osait plus se montrer au grand jour; il se livra plus que jamais à ses goûts pour la débauche, et, après une orgie et une nuit passés au jeu avec des gens sans aveu, dont il avait gagné Targent, il fut trouvé mort dans la rue et entièrement dépouillé.

Ainsi finit un homme né dans le grand monde, élevé au sein de l'opulence, ayant reçu une bonne éducation, mais que ses vices avaient fait descendre jusqu'aux derniers rangs de la société.

Après avoir perdu son intime ami, M. Poterne se fit marchand de contremarques à la porte des théâtres, et dans ce métier il reçut encore de fréquentes corrections, parce qu'on ne pouvait presque jamais entrer avec les billets qu'il avait vendus.

Le petit Bruno profita des conseils et de l'or que lui avait donnés Chérubin; renonçant à voler des chiens pour les vendre, il forma un petit établissement, fit de bonnes affaires et devint honnête homme, répétant souvent que cela était bien plus facile que d'être fripon.

Louise fut heureuse épouse et heureuse fille; jamais cependant Monfréville ne lui dit le nom de sa mère; mais lorsqu'elle allait dans le monde, où l'on s'empressait d'accueillir la jeune

femme du marquis Chérubin, elle rencontrait quelquefois la famille de Noirmont... Alors c'était avec un bien vif plaisir qu'elle embrassait Ernesliue, qui lui témoignait toujours la plus lendre amitié ; puis ses regards cherchaient ceux de madame de Noirmont, qui de son côté épiait tous les siens; el lorsque, masqués par des indifférents ou cachés derrière la foule, les yeux de madame de Noirmont pouvaient se reposer sur ceux de Louise, il y avait alors dans leurs regards tout l'amour que peut contenir le cœur d'une fille et celui d'une mère.

Quant à Chérubin, il devint le modèle des maris; on assure même qu'il fut fidèle à sa femme ; ce jeune homme-là s'était toujours singularisé.

Page 1